‹ La voie publique et son décorChapitre 17 sur 87 · VIADUC DE PASSY · texte numérisé non relu

VIADUC DE PASSY

l’hoto Neurdein.

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VIADUC D AUÏEUIL.

Photo Le Deiey.

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LA SEINE, SES QUAIS ET SES PONTS 89

Ce n’est qu’un siècle plus tard que Perronet, qui venait de superbement appliquer au pont de Neuilly les principes des ponts horizontaux, les mit de nouveau en pratique pour la construction du Pont de la Concorde. Quelle singulière idée eurent Napoléon Ier, et après lui, le gouvernement de la Restauration d’imaginer, pour la décoration de ce pont, une série de statues colossales de personnages historiques ! Elles furent mises en place et y demeurèrent pendant une vingtaine d’années. On finit par s’apercevoir qu’elles écrasaient de leur masse la perspective de la Seine et compromettaient même la solidité des arches. On les a transférées, en 1837, dans la cour d’honneur du château de Versailles, où elles font bien meilleure figure.

A partir du pont de la Concorde, l’aspect des rives du fleuve se modifie, mais pour acquérir une nouvelle grâce. Il semble que l’on sort de la ville pour pénétrer dans la série de promenades qui continuent sa splendeur. A droite, ce sont le Cours-la-Reine, les Champs-Élysées, les deux palais des Beaux- Arts ; à gauche, le quai d’Orsay développe sa quadruple rangée d’arbres qui lui donne le charme mélancolique d’un « Mail » provincial.

Le Pont Alexandre III, le plus beau de Paris, construit de 1 896 à 1900 sur les plans de l’ingénieur Resal, est un chef-d’œuvre d’élégance artistique. (PI. 14). Quatre pylônes monumentaux ornent ses extrémités ; ils supportent des Pégases et des Renommées, et à leur base se dressent des statues allégoriques de la France aux diverses époques de son histoire. D’éminents sculpteurs, dont Marqueste, Coutan, A. Lenoir, Frémiet, sont les signataires de ces œuvres impérissables.

Infiniment plus modeste, mais néanmoins très méritoire, est la décoration artistique du Pont de l’Alma, qui date du second Empire; le soubassement de ses piles est orné de quatre statues

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de soldats appartenant aux armes qui furent victorieuses en Crimée : grenadier, chasseur à pied, artilleur, zouave, dont les eaux, en temps de crue, viennent baigner les pieds.

Le Pont d’Iéna a une histoire très personnelle. Commencé en 1 806, l’année même de la victoire dont il garde le nom, achevé seulement en 1 8 1 3 , il se rattachait dans la pensée de Napoléon à un plan de développement des faubourgs du Sud et de l’Ouest, non loin du mur d’enceinte d’alors. Le pont d’Iéna devait, en effet, relier par une route latérale au Champ de Mars les quartiers de Montrouge et Vaugirard à la région nord-ouest, grâce à une voie qui, gravissant les pentes de la montagne de Chaillot (futur Trocadéro), se serait reliée aux boulevards extérieurs (aujourd’hui avenue Kléber). Ce projet ne se réalisa pas, mais le pont fut fait, et l’on sait quels services il a rendus, surtout pendant les années d’Expositions universelles.

Il faillit bien périr lors de l’entrée des Alliés à Paris en juillet 1 8 1 5 : Blücher, non content d’avoir pris à Waterloo sa revanche d’Iéna, avait juré sa destruction, et déjà la mine jouait ; mais Louis XVIII, avec un courage digne de .tous les éloges, déclara ceci dans une lettre autographe à Talleyrand : « Quant à moi, s’il le faut, je me porterai sur le pont. On me fera sauter si l’on veut. » De leur côté, les Parisiens considéraient cette destruction du pont comme une question nationale, et l’on ne sait ce qui fût arrivé si les souverains alliés n’avaient enfin donné l’ordre d’arrêter les travaux de mine. En revanche, Louis XVIII s’empressa de changer le nom de l’ouvrage ; ce fut le Pont des Invalides jusqu’en i83o. Sous la République de 1848, on crut l’embellir en flanquant ses extrémités de quatre groupes de personnages (deux sur chaque rive) un Grec, un Arabe, un Gaulois et un Romain maîtrisant chacun un cheval. La nudité de deux de ces guerriers est d’une assez choquante brutalité.

LA SEINE, SES QUAIS ET SES PONTS

Le coup d’œil dont on jouit du milieu du pont d’Iéna, pour être moins imposant que celui du pont Alexandre III, n’en est pas moins plein de charme. D’un côté, c’est le palais du Trocadéro et son merveilleux parterre; de l’autre, la tour Eiffel; entre les deux, la Seine, qui vient de décrire une large courbe vers le Sud et développe son cours en ligne droite jusqu’à ce que les coteaux de Meudon et de Sèvres, dont la ligne bleuâtre ferme l’horizon, la fassent s’infléchir dans la direction du Nord.

Le Viaduc de Passy, construit pour le passage du Métropolitain et aussi pour remplacer avantageusement une passerelle à l’usage des piétons, qui datait de l’Exposition de 1878, est fort élégant avec ses hautes colonnes de fonte, disposées par paires, sur lesquelles porte l’étage supérieur. (PI. 20). Il est situé à quelques mètres en aval du point où se trouvait la barrière de Passy, limite de Paris avant 1860. Les quais de la rive gauche, occupés par l’industrie, n’offrent plus désormais d’intérêt; mais en face, le quai de Passy est dominé par la charmante colline où s’élèvent les maisons de la curieuse rue Raynouard.

Le fleuve passe encore sous quatre ponts avant de sortir de Paris : le viaduc du chemin de fer des Invalides à la gare Saint-Lazare, le pont de Grenelle, le superbe pont Mirabeau, frère aîné du pont Alexandre III, et enfin le monumental viaduc d’Auteuil, qui relie le xvie au xve arrondissement et donne passage au chemin de fer de Ceinture1. (PI. 20).

1 Dans les pages qui précèdent, nous n’avonsmentionnéquelesprincipaux ponts , ou ceux que quelque fait spécial recommandait à l’attention. On trouvera la liste complète de. tous les ponts parisiens aux Pièces annexes (n° i).

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