OBÉLISQUES
tant par des attroupements énormes sur la place de la Concorde, devant les gigantesques échafaudages. Il faut bien le dire, on tremblait que Lebas n’échouât dans sa manoeuvre.
Elle eut lieu enfin, le 25 octobre 1 836, et réussit admirablement. Laissons la parole au Journal des Débats :
Aujourd’hui, l’érection de l’obélisque a eu lieu en présence d’une foule innombrable. A onze heures un quart, les artilleurs qui devaient mettre les cabestans en mouvement étaient à leur poste. A onze heures et demie, l’opération a commencé. En quelques minutes, l’obélisque a été enlevé du ber ou train sur lequel il avait gravi le plan incliné en maçonnerie depuis la rivière jusqu’au piédestal, et n’a plus porté que sur les câbles ou haubans enroulés autour de son sommet, et sur le piédestal où reposait une des arêtes de sa base. A cet instant, un craquement s’est fait entendre. Aussitôt, des étais ont été placés sous l’obélisque, et M. Lebas a visité une à une toutes les pièces de l’appareil. 11 s’est assuré qu’aucune n’avait éclaté et que tout était parfaitement solide...
A trois heures un quart, tout était terminé...
Le roi et la famille royale ont assisté à cet imposant spectacle, d'un des balcons de l’Hôtel de la Marine.
Une boîte en cèdre a été placée sous l’obélisque. Elle contenait, suivant l’usage, des monnaies d’or et d’argent ayant cours, plus deux médailles à l’effigie de Louis-Philippe et portant cette inscription :
Sous LE RÈGNE DE LoUIS-PhILIPPE I°r, ROI DES FRANÇAIS, M. DE GaSPARIN
ÉTANT MINISTRE DE L’INTERIEUR, L’OBELISQUE DE LoUQSOR A ETE ELEVE SUR SON
PIÉDESTAL, LE 25 OCTOBRE 1 836, PAR LES SOINS DE M. LEBAS, INGÉNIEUR DE LA
Marine.
Ce soir, l'obélisque est illuminé et une foule nombreuse couvre encore la place de la Concorde.
Moins solennel, moins connu aussi, et ne pouvant d’ailleurs rivaliser ni par l’âge, ni à aucun titre avec celui de Louqsor, I’Obélisque de d’Aguesseau donne à la place d’Auteuil, devant l’église, à l’intersection des rues d’Auteuil, Théophile-Gautier et Chardon-Lagache, là où s’élevait jadis la maison de cam-
15& LE DÉCOR DE LA VOIE PUBLIQUE
pagne de Molière, une allure provinciale qui cadre bien avec les souvenirs de ce vieux et coquet village. (PI. 46.) A vrai dire, c’est plutôt une pyramide qu’un obélisque, mais une pyramide modeste, qui n’a qu’une dizaine de mètres de hauteur et se surmonte d’une vieille croix de fer, très rouillée. On l’avait élevée sur le tombeau de l’illustre chancelier d’Aguesseau, mort en 1751, et ce tombeau était situé dans le cimetière paroissial dont la place d’Auteuil occupe aujourd’hui le sol.
En 1793, des fanatiques renversèrent l’obélisque, sans doute à cause de la croix qui l’accompagnait, et le pauvre monument resta gisant sur le sol pendant plus de sept ans. M. Benoît, maire d’Auteuil, le fit relever avec solennité, le 2 1 décembre 1 800 ; le cimetière venait d’être transféré « dans la plaine », là où il est encore aujourd’hui, près de la rue Michel-Ange, et une place, la place d’Aguesseau (elle garda ce nom jusqu’en 1867) avait été formée en face de l’église qui a précédé celle qui existe aujourd’hui. La cérémonie d’inauguration de la place et du relèvement de la pyramide de d’Aguesseau fut un jour de fête. Le procès-verbal nous en a été conservé. Sur les faces de la pyramide, entourée d’une grille de fer « pour la préserver de nouvelles atteintes », on rétablit le texte des inscriptions anciennes et on y ajouta cette phrase lapidaire extraite d’un Éloge du chancelier, prononcé naguère par l’académicien Thomas : « La nature
NE FAIT QUE DE PRÊTER LES GRANDS HOMMES A LA TERRE. ILS S'ÉLÈVENT. BRILLENT, DISPARAISSENT. LEUR EXEMPLE ET LEURS OUVRAGES RESTENT.
Une mention est due au très modeste obélisque dit Mire de Montmartre ou Mire du Nord, haut de trois mètres à peine, qui fut élevé, en 1736, au sommet de la butte Montmartre, dans l’axe de la méridienne Karée par Cassini. On le découvre, non sans peine, enclos de grilles, au fond d’une cour qui ouvre sur la rue Gérardon, n° 1 (porte n° 7). Il est, d’ailleurs classé.