VESTIGE DU MUR DE L ENCEINTE DE PHILIPPE AUGUSTE, RUE CLOVIS
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une ligne à peu près parallèle au parcours du canal Saint- Martin (anciens fossés de l’Arsenal). Le boulevard de la Bastille, qui longe ce canal à l’Est, a longtemps porté le nom, bien plus expressif et historique, de boulevard de la Contrescarpe.
Ce fut la dernière enceinte militaire de Paris durant l’ancien régime. A deux reprises depuis, la ville élargit encore sa circonférence; mais la première fois, sous Louis XV, des bornes ou des inscriptions, — la seconde fois, sous Louis XVI, un simple mur marquèrent ses nouvelles limites créées, non plus au point de vue de la défense, mais à celui des impôts. Il faut arriver au règne de Louis-Philippe pour voir s’élever l’enceinte fortifiée qui aujourd’hui encore, mais pour peu de temps sans doute, protège la capitale moins contre une invraisemblable invasion d’ennemis que contre les fraudeurs de l’octroi.
Il faut bien en convenir : du xne au xvie siècle, l’art ne se manifesta que dans la construction des églises, ou de quelques rares édifices civils, hôtels royaux et de riches seigneurs ou abbés ; mais la coquetterie, l’hygiène de la voie publique sont choses qui y faisaient complètement défaut. Nul souci même de mettre en lumière un beau portail ou une harmonieuse abside d’église ; tout aussitôt, des maisons se construisaient alentour, enveloppant le monument comme si elles voulaient le soustraire aux regards, et elles le privaient de jour sans qu’aucun règlement n’intervînt à cet égard.
Le seul luxe était, nous l’avons dit, celui de croix élevées aux carrefours principaux, formant places ; et dans les rues, celui des enseignes qui se balançaient aux maisons, enseignes pieuses, symboliques, drolatiques, où s’exercait souvent la gauloiserie du propriétaire de l’immeuble, mais qui avaient bien moins un caractère de décoration qu’un but pratique ou commercial, et seules permettaient de désigner les logis.
Aux yeux des contemporains, le grand nombre des rues était un élément principal de l’importance de la ville. Peu leur importait que ces rues fussent belles, longues ou larges; elles figuraient chacune pour une unité dans le total, qu’il s’agît de la « grand rue Saint-Denis » ou d’une ruelle, longue de vingt mètres, dans la Cour des Miracles. Les « Listes de toutes les rues de Paris », que vendent aujourd’hui les camelots sur les grandes places et les boulevards, ont des aïeules bien vénérables, car elles datent de cette époque-là. Au commencement du xive siècle, un certain Guillot imagina une nomenclature de ce genre en vers. La prosodie en est détestable et l’esprit plus mauvais encore, car ce triste poète, tout en s'efforçant de n’omettre aucun nom, a caractérisé dans des termes d’une révoltante crudité les rues mal famées et, si on l’en croit, elles étaient alors en majorité; mais, pour l’honneur de la capitale, il vaut mieux penser que Guillot n’a choisi ce canevas que pour rendre sa liste moins aride. Les historiens de la topographie parisienne ont cependant tiré d’utiles renseignements de cette œuvre grossière, ainsi que des listes dressées au xve siècle, cette fois sans commentaire, et insérées l’une par Guillebert de Metz, un chroniqueur du temps, dans sa Description de la Ville de Paris , l’autre par l’abbé Lebeuf dans son Histoire de la Ville et du diocèse de Paris, à la suite du poème de Guillot, que sa pudeur s’est refusée à imprimer inextenso.
Il convient d’enregistrer, comme un des premiers soucis de coquetterie que l’administration municipale ait eus pour la voie publique, ce qui se passa pour le pont Notre-Dame, à l’extrême fin du xv° siècle. Le 25 octobre 1499, ce doyen de nos ponts parisiens s’étant écroulé, le Bureau de la Ville s’occupa aussitôt de sa réfection et décida tout d’abord que ses piles seraient
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en pierre, alors que le précédent était « fondé et porté sur pieulx de bois ». Puis, de nombreuses délibérations furent prises sur le modèle le plus convenable à adopter pour la physionomie de l’ouvrage ; on décida même de faire appel aux lumières des principaux maîtres maçons des grandes villes du royaume. Finalement, il fut décidé que le pont supporterait deux rangées de maisons construites en pierre avec élégance, sur un modèle uniforme, et que — par une innovation qui ne devait avoir de lendemain que trois siècles plus tard — ces maisons seraient numérotées en chiffres romains, — ce qui fit l’admiration des contemporains.
Avec le xvie siècle, d’ailleurs, la préocupation d’embellir Paris commence à se manifester d’une façon constante. Sans parler des palais royaux, des hôtels luxueux que l’art nouveau y fait sortir du sol, il v eut entre le roi et l’administration parisienne une entente pour le goût du beau, dont le résultat le plus probant fut la construction de l’Hôtel de Ville. On sait que François Ier en prit l’initiative, se fit communiquer les projets et imposa aux magistrats municipaux l’architecte de son choix, qui ne fut autre que Dominique de Cortone, dit le Boccador.
De même, peu après, la construction de la Fontaine des Innocents, si élégante, si artistique, dénote un souci réel de la parure de la ville. De même encore, à la fin du siècle, la construction du Pont-Neuf, élevé aux frais du roi avec le concours des meilleurs architectes et maîtres ès-œuvres du temps, atteste encore mieux ce souci; mais il ne s’agit là que de monuments. Les rues restèrent telles quelles, aussi étroites, aussi sales, aussi dangereuses dès que la nuit tombait, et les guerres civiles constantes qui marquèrent cette époque, à la fois si brillante et si triste, n’eurent certes pas pour effet de les rendre plus sûres, ni plus avenantes. La plupart d’entre elles étaient pourvues de
chaînes, que les riverains tendaient eux-mêmes, le soir venu ; en i 5 52, une ordonnance du prévôt des marchands déclare ne pas dispenser de faire à leur tour le service du guet ceux qui ont « au coin de leurs maisons les rouets et crochets à tendre chaînes ».
Si l’on songea parfois à éclairer les voies publiques, ce ne fut assurément pas dans une pensée de luxe ou de confortable, mais par mesure de sécurité publique. Tantôt, c’étaient des chandelles, que les habitants étaient tenus de placer sur le devant de leurs fenêtres ; tantôt, on essaya de « fallotz ardans », qu’une décision du Bureau de la Ville remplaçait, le 7 novembre 1 5 58, par des « lanternes ardantes et allumantes », qui devaient éclairer de dix heures du soir à quatre heures du matin. Ce ne furent là que des dispositions temporaires, prises aux heures les plus troublées et pour sauvegarder les honnêtes gens contre la horde de « mendiants valides » qui valut, pendant près de cent ans, les pires ennuis à l’administration municipale. Un siècle s’écoulera encore avant l’organisation d’un éclairage régulier, ou à peu près. Jusque-là, les Parisiens ne se risquèrent le soir, dans le dédale de leurs rues, qu’accompagnés de valets, quand leurs moyens le leur permettaient, ou munis d’une lanterne, ou surtout, disaient-ils, à la grâce de Dieu.