CHAPITRE II
DE HENRI IV A NAPOLÉON Ier
Le Pont-Neuf. — Les places Royale et Dauphine. — François Miron, prévôt des marchands. — Fontaines de la Reine, du Ponceau ; la Samaritaine. — Rue du Ponceau. — Quais des Ormes et de Chaillot. — Ile Saint-Louis. — Enceinte bastionnée. — Cours-la-Reine. — Places des Victoires et Vendôme. — Les réverbères. — Division delà Ville en vingt quartiers. — La rive gauche. — Place de la Concorde. — Période révolutionnaire.
Si, au regard de l'histoire générale, le xvne siècle a pu être justement nommé le siècle de Louis XIV, pour Paris et plus spécialement pour l’objet qui nous occupe, il commence à sa vraie date, et le règne de Henri IV marque une ère très nouvelle. Dès les premières années de ce siècle, en effet, la capitale connut des modifications de son aspect physique qui jusquelà lui avaient été complètement étrangères : le Paris du moyen âge, resté encore immuable, commença de se transformer; pour la première fois, il bénéficia de conceptions dues à un esprit novateur, et devançant l’époque.
L’achèvement du Pont-Neuf était, depuis longtemps déjà, attendu avec la plus extrême impatience. Entrepris sous Henri III, à qui revient le premier mérite de ce bel ouvrage, resté si précieux aux Parisiens, mais bien négligé pendant les luttes sanglantes de la Ligue et le siège de la ville, il était devenu l’objet de toute la sollicitude de Henri IV quand la paix fut rétablie. Le nouveau roi eut la hardiesse de s’opposer à la
construction de maisons que le plan primitif prévoyait comme pour les quatre ponts déjà existants, et hâta les travaux. Le 20 juin i6o3, il l’inaugurait en le traversant à pied, l’un des premiers : « Il passa, dit le Journal de l’Estoile, du quay des Augustins au Louvre par-dessus le Pont-Neuf, qui n’estoit pas encores trop asseuré, et où il y avoit encores peu de personnes qui s’y hazardassent. Quelques-uns, pour en faire l’essay, s’estoient rompu le col et tumbés dans la rivière, ce qu’on remonstra à Sa Majesté, laquelle fist response (ainsi qu’on dict) qu’il n’y avoit pas ung de tous ceux-là qui fust roy comme luy ». (PI. 3.)
Depuis le tournoi où Henri II avait trouvé la mort, le vaste hôtel des Tournelles, situé au nord de la rue Saint-Antoine, avait été démoli et son emplacement était devenu un terrain vague où s’établit le marché aux chevaux.
En 1604, Henri IV conçut le projet d’utiliser ce terrain en y faisant édifier des manufactures de draps et de tapisserie qui devaient l’occuper tout entier. Quelques bâtiments furent commencés; puis, l’entreprise ne réussissant pas, le roi restreignit sa conception à la construction de ces « logis » sur un seul côté du terrain ; le reste devait former une vaste place. Finalement, en 1607, l’idée d’une place entourée de galeries et d’hôtels monumentaux subsista seule et fut exécutée. Ce fut la Place Royale, aujourd’hui place des Vosges, bien curieuse et intéressante à plusieurs titres, non seulement parce que son architecture est digne de tous éloges, mais encore parce que son établissement correspond à un plan régulièrement fixé, alors que toutes les autres places antérieures s’étaient formées sans régularité, au hasard de l’alignement des maisons qui les bordaient, et que pour la première fois apparaît à son propos la volonté de la symétrie et de la servitude imposées aux concessionnaires du terrain, idée qui nous paraît maintenant simple et logique,