MÉTROPOLITAIN. PASSERELLE D’AUSTERLITZ
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LA SEINE, SES QUAIS ET SES PONTS 81
sans caractère, usines, chantiers de bois, maisons ouvrières, dont beaucoup datent du temps où ce quartier dépendait de la commune d’Ivry. Au delà des ponts de Tolbiac et de Bercy (pl. 16), le regard est plus choqué encore par d’affreux et très récents docks qui masquent la façade de la gare d’Austerlitz et sont un véritable défi à l’esthétique, tandis qu’à droite, au delà d’un quai industriel, mais bien bâti et baigné de lumière, se dresse le beffroi de la gare de Lyon.
Les géographes parisiens sont à peu près les seuls à savoir maintenant qu’en ce point, exactement à hauteur de la passerelle du Métropolitain, la Seine se grossissait — si l’on peut ainsi parler — des eaux de la Bièvre, dont la vallée naturelle se termine là ; mais la triste rivière n’a plus droit depuis longtemps à cette fin honorable; elle est happée par un égout qui la déverse dans le grand collecteur, et c’est à Clichy seulement, en aval de Paris, que se termine sa lamentable carrière.
Nulle part mieux qu’ici le chemin de fer métropolitain ne montre avec quelle souplesse il peut se plier à toutes les difficultés. Après avoir émergé des baies du premier étage de la gare d’Austerlitz, il franchit la Seine sur une élégante passerelle (pl. 1 6) , décrit une courbe des plus hardies, s’enfonce sous le sol de la place Mazas, remonte à la lumière pour traverser le canal Saint-Martin et, aussitôt après, rentre en souterrain sous le boulevard Bourdon. A le voir tour à tour disparaître et reparaître, gravir ou descendre des pentes de trente millimètres en un trajet d’à peine cinq cents mètres, on se croit vraiment le jouet d’une hallucination fantastique.
Jusqu’en 1 8 1 5 , le Pont d'Austerlitz fut le premier pont parisien d’amont. En ordonnant sa construction, Napoléon Ier, nous l’avons dit, ne faisait que reprendre une idée antérieure à la Révolution. Hatin, dans son Histoire de la Presse (t. IV), cite
une gazette manuscrite où, à la date de 1788, il est question du projet d’établir « un pont de bois, mais de la forme la plus légère et la plus agréable, au-dessus de l’Arsenal, pour joindre à ce quartier, qui va être rebâti à neuf, les nouveaux boulevards ».
Le pont, dont l’achèvement suivit de près la victoire d’Austerlitz, n’est pas, cependant, celui que nous avons sous les yeux. Ses cinq arches étaient en fer, alors que celui-ci est en pierre. En cet état, il date de 1 855," et, en 1877, il a été élargi d’un tiers environ, opération remarquable, car elle s’effectua sans entraver la circulation.
Le panorama qui s’offre aux yeux devient infiniment agréable ; il est même un des plus beaux du cours de la Seine dans Paris. En face, au fond de l’horizon, l’admirable silhouette de Notre-Dame, et sur la rive gauche, les masses boisées du Jardin des Plantes et de la Halle aux Vins, au-dessus desquelles émerge le dôme altier du Panthéon. La rive droite est surtout pittoresque : tout près du pont, débouche par un goulet mesquin le canal Saint-Martin, dont l’accès n’est réellement pas digne des services qu’il rend à la navigation ; puis, c’est le quai Henri IV, bordé d’édifices municipaux en grande partie, annexes des services de la Préfecture de la Seine, construits sur l’ancienne île Louviers. Au delà, le fleuve a sa première bifurcation ; son bras nord passe sous VEstacade, étrange pont formé de poutrelles de charpente entre-croisées avec une très étroite passe pour les bateaux ; elle fut construite d’abord comme briselames, ce qui lui donne l’aspect en miniature d’une de nos jetées maritimes ; plus tard, on la recouvrit d’un tablier, de planches également, et les piétons furent admis à l’utiliser; ils s’en montrent peu friands ; c’est un faible raccourci entre le quai Henri IV et la pointe orientale de l’île Saint-Louis ; en revanche, les interstices formés par les planches à claire-voie