PORTE SAINT-MARTIN
(Page 145).
Photo Neurdein.
tée par le budget municipal dépassa, paraît-il, 5ooooo livres.
Porte Saint-Martin. (PI. 42.) — Trois ans plus tard, en 1674, Pierre Bullet, architecte des bâtiments du roi, fut chargé par le corps de ville d’ériger dans l'alignement de la porte Saint-Denis et dans l’axe de la rue Saint-Martin, un second arc de triomphe, toujours en l’honneur du roi, pour commémorer ses nouvelles victoires en Franche-Comté, la prise de Besançon et la défaite de la triple alliance. Nous avouons préférer l’œuvre de Bullet à celle de Blondel. Moins surchargée de sculptures, d’un style plus sobre, la Porte Saint-Martin correspond mieux que sa voisine au but voulu, qui était, en somme, de doter la capitale d’entrées monumentales. L’édifice se compose d’un massif de maçonnerie percé de trois ouvertures en plein cintre, celle du milieu étant de beaucoup plus élevée. L’espace compris entre le cintre de l’arcade centrale et les pieds-droits, au-dessous de l’entablement, formé de consoles d’un heureux effet, est occupé par des bas-reliefs représentant les événements historiques qui ont donné lieu à l’érection du monument. Ils sont dus au ciseau de Marsy, Desjardins, le Hongre et Legros. Un attique un peu trop simple couronne le tout. Les proportions adoptées par Bullet étaient rigoureuses : la Porte Saint-Martin a une hauteur de 18 mètres, égale à celle de sa largeur.
Deux autres portes triomphales existaient, en outre, à Paris : la Porte Saint-Bernard, sur le quai du même nom, construite par Blondel, et la Porte Saint-Antoine, qui datait de Henri II et que Blondel eut à restaurer en 1674. Ni l'une ni l’autre n’attendit la Révolution pour disparaître. Les estampes qui les ont reproduites montrent combien ces démolitions furent anti-artistiques et inconcevables.
L'Arc de triomphe du Carrousel est un des plus jolis monuments de Paris. (PL 41.) Nous disons joli, et non pas beau, car
ce qui fait son charme, c’est l’exquise harmonie de ses formes, lelégance de son galbe, la sobriété de sa décoration. On aimerait à penser qu’il fut la conception originale d’un artiste français, parisien... Malheureusement non : il n’est que la réplique, légèrement réduite, de l’arc célèbre de Constantin à Rome, réplique fort habilement exécutée d’ailleurs par Percier et Fontaine, auxquels Napoléon avait commandé cette œuvre en 1806. Il s’agissait de donner à la façade du palais des Tuileries sur le Carrousel une sorte de propylée solennel.
Les travaux durèrent environ deux ans. Plusieurs sculpteurs de talent : Ramey, Deseine, Cartelier, Clodion, Espercieux, sculptèrent pour les faces du monument des bas-reliefs représentant les faits glorieux des débuts de l’Empire; Lemot cisela pour la plate-forme un quadrige devant lequel furent disposés les fameux chevaux de Venise, qui provenaient du temple du Soleil à Corinthe.
Ce trophée de nos victoires en Italie ornait déjà l’entrée des Tuileries. Un journal de l’époque nous donne la date exacte, 2 5 avril 1807, à laquelle on les hissa sur l’arc. Ils devaient y rester huit ans. En 181 5, les Alliés les revendiquèrent, et Venise rentra en possession de cette précieuse œuvre d’art qui lui appartenait depuis le ve siècle.
En 1828, Bosio sculpta, pour la remplacer, un nouveau quadrige, où se dresse une statue de femme, — qui figurait la Restauration, — et auquel sont attelés deux chevaux conduits par une Paix ailée.
Entre l’Arc du Carrousel et I’Arc de triomphe de l’Etoile, il y a la différence que nous venons de spécifier entre le joli et le beau, — l’on peut même dire le magnifique. L’admirable majesté de celui-ci a pour conséquence d’amoindrir et de rapetisser un peu les grâces de celui-là. (PI. 43.)