PONT ALEXANDRE III
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LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
cours de façades; l’Administration, en les imaginant fort à propos, a plutôt suivi un mouvement qu’elle ne l’a provoqué : la transformation du goût public en matière de construction, l’application, à la structure des maisons, du genre nouveau qu’on a appelé le « modern-style », et plus encore la valeur du sol, qui a imposé aux propriétaires, — auri sacra famés — l’obligation de compenser le peu de largeur par la hauteur des immeubles. Ces causes différentes ont eu le même résultat; il existe, à n’en pas douter, une architecture du xxe siècle, qui ne ressemble pas à celle de la seconde moitié, et encore bien moins de la première moitié du siècle précédent. Un architecte qui, aujourd’hui, s’inspirerait de l’aspect d’une maison du boulevard Malesherbes, ou même de l’avenue de l’Opéra, aurait toute certitude de voir refuser ses plans.
On a commencé par interrompre la ligne de la façade en faisant apparaître à chaque étage, en avant-corps, dans le sens de la hauteur, une sorte de cage vitrée à charpente métallique nommée bow-vindoiv , augmentant d’un mètre ou deux l’étendue de la pièce, — généralement la salle à manger, — dont elle dépend ; mais déjà ce procédé paraît abandonné, au moins pour les constructions riches. L’aspect des façades offre tour à tour des balcons en saillie et des balcons en niches ; les fenêtres sont géminées ou interrompues par une baie de dimensions plus vastes ; le toit se surmonte d’un dôme, et, quand l’immeuble a la chance de former une encoignure, ce dôme forme le couronnement d’une tourelle hémisphérique partant de la base de la construction et dans laquelle se trouvent les salles principales de chaque logis. Parfois même, le dôme, vers le huitième étage, se termine par un campanile comme pourrait en posséder un observatoire important. Nos maisons nouvelles n’ont pas encore atteint la hauteur de celles de New-York ou de Chicago, mais
il ne faut pas désespérer. Quand, de la place Saint-Germaindes-Prés, on regarde dans la direction de l’Est, on aperçoit très loin, au delà de l’École de Médecine et du boulevard Saint- Michel, un monument que l’on n’identifie pas tout d’abord. Ce n’est pas la Sorbonne. Qu’est-ce donc ? Simplement une maison de rapport, sise à l’angle de la rue Saint-Jacques, une maison avec dôme et campanile menaçant le ciel.
Il y a des variantes, heureusement, dans cette uniformité de la nouvelle architecture. La fantaisie, l’originalité des architectes se révèle dans certaines conceptions, grâce auxquelles la monotonie est évitée ; parfois elles sont agréables à l’œil et parfois étranges. Nous pourrions citer, non loin du Trocadéro, une maison de style persan, à moins qu’il soit malgache, qui surprend plus qu’elle ne plaît ; mais celles où la sobriété préside ont vraiment plus de charme que ce que l’on bâtissait il y a quinze ans. De même, il est rare que ces énormes caravansérails s’alignent parallèlement sur une grande longueur, et quand entre eux s’enchâsse, dans les beaux quartiers, quelque hôtel particulier précédé d’une grille et de quelques ombrages, c’est un véritable repos pour le regard.
Enfin, l’on doit reconnaître que le souci de la décoration extérieure est redevenu en honneur : partout où cela se peut, la pierre est évidée ou sculptée avec goût, tout comme dans les châteaux de la Renaissance ; modifions, consoles, colonnettes, cartouches, écussons sont multipliés sur les façades; il y a là évidemment une contribution importante à l’élégance artistique de nos rues.
Le concours annuel, établi pour la récompense des façades artistiques des maisons de Paris, prend son origine dans une idée plus restreinte, émise au Conseil municipal en 1896, et ne visant que les maisons à édifier dans la nouvelle rue Réaumur.
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Élargie par l’Assemblée communale, l'idée prenait corps les 6 et 20 décembre 1897 et devenait applicable à tout Paris. A partir du Ier janvier 1898, un concours fut donc organisé, tous les ans, entre les architectes et les propriétaires des maisons construites pendant l’année dans la capitale. Les propriétaires des six maisons primées sont exemptés de la moitié des droits de voirie afférents à la construction neuve, une médaille d’or est décernée à l’architecte, et une de bronze à l’entrepreneur. Le jury se compose de cinq membres du Conseil municipal, du directeur des Services municipaux d’architecture, de l’architecte en chef de la Ville, et de deux architectes choisis par les concurrents. Le concours a fonctionné sans interruptions depuis sa création, et les jugements, rendus sans parti pris d’école et et avec le plus grand éclectisme, ont récompensé les plus belles architectures, aussi bien celles qui sont des réminiscences du passé que celles procédant hardiment des conceptions nouvelles de l’art1. (PI. 12 et pl. i3.)
A l’heure actuelle, l’art de bâtir a une occasion particulièrement avantageuse de se manifester. On sait que le Champ de Mars, désaffecté des multiples destinations qu'il connaissait depuis plus d’un siècle, est devenu un vaste square rectangulaire, et que la Ville a mis en vente les surfaces latérales pour y construire. Il y a là un terrain disponible de 63j63 mètres, réparti en vingt îlots. L’édilité a sagement fait de stipuler des clauses qui assurent à ces constructions le luxe que l’on exige d’elles : hauteur maxima de 20 mètres, zone en jardin, habitations exclusivement bourgeoises ; mais les architectes
1 II faut ajouter que ce concours général n’empêcha pas celui spécialement décidé pour la rue Réaumur, pas plus qu’un troisième, organisé pour les maisons à construire sur l’emplacement des terrains de l’ancienne caserne du Petit-Musc. L Administration vient, en outre, de faire imprimer un recueil fort intéressant contenant la reproduction de toutes les façades primées depuis 1898.
ont encore beau jeu, dans ces conditions, pour faire merveilles.
Bien que légalement décidée, la démolition des fortifications entre la Porte du Point-du-Jour et celle de Pantin n’est encore ni faite ni même réglée. Du rempart construit sous Louis- Philippe, il restera une portion assez considérable pour que les amis des monuments du passé n’aient pas à protester. En revanche, quatre arrondissements de l’Ouest et du Nord sont appelés à bénéficier de cette désaffectation, car l’Administration et l’opinion publique s’accordent à réclamer l’intangibilité des espaces ainsi acquis au profit de l’air et de la verdure. Peut-être est-il un peu hyperbolique de dire que la ville « étouffe » dans ses remparts ; mais il est certain que, si l’on devait substituer au mur d’enceinte une rangée de maisons à sept étages, le dommage serait incalculable. On n’a pas à le redouter : comme pour l’ancien Champ de Mars, des projets de parcs sont préparés, avec servitudes non œdiftcandi ; les quartiers de l’Ouest, voisins du Bois de Boulogne, n’auront pas à en souffrir; quant aux faubourgs populeux du Nord-Ouest et du Nord, ils en recevront un bienfait auquel ils ont droit.
Nous citions au début le vieux proverbe qui affirme que Paris ne s’est pas fait en un jour. Avec plus de raison, il faudrait dire que Paris se défait et se refait chaque jour. En ce moment, nous voyons se préparer ou s’accomplir l’achèvement du boulevard Haussmann, le prolongement des rues Etienne- Marcel, du Louvre, Beaubourg, de Vaugirard (entre la rue Monsieur-le-Prince et le boulevard Saint-Michel), le dégagement des Halles, etc. Demain, apparaîtra la nécessité d’autres travaux, non moins utiles. L’important est que tous se poursuivent avec la même volonté de rendre la glorieuse cité toujours plus séduisante et plus belle.