‹ La voie publique et son décorChapitre 13 sur 87 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA SEINE, SES QUAIS ET SES PONTS

Aspect primitif du fleuve. — Monument commémoratif élevé par la Ville aux sources de la Seine. — Aspects successifs : Bercy, les quais Saint-Bernard et Henri IV. — Iles Saint-Louis et de la Cité. — Le Pont-Neuf. — Les quais de la rive gauche et les bouquinistes. — Ponts des Arts, du Carrousel, Royal, de la Concorde, Alexandre III, d’Iéna ; le Viaduc de Passy.

Ce chapitre n’aurait-il pas dû être le premier du livre ? Nous sommes pris d’un tardif scrupule. Il n’est pas douteux que la Seine est la plus ancienne des voies publiques que compte Paris. C’est à elle que Lutèce doit son origine, car les habitants primitifs, cantonnés dans leur île, n’utilisèrent d’abord que « ce chemin qui marche ». Après eux, les Gallo-Romains, devenus commerçants, créèrent une corporation de navigateurs, de Nantes qui, dès le premier siècle de notre ère, élevait un autel à Tibère. Cette corporation, le moyen âge la fit revivre plus puissante, mieux organisée ; ce fut l’association des « marchands de l’eau », dont les intérêts groupés au xne siècle imposèrent le respect de ses droits au pouvoir royal et d'où naquit, avec la prévôté des marchands, la première municipalité parisienne.

Mais, depuis le temps où elle coulait sans digue et sans entraves, entre des berges et çà et là des îles qu’elle se plut si souvent à inonder, la Seine a tellement été modifiée qu’il ne lui reste plus rien de ses aspects anciens ; elle est maintenant presque canalisée dans la traversée de Paris, contrainte à rendre

des services, et le charme qu’elle tenait de la nature s’en est trouvé singulièrement altéré.

Telle qu’elle est, cependant, elle contribue pour une grande part à la beauté de Paris. Imaginez cette hypothèse invraisemblable : Paris sans la Seine, ou — comme quelques barbares, utilitaristes à outrance, l’ont souhaité, — la Seine couverte d’une voûte ! Quelle physionomie différente pour l’esthétique! Combien de monuments qui n’auraient pas été construits, combien de points de vue merveilleux et de magnifiques promenades qui n’existeraient pas ? Blasés par l’accoutumance, préoccupés de leurs affaires, la plupart des Parisiens qui passent d’une rive sur l’autre ou suivent les quais n’accordent pas toujours au fleuve tutélaire le regard reconnaissant qu’il mérite; mais parfois, lorsqu’un rayon de soleil traversant les nuages donne à l’eau une coloration qu’elle n’avait pas un instant auparavant et qui changera peu après, ou que, pendant les beaux jours, un peu avant le crépuscule, se dessinent aussi nettement sur le ciel laiteux, les profils des édifices, les arêtes des ponts et des maisons, que sur une épreuve photographique, le passant s’arrête émerveillé, et ne peut s’empêcher de savourer le grandiose spectacle.

La gratitude officielle de Paris pour le fleuve auquel il doit tant a été bien lente à se manifester. Les Gaulois, cependant, en avaient donné l’exemple en élevant un monument aux sources de la Seine, dans le charmant vallon de Saint-Germain-la- Feuille (Côte-d’Or), arrondissement de Semur, canton de Flavigny. Ruiné au ive siècle, ce monument attira l’attention de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or, qui en 1 836 réussit à en dégager les substructions. Le sous-préfet de Semur, M. Larribe, — un nom à retenir, — songea que cette découverte intéresserait la capitale et en écrivit aussitôt au préfet,

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M. de Rambuteau ; mais il obtint une réponse stupéfiante : le Conseil municipal avait jugé l'objet de cette proposition complètement étranger à la capitale! Larribe ne perdit pas espoir. Grâce à la situation qu’il obtint plus tard à la Préfecture de la Seine, — conservateur des monuments d’art, — il lui fut aisé de faire acquérir par son administration le terrain des sources de la Seine, et enfin d’y faire ériger un monument qui fut inauguré au mois de novembre 1867, et où ont été gravés ces mots : Monument aux sources du fleuve qui a donné son nom au

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