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VESTIGES D'UNE DES TOURS DE LA BASTILLE

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PLACES PUBLIQUES

mais il faut dire que cette nécropole est fort habilement dissimulée par d’épais ombrages, si bien que beaucoup de passants n’en soupçonnent même pas l’existence.

On n’a pas oublié qu’en 1900 l’exposition coloniale vint déborder sur toute l’étendue de la place. Le beau bassin qui en occupait le centre disparut sous des constructions malgaches. Il ne fut pas restauré ensuite, et son emplacement resta nu pendant plusieurs années. On y a inauguré, le 18 juin 1905, un kiosque à musique, entouré de plates-bandes de gazon. Le voisinage du cimetière aurait peut-être dû faire renoncer à cette création.

La place de l’Alma présente une particularité digne de remarque : elle est vierge de tout motif de décoration, ce qui ne l’empêche pas d’être fort agréable, bien bâtie, et de former le centre d’un quartier fort élégant où aboutissent plusieurs belles avenues, parmi lesquelles le Cours-la-Reine. Les amateurs à tout prix d’aspects monumentaux ont satisfaction en contemplant, d’un côté, dans l'avenue de l’Alma, le haut clocher tout blanc d’une église américaine, et de l'autre côté, au delà de la Seine, le gracieux clocheton qui surmonte les anciennes écuries de l’Empereur, condamnées, dit-on, à une prochaine démolition.

Nous aurions dû déjà parler plus tôt, en respectant l’ordre chronologique, de I’Esplanade des Invalides qui, si on la considère comme une place, est la plus spacieuse de Paris, car elle a 487 mètres de longueur sur 275 mètres delaigeur ; mais, depuis qu’elle existe, c’est-à-dire depuis la fin du xvne siècle, elle n’a fait parler d’elle qu’il y a une quinzaine d’années (pl. 3o). C’était la plus mélancolique, la plus ombreuse, la plus aimable des promenades pour ceux qui recherchent le calme et la solitude. Les enfants y jouaient sans danger, et sur ses nombreux bancs

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venaient se reposer les vieux invalides. L'Exposition de 1889 commença à jeter le trouble sous ces quinconces ; ils furent envahis deux ans avant, et deux ans après. Au moment même où la paix y renaissait, une rumeur courut dans Paris : l’Esplanade allait être radicalement transformée ; un pont monumental relierait la perspective des Invalides à celle des Champs-Elysées, et, chose bien plus grave, une ligne de chemin de fer y aurait sa gare terminus !

Il y eut dans la presse, dans les sociétés artistiques et historiques, puis, au Conseil municipal et devant le Parlement, une levée de boucliers que l’ardeur des combattants maintint dressés pendant deux années, 1893 et 1894. On cria au sacrilège, à la profanation. Une escouade d’ « Amis des monuments parisiens » se relayait sur le champ de bataille pour empêcher, même à main armée, que l’on abattît un seul arbre. Le ministre des Travaux publics affirma enfin formellement que la physionomie de l’Esplanade ne pourrait que gagner à l’exécution du projet, et qu’en aucun cas les bâtiments d’une gare ne s’y élèveraient au-dessus du sol ; la fièvre tomba alors, et on parla d’autre chose. Les travaux se poursuivirent alors en paix et se sont achevés pour 1900. A la vérité, la magnifique façade de l’Hôtel des Invalides apparaît maintenant dans toute sa noblesse ; mais combien d’arbres de l’Esplanade sont tombés sous la coignée ! Quant à la gare, malgré les promesses, elle émerge du sol ; il est vrai que l’on a eu le bon goût de lui donner peu d’élévation et en revanche, beaucoup de grâce. C’est un coquet édifice, conçu dans le style du Grand-Trianon .

A la suite de ces vénérables ou luxueuses places parisiennes, il est juste d’en mentionner, au moins d’un mot, quelquesunes existant dans la périphérie, et pour lesquelles, depuis l’annexion de 1860, la Ville de Paris s’est mise en frais d’élégance :

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la place Pereire, construite circulairement et bordée de maisons d’une architecture symétrique de fort bon goût; la place de Clichy, dont le contour est indéfini et qui a été tardivement ornée du monument commémoratif de la défense de Paris en 1814; c’est actuellement le carrefour le plus parisien qui existe en dehors du centre; — la place Daumesnil, héritière delà seconde fontaine du Château-d’Eau; — d’autres encore, calmes et tranquilles comme elles le sont en province : la place de Vaugirard et la place Violet dans le XVe arrondissement, la place des Fêtes à Belleville.

Pour plusieurs raisons, la place de la Roquette ne mérite ici que le dernier rang : d’abord parce qu’elle n’existe pas officiellement : — en vain chercherait-on son nom dans une nomenclature ou sur un plan de Paris ; — ensuite, parce que, malgré ce silence administratif, qui n’était pas un oubli, son nom a eu la popularité la plus sinistre et la moins flatteuse pendant toute la seconde moitié du xixe siècle, car il n’évoque qu’une idée, celle de la guillotine.

C’est en i83o que le Département fit construire sur de vastes terrains libres bordant la rue de la Roquette, non loin du Père- Lachaise, le Dépôt des Jeunes détenus ; puis, vis-à-vis, en 1 836, le Dépôt des condamnés. Jusque-là, les exécutions capitales se faisaient place Saint-Jacques, une autre place sinistre qui garde encore l’aspect triste de ce passé.

La première exécution capitale eut lieu en 1 8 5 1 sur la place de la Roquette, et depuis lors, il y en eut bien d’autres, chacune attirant tout alentour la foule la plus malsaine que l’on puisse imaginer (pl. 33). La prison de mort a été démolie à la fin du dernier siècle ; les condamnés à la peine capitale sont mis sous les verrous à la prison de la Santé, et en aucun cas, l’échafaud ne se dressera plus jamais, place de la Roquette. Cependant,

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malgré tout, malgré des voies nouvelles ouvertes sur le terrain redevenu libre, la place demeure lugubre et désolée ; les maisons s’y sont construites lentement sans oser y ouvrir leurs façades. De plus, ce qui est inconcevable, c’est que le service de la voirie ait cru devoir laisser là où elles étaient les cinq dalles trop fameuses sur lesquelles reposaient les montants de la guillotine. On les avait offertes au Musée Carnavalet, qui les refusa avec quelque dégoût. Dans ces conditions, il n’y avait qu’à casser en mille morceaux et à disperser ces funèbres témoins, tant de fois arrosés de sang, de sang criminel, mais humain.

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