DÉPARTEMENT DE LA SEINE ET AUQUEL PARIS DOIT SON ANTIQUE PRO- SPÉRITÉ
Ce fut justice. Le trafic commercial de la Seine fait de Paris le premier port de France. Cela mérite bien quelque reconnaissance. Et en dehors des services de la navigation, que ne demande-t-on encore aux berges et aux rives du fleuve ! Elles n’offrent guère d’espace disponible qui ne soit utilisé : établissements de bains chauds et froids, baignades de chevaux et de chiens, salons de coiffure en plein air pour hommes et chiens, commerces variés de journaux, boissons, etc., entreprises gratuites de pêche à la ligne, exploitation non moins gratuite et souvent productive des épaves, dortoirs publics sous les ponts, etc., etc. Beaucoup de ces industries sont exemptes de charme poétique, mais l’ingéniosité parisienne est illimitée et sans scrupules quand il s’agit de se procurer des ressources.
Chaque siècle écoulé a contribué à modifier la physionomie de la Seine. Son cours même est bien différent aujourd’hui de ce qu’il était autrefois, non seulement par l’endiguement dû à nos quais modernes, mais encore par la disparition successive d’un certain nombre de ses îles, que la main des hommes a attendes. Dans les onze kilomètres et demi qui représentent la traversée de Paris, on n’en rencontre plus que deux : l’île Saint-Louis et
la Cité ; il y en avait bien d’autres jadis : File de Bercy, absorbée dans le territoire de l’Entrepôt ; l’île Louviers, réunie en 1843 au boulevard (alors quai) Morland ; l’île aux Vaches, réunie sous Louis XIII à File Notre-Dame ou île Saint-Louis ; l'île aux Bureaux, dite aussi de Saint-Augustin, et celle de la Gourdaine, qui ont fourni leur sol à la place Dauphine et au terre-plein du Pont-Neuf; l’île des Cygnes, — dont nous aimons mieux ne pas rappeler le nom ancien, — qui a été réunie à la rive gauche ; elle s’étendait du pont des Invalides au Champ de Mars; le bras comblé baignait le sol actuel de la rue de l’Université, où l’on voit encore, à l’angle de la rue Jean-Nicot, une maison du xviie siècle, à l’enseigne du Cygne. C’est à tort que souvent on veut voir une île ancienne dans la longue jetée qui prend naissance au nouveau pont de Passy et se termine à celui de Grenelle ; elle ne date que de 1825 et n’a été faite que pour former un port de navigation en face de Grenelle.
Peu après son confluent avec la Marne, la Seine fait une entrée majestueuse dans sa capitale. La civilisation n’a eu qu’à conserver l’œuvre de la nature pour affecter à l’industrie le vaste bassin qui, durant trois kilomètres se développe en ligne droite. A peine franchis le mur d’enceinte et le pont National, sur lequel passe le chemin de fer de Ceinture, on rencontre à droite les vastes entrepôts de Bercy, tout enveloppés de verdure. D’incessantes péniches déposent sur la berge, au-devant des bâtiments, les futailles rebondies où dorment les crus de la Bourgogne et du Bordelais. Le coup d’œil est joli, réjouissant, et donne dès l’abord une idée grandiose de l’importance du mouvement commercial de la rivière.
L’aspect de la rive gauche est moins aimable : la berge en plan incliné, sur laquelle le remous des bateaux à vapeur vient jeter un faible flot, a pour fond de tableau des constructions