PASSAGES
Au commencement du siècle dernier, Paris comptait un très grand nombre de passages (il y en a plus de cent dans la nomenclature qui termine le petit guide de Marchant : le Conducteur de l’Étranger à Paris , i8i5); mais la plupart, — on peut dire tous, — étaient de simples voies de communication ouvertes à travers des propriétés particulières pour faire communiquer ensemble deux voies publiques, ou même des « allées » pratiquées dans l’épaisseur d’une maison, ou encore des « cours », se correspondant entre elles et accessibles au public.
Nous nous faisons maintenant une autre idée des passages, ou plutôt ils se sont transformés. Ce sont des galeries vitrées, bordées de magasins sollicitant la curiosité des passants et la retenant captive par l’abri qu’elles offrent à la flânerie, surtout en temps de pluie. La vogue des passages a été très grande, il
QUELQUES PARTICULARITÉS DE LA VOIE PUBLIQUE m
y a un demi-siècle ; comme au Palais-Royal, la bijouterie, le commerce de luxe et des jolis bibelots s’y étaient installés et y faisaient des affaires d’or. Il faut convenir que cette faveur a beaucoup diminué, parle fait d’une évolution dans le goût public, qu’il n’est pas aisé de définir. Le doyen, peut-être, des passages parisiens, si connu des provinciaux, — lisez Nama Rouinestan — le passage du Saumon, a disparu, il y a quelques années; de même, le passage Delorme, cher aux élégantes, a été absorbé dans les contractions d’un hôtel entre les rues de Rivoli et Saint-Honoré.
Le passage des Panoramas demeure le plus ancien sans doute. Il a été ouvert en 1800 entre la rue Saint-Marc et le boulevard, c’est-à-dire avant l’époque où la rue Vivienne fut prolongée entre ces deux mêmes points. Deux vastes rotondes renfermaient des vues panoramiques des grandes villes d’Europe, d’où son nom. Les galeries transversales n’ont été ouvertes que plus tard, en i83q, et ce n’est qu’à l’extrême fin du règne de Louis-Philippe que furent construits les passages Jouffroy et Verdeau qui le prolongent.
Le passage de l’Opéra a beaucoup perdu quand il a perdu le voisinage de l’Opéra de la rue Lepeletier ; il datait de 1823. Du même temps ou à peu près sont les passages Choiseul, Vero- Dodat; celui des Princes est bien plus jeune, car il ne fut ouvert qu’en 1860 sous le nom de passage Mirés.
La rive gauche n’a que peu de débouchés de ce genre, et leur luxe est réduit au strict nécessaire. Il sont groupés dans les environs de la Monnaie : passage du Pont-Neuf, passage du Commerce, passage Dauphine. Encore ce dernier est-il, à proprement parler, une cour à ciel ouvert, et de ce type les spécimens demeurent très nombreux, surtout dans la périphérie.