CHAPITRE II
Elude par H. d Oroay et rapport de M Delnlllre, Ingénieur
en chef du contrôle
Le conseil municipal de Pont-Audemer avait voulu avoir à sa disposition un double du travail de M. d'Ornay, et il s'en était fait délivrer une copie en forme. Plus tard, cette étude ne se retrouva plus à la mairie. On sut comment elle en était sortie et le conseil, plus convaincu que jamais qu'il pourrait être utile d'y avoir recours, prit, le 21 août 1867, la délibération suivante :
« Sur la demande de plusieurs membres, le conseil, considérant que les plans, devis, profils, etc., dressés par M. l'ingénieur d'Ornay, ont été payés, savoir 1,500 fr. par la ville (vote du conseil municipal du 7 novembre 1861) et le surplus à l'aide d'une souscription des habitants ; — que ces plans et devis ont été dressés en double expédition, afin qu'un exemplaire fût déposé aux archives municipales; que ces plans.... sont la propriété exclusive de la ville, — invite, de la manière la plus pressante, M. le Maire à réclamer de M. le Préfet le renvoi de ce dossier qui lui a été adressé dans la seconde moitié de l'année 1863. »
Le 18 novembre 1867, nouvelle délibération sur le môme sujet: « Un membre rappelle que déjà on a réclamé de M. le Préfet la remise des plans et devis de M. d'Ornay. Ces pièces n'étant pas encore réintégrées aux archives municipales, on les réclame plus
vivement que jamais, surtout dans un moment où des difficultés paraissent sur le point de surgir entre le constructeur du chemin de fer et un certain nombre de souscripteurs. — Le conseil s'associe à cette proposition et charge M. le Maire de transmettre à M. le Préfet le vœu très-énergique du conseil. »
Le 20 décembre, réponse de M. le Préfet, qui se résume ainsi : a Une seule copie de ces plans et devis se trouvant à la préfecture, il est impossible de s'en dessaisir. M. le Préfet suppose que l'autre copie, dont parle la délibération, est conservée au ministère des travaux publics, pour être annexée au décret-minute. Tout ce qu'il peut faire, c'est de laisser à l'administration la faculté de consulter le dossier ou môme d'en prendre des copies, mais cela aux bureaux mômes de la préfecture. »
Cette réponse, communiquée au conseil dans la première séance de la session ordinaire de février 1868, provoqua une discussion dont le procès-verbal donne le compte-rendu en ces termes (1) : « Deux opinions sont émises, par deux membres différents, sur la marche à suivre dans cette question : l'un propose de se contenter d'une copie des plans et devis, certifiée conforme et sous la garantie morale du bureau des archives; cet avis est mis aux voix et rejeté par la majorité. L'autre insiste pour qu'il soit pris copie, aux frais et aux soins de la ville, et qu'à cet effet les plans et dossiers soient demandés à M. le Préfet, pour en prendre une copie exacte, sous promesse de les retourner dans le plus court délai; cette dernière proposition est mise aux voix et adoptée. »
Une pareille délibération accuse dans quelle disposition d'esprit se trouvait le conseil municipal ; mais il n'y avait guère d'apparence qu'elle obtiendrait une réponse; il arriva, en effet, qu'il ne lui en fut adressé aucune.
Quant à moi, je ne voyais plus d'autre ressource, pour écrire ce chapitre, que de me rendre à Evreux, lorsqu'une circonstance favorable m'offrit une occasion plus à ma convenance d'avoir une
(1 ) Les trois administrateurs du chemin de fer, membres du conseil municipal, n'assistaient pas a cette séance.
copie, que je puis dire authentique, du document essentiel, trop longtemps tenu à l'écart.
Ce document se divise en quatre parties : Devis descriptif, — Devis estimatif, — Mémoire à l'appui, — Documents statistiques.
Du Devis descriptif j'extrais les indications suivantes:
« Le chemin de fer étudié partira de la station de Montfort qui » doit être établie à Glos-sur Risle (1), sur le chemin de fer de d Serquigny à Tourville, aujourd'hui en cours d'exécution ; il sç » détachera de ce chemin au piquet kilométrique 18 kil. 700 (2), » pour traverser à niveau la route départementale n° 10 ; il atteint » ensuite la vallée de la Risle qu'il traverse obliquement, il fran- » chit le bras principal de cette rivière, traverse à niveau la levée » dite de Montfort, passe sur un pont de 15 mètres d'ouverture un » second bras de la Risle, suit à peu près le pied du versant de la » vallée jusqu'aux abords du village de Condé, où une station sera » établie ; il traverse de nouveau les prairies, atteint le pied du » coteau, passe entre ce coteau et l'église de Saint-Paul, coupe le
» contre-fort au pied duquel est établi le moulin de Gruchet ,
» traverse à niveau la route départementale n° 20 (route de Ber- » nay) et atteint enfin les prairies voisines de la place dite du » Marché-aux- Vaches, à Pont-Audemer
» Une seule voie doit être construite »
Je passe les détails techniques en général, — m'arrêtant exclusivement à cette observation: que « la gare de Montfort sera établie à l'origine du chemin de fer étudié. »
J'ajoute que la longueur de cette ligne est cotée à 1 5 kilomètres 800 mètres.
Le Devis estimatif, basé sur les conditions d'établissement des grandes lignes, donne les chiffres de dépense ci-après :
I. Indemnités de» terrains et de dommages, emprises pour rétablissement du chemin de fer et pour les chemins rectifiés ou déviés,
(4) Cette station, alors en projet, (levait être établie beaucoup plus en amont, du côté de Pont-Authou.
(2) C'est-à-dire au-dessus du bâtiment de la gare actuelle de Glos-Montfort .
29 h. 43 a.; supplément pour les gares, 6 h. 50 a.; surface totale, 35 h. 93 a. ; — évalués 370,000 francs, II Terrassements, 926,521 fr. 97 c.
Ouvrages d'art, comprenant 12 aqueducs, 10 ponceaux, dont un avec poutres en fer, 4 ponts avec poutres en fer et palplanches de garantie, dont 2 sur deux bras de la Risle, 12 passages à niveau, dont 1 1 avec maison de gardien, déviations de rivières et ruisseaux, rectifications de chemins, — 345,309 fr. 33 c.
III. Bâtiments des gares et stations: Glos, 20,000 fr.; — Gondé, 40,000 fr.; — Pont-Audemer, 100,000 fr.: — Total, 160,000 fr.
IV. Clôtures et haies, plantations du chemin de fer, travaux de consolidation, à raison de 4,500 fr. par kilomètre, soit: 71,100 fr.
V. Ballastage et voie de fer, à 43,350 fr. par kilomètre de voie simple: 684,930 fr., — plus deux cinquièmes en sus pour voies de garage et d'évitement, plaques tournantes, aiguilles, cuves, grues hydrauliques, pompes d'alimentation et signaux, 273,972 fr.: — Total, 958,902 fr.
VI. Matériel d'exploitation, matériel roulant, mobilier des gares, à 25,000 fr. par kilomètre, soit : 395,000 fr.
Et, pour le tout : 3,226,833 fr. 30 c. — auxquels il est ajouté, pour dépenses imprévues, personnel de la construction et frais généraux, un douzième environ de la dépense des travaux estimés, 273,166 fr. 70 c. — Montant total de la dépense : 3,500,000 fr. — Soit, par kilomètre : 221,500 fr.
Le Mémoire à l'appui porte sur les points suivants :
1° Origine du projet. Dès 1855, les délégués de l'arrondissement de Pont-Audemer avaient présenté un avant-projet d'embranchement, dressé par M. l'ingénieur Partiot, d'après lequel la dépense d'un chemin de fer reliant à Pont-Audemer le point le plus rapproché de Serquigny à Tourville devait s'élever à 3,500,000 fr. C'est ce projet, plus complètement étudié sur le terrain et dans le cabinet, qui est repris par M. d'Ornay.
2° Utilité du chemin. Elle est démontrée principalement par des considérations auxquelles servent de base les documents statistiques consignés au chapitre précédent.
3° Choix du point de départ, Il avait été un instant question de
placer ce point à 3 kil. 200 met. en amont, sur le chemin de Serquigny à la station de Pont-Authou. On aurait ainsi évité do traverser la vallée ; mais l'embranchement aurait eu plus de longueur et les relations si importantes de Pont-Audemer avec Rouen et Elbeuf auraient été moins bien desservies. ... Le choix de Glos était donc préférable.
4° Choix du tracé. Devait-on suivre la rive droite ou la riv^ gauche de la Risle ? Celle-ci, d'après le Mémoire, est préférée, parce que l'adoption de l'autre aurait donné lieu aux plus grandes difficultés, la Risle étant, de ce côté, « presque partout bordée de » constructions , ou resserrée par le pied du coteau ou par les » routes départementale n° 8 et impériale n° 180. . . »
5° Evaluation de la dépense, o Pour un embranchement de si
* faible longueur, sur lequel il ne sera établi qu'un service de vay> et-vient, il semble complètement inutile de songer à l'établis- » sèment ultérieur d'une seconde voie .... Donc la dépense to- » taie. . . . s'élève à la somme de 3,500,000 francs. Cette dépense » pourrait encore être diminuée, en projetant les tabliers des » ponts et les bâtiments des stations en bois ; mais nous pensons » que ce serait là une mauvaise économie »
6° Produit présumé du chemin. « Si des indications statistiques t qui donnent un produit de 405,284 francs, on retranche pour
• frais d'exploitation 40 pour cent, — 162,113 francs, — il reste » net: 243,171 francs, qui assurent un intérêt de 6 fr. 94 pour » cent à un capital de 3,500,000 francs.... L'exécution de l'em- » branchement dont nous proposons le projet sera donc aussi » profitable à la compagnie qui l'entreprendra, qu'à la ville de » Pont-Audemer dont l'industrie ne pourra qu'avec son aide sou- » tenir la concurrence que lui a créée le traité de commerce.»
Les Documents statistiques, dernière partie du travail de M. d'Ornay, peuvent se résumer de la manière suivante :
Etant donné le chiffre de 39,370 voyageurs par les voitures publiques, chiffre que l'expérience montre devoir être doublé après l'ouverture de la ligne, le produit annuel pour cette partie sera de 75,570 fr.
Voyageurs qui continueraient de prendre les routes