‹ La voie ferrée de Glos-Montfort à Pont-AudemerChapitre 5 sur 39 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Kapôrancca et Déceptions.

Pendant longtemps on s'était bercé de l'espérance que notre sous-embranchement serait mis au compte de la compagnie des chemins de fer de l'Ouest, dans les mômes conditions que celles qui avaient été consacrées pour d'autres lignes accessoires ; mais il avait bien fallu reconnaître enfin qu'il convenait d'y renoncer,

quai, la prévision de très-fortes indemnités pour les terrains à exproprier et un plus grand parcours à exécuter, la gare pouvant être située à Saint-Germain, fi n'y a pas d'induction à en tirer pour ce qui concerne le boulevard maritime adopté depuis et dont l'exécution repose sur des bases toutes différentes.

*et c'était, pour nos délégués, dans la pensée do constituer um compagnie spéciale pour notre tronçon de voie ferrée , qu'un étude avait été demandée à M. l'ingénieur d'Ornay.

Nous avons vu les résultats de cette étude et l'appréciation d M. l'ingénieur du contrôle à leur égard. Vingt jours après la rt s daction du rapport de ce dernier, c'est-à-dire le 8 mars 1863, un réunion avait lieu dans notre ville pour assurer, s'il était possible une nonne solution à l'affaire suffisamment étudiée, et, à troi jours de là, le Journal de Pont-Audemer en rendait compte dan les termes suivants :

« Un grand nombre d'industriels, de propriétaires et de cort merçants de Pont-Audemer, Montfort, Brionne et des environs, î sont réunis dimanche dernier, dans une des salles du tribun! civil, pour s'occuper des projets relatifs au sous-embranchemei du chemin de fer de Pont-Audemer à Glos. A cette réunion, $ était présidée par M. le Marquis de Chaumont-Quitry, et àlaquell assistait M. le Comte d'Arjuzon, député de l'arrondissement, m compagnie s'est formée pour solliciter la concession du chemu Une souscription ouverte immédiatement pour la constitution d capital social a produit, le jour même, près de 500,000 fr. Ce chifn démontre, par le concours empressé et actif des signataires et aus par le nombre des adhésions recueillies, l'intérêt que le pays al tache à la construction de la ligne qu'il réclame »

J'ajoute que quelques jours plus tard la souscription approcha d'un million et qu'une demande tendant à obtenir le concours d Gouvernement était adressée au ministère des travaux publics.

On était alors à la veille des élections, époque essentiellemei favorable pour obtenir ce qu'en Normandie on appelle la fo* parole. Aussi M. le Ministre donna-t-il toute espérance à la dép>

tation que sa requête ne serait pas vaine et que rassentnnem t Corps législatif serait demandé dans la courte session, qui, ^ sa il, aurait lieu vers le mois de juin pour installer les nouvel députés.

Bientôt, la question parut faire un nouveau pas. M. de Cbaumoi Quitry, propriétaire au Landin, membre du Corps législatif P° la Sarthe et aspirant à la candidature officielle de 1 Arrondissent

k Pont-Audemer, exposa devant la Chambre (5 mai) les motifs l un amendement qui demandait à l'Etat d'accorder « une subven-

> lion d'un million, sans aucune garantie d'intérêt, pour la con-

> struction d'un chemin de fer de Pont-Audemer à Glos-sur-Risle* » à une compagnie particulière qui s'offre avec ces conditions, ou » à la compagnie de l'Ouest si elle les accepte.— Ce chemin, d'une

> longueur de 16 kil., doit coûter 3,200,000 fr., y compris la fourni- » ture du matériel fixe et roulant, et le département de l'Eure a

> déjà voté une subvention de 200,000 fr. » — Ajoutons que la rille de Pont-Audemer, par une décision de son conseil municipal, levait aussi y concourir pour une somme de 50,000 fr.

L'amendement de M. de Chaumont-Quitry ne pouvait guère être l'objet d'un vote ; toutefois c'était une sorte de bonne fortune pour notre projet de voie ferrée. Par ce moyen, il prenait date officielle lans les hautes régions du pouvoir et les motifs en sa faveur se produisaient au grand jour.

o II ne s'agit point ici d'un intérêt purement local, disait l'auteur de l'amendement. Les départements de l'Eure, de la Seine-Infé-

> rieure, du Calvados, d'Eure-et-Loir et môme de l'Orne, sont » intéressés à l'exécution de la petite ligne que nous demandons ; » en outre, les intérêts généraux du pays se rattachent également t à cette entreprise

» Des travaux importants exécutés pour redresser la rivière

» de Risle, et améliorer sa navigation, ont fait de Pont-Audemer » un port d'important cabotage. En dehors de sa position et de » ses relations maritimes, Pont-Audemer, par son commerce, son

* agriculture, ses importantes industries, a de nombreux et fré-

* quents rapports avec Rouen ; chaque jour, six diligences, trois à

* l'aller et trois au retour, témoignent de l'importance du mouve- » ment commercial entre ces deux villes.

» Pont-Audemer était jadis un point de transit considérable des » matièïes et produits d'importation et d'exportation maritimes,

> pour les parties nord-ouest et sud du département de l'Eure, où » prospèrent un si grand nombre d'industries manufacturières. » Mais la ligne de Paris à Cherbourg, traversant de l'est à l'ouest » cette contrée riche et féconde, a, comme toujours, jeté la pertur-

h bation dans toutes les industries qui participent au mouvement » commercial ; monopolisant tout, elle a imprimé de nouveaux » courants aux affaires et a fait reporter vers les ports de Honfleur » et de Caen tout le mouvement maritime qui autrefois s'effectuait » intégralement par Pont-Audemer. .... L'embranchement de Ser-

» quigny à Rouen doit modifier d'une manière sensible les

» courants qu'ont imprimés aux relations commerciales les services » organisés, depuis sept ans, aux diverses stations de la ligne de » Paris à Cherbourg ; mais cette modification ne pourra se produire » et chacun reconquérir sa situation, qu'à la condition que le che- » min de raccordement de cette nouvelle ligne à Pont-Audemer

t sera exécuté promptement

» Supposons le réseau de l'Ouest achevé et la ville de Pont- » Audemer dotée de son sous-embranchement. Dans cet état de » choses, la consommation et la production tributaires de Pont-i » Audemer seront celles de toute la contrée occupant la surface » d'un polygone dont Pont-Audemer, Cormeilles, Thiberville, » Orbec, la Ferté-Fresnel, L'Aigle, Verneuil, Brezolles, Nonan- » court, Dreux, Anet, Bueil, Pacy-sur-Eure, Evreux, Bourgthe- » roulde, Bourg- Achard , Routot, occupent les sommets des'

» angles

» Et puisque les prix de transport sont en raison directe des » distances, il suffit de calculer celles-ci pour Serquigny d'abord, » et ensuite pour chacune des stations de Bernay et Saint-Mards- » Orbec, pour déterminer quels sont les points que la loi des » distances impose pour limites aux trois ports de Caen, Hou- » fleur et Pont-Audemer.

» La distance de Serquigny au port de Caen est de. . 89 kil.

id. d'Honfleur, de 83

id. de Pt-Audemer, de... 35

» La distance de Bernay au port de Caen est de.. 80 id. d'Honfleur, de...... 74

id. de Pt-Audemer, de . . 44

» La distance de St-Mards-Orbec au port de Caen est de. 66

id. d'Honfleur, de 60

id. de Pt-Audemer/ de, 58

» La distance d'Orbec au port de Cacn est de 71 kil.

id. d'Honfleur, de 65

id. de Pt-Audemer, de . . 03

» De ce tableau des distances il ressort bien évidemment : » 1° que tout producteur ou consommateur, dont les rapports » d'affaires sont attaehés aux stations de Bueil, Boisset-Pacy,

• Evreux, la Bonneville, Couches, Romilly, Beaumont-le-Roger » et Serquigny, a un immense intérêt à faire ses approvisionne- » ments et ses exportations maritimes par le port de Pont-Au- » demer, puisque le transport exigerait de lui une augmentation » de 154 0/0 de Serquigny à Caen, et un© de 137 0/0 de Serquigny » à Honfleur, sur le prix à payer pour le transport de Serquigny » à Pont-Audemer ; — 2 9 que tout producteur ou consommateur, » dont les rapports d'affaires sont attachés à la station de Bernay, » a également un immense avantage à faire ses approvisionne- » ments et ses exportations maritimes par le port de Pont-Au- » demer, puisque le transport exigerait de lui une augmentation » de 81 0/0 de Bernay à Caen et une de 68 0/0 de Bernay à Hon- » fleur, au-dessus du prix à payer pour le transport de Bernay 9 à Pont-Audemer ; — 3° que la loi des distances impose un point » situé entre Saint-Mards et Lisieux pour limite au cercle d'acb tion du port de Pont-Audemer; mais que néanmoins, malgré » le partage , tout producteur ou consommateur , môme celui » d'Orbec, dont les rapports d'affaires sont rattachés à cette sta- » tion de Saint-Mards, aura encore avantage à s'approvisionner » et à exporter maritimement par le port de Pont-Audemer, » puisque le transport exigerait de lui une augmentation de 14 0/0 » de Saint-Mards-Orbec à Caen et une de 4 0/0 de Saint-Mards- » Orbec à Honfleur, au-dessus du prix à payer pour le transport » de Saint-Mards-Orbec à Pont-Audemer ; — 4° que même pour » les cantons de Thiberville et d'Orbec, si commerçants et si in- » dustriels, et malgré le partage, Pont-Audemer peut encore » soutenir la concurrence avec les ports de Caen et d'Honfleur.

» Ces faits, dont la simple inspection de la earte constate la » rigoureuse exactitude, démontrent toute l'importance du déve-

* loppement que le commerce extérieur peut acquérir à Pont-

a Audemer, si le Gouvernement veut tirer parti de la situation » géographique de cette ville et prendre les mesures qui peuvent » amener ce résultat ......

Voilà ce qui se disait, ce qui s'imprimait alors en faveur du sous-embranchement désiré. Un peu plus tard, conformément à Parrêté préfectoral du 28 août suivant, eut lieu « une enquête sur » l'étude de Favant-projet du chemin de fer de Glos-sur-Risle à » Pont-Audemer. »

La commission désignée, dans le même arrêté, pour prendre connaissance du dossier de l'avant-projet et donner son avis, se réunit le 10 octobre. « Aucune opposition, dit à ce sujet le Journal de Pont- Audemer, n'a été déposée ; au contraire, la chambre con- » sultative des arts et manufactures de Pont- Audemer, celle d'E- 9 vreux, celle de Bernay, ont appuyé de leurs vœux la demande » de cette voie, et la commission n'a eu que des adhésions à cons- » tater. Aussi, pénétrée de l'importance et de l'utilité de cette voie

* pour toutes les relations que le port, la ville et tout l'arrondis- » sèment de Pont-Audemer entretiennent avec la vallée supérieure

* de la Risle et les pays environnants, a-t-elle émis à l'unanimité » qu'il y a utilité publique à établir l'embranchement dont il s'agit.

* — La nécessité de notre chemin de fer, déjà révélée et exprimée » par de nombreuses pétitions, par la création spontanée d'une so-» » ciété locale, par les vœux et les subventions tant du conseil mu- » nicipal de Pont-Audemer que du conseil général de l'Eure, vient » donc d'être encore proclamée surabondamment par l'enquête » qu'il vient de subir. Aussi il y a tout lieu d'espérer que prochai- » nement nous obtiendrons la loi qui, conformément aux disposi- » (ions de celle du 3 mai 1841 , doit déclarer l'utilité publique du % "Chemin de fer et en faire ensuite la concession. — D'après l'avant-.

* projet soumis à l'enquête , la gare, à Pont-Audemer, serait

» établie soit sur la place du Marché-aux-Vaches agrandie dans h les prairies de MM. de Tourville, soit à l'entrée de la rue Saint- » Germain, ae manière à pouvoir relier la ligne avec les quais de » la Ruelle par Une voie de fer américaine. Mais cette question de

* l'emplacement de la gare n'était point soumise aux appréciations » de la commission d'enquête et elle fera ultérieurement l'objet » d'une enquête spéciale »

On procéda, bien entendu, à cotte enquête supplémentaire, maiii cinq mois plus tard, en mars 1804, et elle eut pour résultat de préparer l'adoption définitive des abords de la route de Lisieux pour l'emplacement de la gare- de Pont-Audemer. — Et, pour quelque temps, tout en resta là, administrativement.

Beaucoup de nos compatriotes avaient prévu ce temps d'arrêt. Aussi, dès le 30 avril de la même année, le Journal de Pont-Audemer s'exprimait-il en ces termes : a Comme un certain nombre de » personnes l'avaient pressenti, les espérances que nous avions » conçues d'une prompte solution en faveur du projet de voie lcr-

• rée, de Pont-Audemer à Glos, n'ont pu se réaliser aussitôt qu'on » se croyait en droit de l'attendre. On peut regarder comme certain » maintenant que, pendant sa session actuelle, le Corps législatif

• ne sera pas appelé à voter sur cette question si importante pour » diverses contrées dont les intérêts se confondent avec les nôtres, d Et, dans la prévision de déceptions ultérieures, l'article concluait à ce que la société d'actionnaires qui s'était formée dans le pays se mît en mesure, en se rattachant à un système rationnel d'économies possibles, de faire procéder à l'exécution du sous-embranchement, sans revenir sur la demande*du concours de l'Etat.

En France, on ne veut rien entreprendre sans le patronage, sans la tutelle du Gouvernement. L'idée émise et plusieurs fois reproduite dans le Journal de Pont-Audemer demeura sans écho (1), et le conseil général de l'Eure (septembre 1864) renouvela, auprès du Ministre des travaux publics, la demande d'une subvention « proportionnée à la dépense. »

(4) Ce n'était pourtant pas là une idée émise à la légère Elle avait été étudiée par l'auteur des articles avec rotre compatriote Delanney, agent-voyer en chef de la Sarthe, qui a établi de bons chemins de fer à bon marché dans ce département et qui eût été heureux do fournir à ses compatriotes des indications pour les aider à en établir un dans les mêmes conditions.

Page 1