PASSAGE DU PONT-AUX-BICIIES. COUR DU DRAGON
grands services, et, le temps aidant, les vivants ont fini par se persuader que ce bruyant passage ne nuisait en rien à la tranquillité de ceux qui dorment de l’éternel sommeil.
Parlerons-nous enfin des rues pittoresques ? Celles qui ne tiennent ce caractère que de leur ancienneté constituent encore maintenant des quartiers entiers, et plus haut, nous les avons indiquées à grands traits. Mais il en est d’autres, qui doivent le cachet, si agréable aux curieux, de l’étrangeté et de l’inattendu, à une circonstance fortuite de construction ou de site.
Il en reste fort peu dans les arrondissements du centre : l’impasse Saint-Eustache termine son horizon, long de moins de quarante mètres, par la vue du délicieux portail nord de l’église Saint-Eustache (pl. 27).
Quant au portail méridional, non moins grandiose, du même édifice, il se révèle au regard surpris des piétons qui, du bout du Pont-Neuf, l’aperçoivent par l’enfilade des rues de la Monnaie (pl. 27), du Roule, des Prouvaires et d’une travée des Halles, dont le fronton triangulaire lui fait un très singulier encadrement.
Le passage du Pont-aux-Biches n’a pas seulement le mérite de porter un joli nom ; il présente l’originalité d’être constitué par un escalier construit sous une maison d’école, et de cette façon relie les rues Notre-Dame-de-Nazareth et de Meslay (pl. 28).
La rue Coëtlogon qui, jusqu’à 1 869, s’appela impasse d’Assas, a conservé, en dépit de l’alignement de ses maisons neuves, un arbre de solide venue que les plus vieux habitants du quartier ont toujours connu, et qui leur manquerait.
La rue de Verneuil, elle, en a plusieurs qui appartiennent à des jardins en bordure et forment à cette voie tranquille une fort agréable perspective.
Mais c’est surtout dans la périphérie que l’élément pittoresque de la voie publique ale mieux subsisté, legs des anciennes
communes annexées, dont les rues sinueuses et ombragées avaient un tout autre genre de coquetterie que celles de la grand’ville leur voisine. On n’y trouve plus guère, cependant, de « sentes » et venelles charmantes comme celles qui, avant le percement de la rue Mozart, descendaient de Passy vers Auteuil ; mais il reste encore cependant quelques gracieux coins de verdure dans cette partie du XVIe arrondissement. On peut citer aussi le passage des Eaux, souvenir des eaux minérales de Passy qui eurent une certaine vogue au xvme siècle, — les rues Berton et Guillou, accrochées au flanc de la colline entre la Seine et la non moins curieuse rue Raynouard ; — la rue Narcisse-Diaz, qui plonge dans une sorte de fossé creusé entre la rue Mirabeau et l’avenue de Versailles, — la mélancolique rue Boileau, — les charmantes rues Molitor et Michel-Ange, gloire d’Auteuil.
Tout un quartier des Batignolles est construit sur la voûte du tunnel du chemin de fer de l’Ouest, du boulevard des Batignolles à la rue de la Condamine et ; aux Ternes, la rue Bayen portait jadis le nom de rue de l’Arcade parce qu’elle passe sous l’arche du vieil hôtel qui est l’ancien château des Ternes.
Entre les stations de l’avenue de Saint-Ouen et du boulevard Ornano, où les voies du chemin de fer de Ceinture s’engagent sous un tunnel long d’un demi-kilomètre, une voie publique s’est créée sur le dos de ce souterrain. Déjà, nous sommes à Montmartre, où le pittoresque des rues et des sites foisonne à chaque pas (pl. 3o). Le célèbre « maquis » a disparu, heureusement, car dans l’espèce le pittoresque y était excessif au point d’être un danger public ; mais les quartiers des Grandes- Carrières et de Clignancourt ont conservé un grand nombre de rues en escaliers, qui escaladent la butte sacrée. Elles font songer à celles de la ville de Blois, chantées par Victor Hugo :