‹ La voie publique et son décorChapitre 5 sur 87 · LES FORTIFICATIONS DE 1841. LA PORTE DE CLIGNANCOURT · texte numérisé non relu

LES FORTIFICATIONS DE 1841. LA PORTE DE CLIGNANCOURT

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DE HENRI IV A NAPOLÉON Ier

seul, d’une statue monumentale, puis de l’ériger sur une place dont le dessin aurait le caractère de solennité qui convenait à son héros. A cet effet, il choisit un sculpteur hollandais fort en réputation, Martin van Bogaert, plus habituellement désigné sous son nom francisé : Desjardins, et le chargea de faire une oeuvre incomparable; puis il acheta l’hôtel du maréchal de la Ferté-Senneterre, voisin de son propre hôtel, le fit raser et chargea Mansart de construire sur cet emplacement la place qui reçut le nom de Place des Victoires. (PL 7.)

A la différence des deux statues équestres de rois alors existantes, celle de Henri IV et celle de Louis XIII, la statue de Louis XIV conçue par Desjardins représentait le souverain sur un piédestal de marbre blanc, debout, écrasant du pied un ennemi symbolique, et couronné par la Victoire. Aux angles du monument étaient assis dans une posture humiliée quatre captifs ou esclaves. Toutes les figures étaient en bronze. Alentour, de hautes colonnes de marbre supportaient des lampes destinées à brûler jour et nuit. L’inauguration eut lieu le 28 mars 1686 avec la plus grande solennité.

Renversée en 1792, cette allégorie du pouvoir absolu, devenue franchement trop en contradiction avec les idées qui régnaient à cette date, ne fut remplacée que sous la Restauration par une moins orgueilleuse effigie du Roi-Soleil ; mais la place est restée sinon intacte, du moins avec la physionomie que lui avait donnée Mansart, la plupart de ses maisons ayant conservé leurs façades monumentales, d’un style si pur. Cependant, c’est à bon droit que les amis du passé et du goût ne cessent de réclamer contre l’abus des enseignes commerciales qui défigurent leur caractère, contre quelques surélévations malencontreuses, et surtout contre l’aspect disparate et choquant des deux hautes bâtisses élevées en 1 883 aux angles de la rue Étienne-Marcel.

Il semblerait que Louis XIV pût se contenter du monument d'idolâtrie que La Feuillade lui avait élevé. Il ne s’en contenta pas. Son grand-père, son père avaient dans Paris leur statue équestre; il lui fallut la sienne aussi, et la Place Vendôme fut créée dans ce but. En 1 685 , le roi s’étant rendu acquéreur de l’hôtel des ducs de Vendôme, ainsi que du couvent des Capucines qui y était adjacent et qu’il fit reconstruire un peu au Nord, ce fut encore Mansart, — ne le regrettons pas, — qui fut chargé, sous le contrôle de Louvois, de dresser les plans d’une vaste place à ouvrir sur ces emplacements. Le projet primitif était des plus grandioses ; la place n’aurait pas eu de maisons du côté de la rue Saint-Honoré, dont elle aurait été séparée par une grille monumentale. En revanche, une voie percée dans la direction de l’Est aurait mis en perspective la nouvelle place avec celle des Victoires, les deux statues royales, pédestre et équestre, se faisant vis-à-vis. Il en fallut rabattre, caria spéculation de terrains qui s’attachait à cette entreprise ne donna pas tout ce qu’on en attendait. La place Vendôme fut donc construite telle que nous la voyons, entourée des hôtels majestueux qu’avait dessinés Mansart. La statue équestre, oeuvre de Girardon, fut inaugurée en grande pompe le 1 3 août 1 699. Quatre-vingttreize ans après, jour pour jour, elle était renversée et démolie en vertu d’un décret rendu l’avant-veille. Le démolisseur officiel Palloy dirigea cette opération. Le piédestal, toutefois, resta debout, et le 24 janvier 1793, on y couchait, comme sur un lit de parade, le cadavre sanglant de Lepeletier de Saint-Fargeau, tué par un fanatique pour avoir voté la mort de Louis XVI.

Tour à tour place des Conquêtes, place Louis-le-Grand sous l’ancien régime, place des Piques pendant la Révolution, la place Vendôme prit sous le premier Empire le nom qu’elle porte encore aujourd’hui, nom d'origine, il est vrai, mais assez peu

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justifié. Moins que la place des Victoires, elle a eu à souffrir de quelques modifications dans l'ordonnance et la symétrie des nobles bâtisses dont elle est bordée. Le haut commerce, en occupant certaines d’entre elles, n’a pas pu se défendre de solliciter l’attention par des indications extérieures d’un effet regrettable, quelle que soit l’aristocratique valeur marchande de ces annonces. Souhaitons que la vigilance administrative en arrête l’extension et fasse observer les prescriptions exigeant le respect du passé ; elles n’eussent jamais dû être méconnues.

Au règne de Louis XIV appartient encore, mais en germe seulement, la création des Champs-Elysées. En 1670, le roi ordonna l’ouverture d’une avenue plantée d’ormes, qui porta le nom de Grand-Cours parce qu’elle était parallèle au Petit-Cours ou Cours-la-Reine. Ce fut l’origine de l’admirable promenade que les deux siècles suivants devaient modifier par des embellissements successifs pour l’amener enfin à son état actuel.

Depuis la mort de François Miron, si actif, si dévoué aux intérêts de la ville, la Prévôté des marchands avait singulièrement négligé, sinon ses prérogatives, dont elle fut toujours jalouse, du moins son action directe dans les affaires municipales. C’est moins, il faut le dire, par sa faute que parce que des ministres comme Richelieu, comme Mazarin, entendaient avoir la haute main sur toutes choses et qu’après eux, le pli étant pris, le gouvernement royal conserva la tradition. Le ministre de la Maison du roi, qui avait Paris dans ses attributions, devint le prévôt des marchands réel et il y fut secondé par un fonctionnaire directement placé sous ses ordres, le lieutenant-général de police.

La Reynie, qui occupa ce poste de 1667 à 1680, a beaucoup amélioré le bien-être des Parisiens. Ils lui durent surtout une infinie reconnaissance d’organiser l’éclairage de la ville qui,

jusqu’alors, n’était soumis à aucune réglementation fixe. Le lieutenant-général s’occupa de cette question dans l’année même où il prenait possession de ses fonctions, mais elle ne fut définitivement réglée qu’en 1671, par un arrêt du Parlement. Des réverbères furent installés dans toutes les rues et pourvus de fortes chandelles, qu’on allumait seulement dans la saison d’hiver, du 20 octobre au 3i mars. Mmo de Sévigné célébra ce bienfait dans une lettre à sa fille qu’il convient de citer. Le 4 décembre 1673, elle écrivait : « Nous soupâmes encore hier avec Mme Scarron et l’abbé Têtu chez Mme de Coulanges; nous causâmes fort; vous n’êtes jamais oubliée. Nous trouvâmes plaisant d’aller remener Mme Scarron, à minuit, au fin fond du faubourg Saint-Germain, fort au delà de Mme de La Fayette, quasi auprès de Vaugirard, dans la campagne... Nous revînmes gaîment, à la faveur des lanternes et dans la sûreté des voleurs. » La Bibliothèque de la Ville de Paris conserve un curieux factum imprimé à la date du 20 octobre 1675 ; c’est le texte des instructions données aux allumeurs de réverbères pour qu’ils s’acquittent exactement de leur charge :

« l’un des commis et préposés pour distribuer et allumer la

Chandelle dans les Lanternes au Quartier de pendant la présente

année 1675. Vous estes averti, en execution de l’ordonnance de Monsieur le Lieutenant-General de Police, de vacquer tous les soirs au faict de vostre Commission, dès l’instant que vous serez adverti par le son de la cloche, qui commencera à sonner pour cet effet dans les Rües principales et Carrefours du Quartier, Dimanche Vingtième du présent mois à six heures du soir, ou dès aussi tost que vous aurez veu dans quelque Lanterne des Rües la Chandelle allumée, le tout sous les peines portées par l'Ordonnance, en cas que vous soyez négligent. Et afin que vous puissiez vous acquitter exactement de vostre Commission, vous serez encore informé que la Cloche qui doit vous avertir doit sonner tous les soirs :

Depuis le 20 d'Octobre jusques au premier Novembre, à six heures précises.

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Depuis le premier Novembre jusques au premier Décembre, à cinq et demie.

Depuis le premier Décembre jusques au premier Janvier, à cinq heures. Depuis le premier Janvier jusques au premier de Février, à cinq heures. Depuis le premier Février jusques au premier de Mars, à six heures.

Et depuis le premier de Mars jusques au dernier, à six heures et demie. Fait ce vingtième d’Octobre mil six cens soixante et quinze. »

Sous Louis XIV, enfin, Paris reçut une nouvelle division administrative, en vingt quartiers. Au moyen âge, il n’en existait que trois : la Cité (dans l’île de ce nom), l’Université (toute la rive gauche), la Ville (toute la rive droite). Plus tard, seize quartiers furent créés, et l’on sait quel rôle jouèrent pendant la Ligue, les Seize, c’est-à-dire l’assemblée des représentants de ces quartiers. Une ordonnance du roi, du 12 décembre 1701, confirmée par arrêt du Conseil d’Etat du 14 février 1702, fixa la nouvelle organisation. Nous en empruntons le tableau à l’ouvrage de Germain Brice, historien contemporain, qui ajoute d'intéressants chiffres à cette énumération :

Le quartier de la Cité , contient 53 rues où il y a 413 lanternes pour éclairer pendant la nuit.

Le quartier de Saint-Jacques de la Boucherie, contient 55 rues, 183 lanternes.

Le quartier de Sainte-Opportune , 34 rues, 153 lanternes.

Le quartier du Louvre ou de Saint-Germain-Ï Auxerrois, 25 rues, 195 lanternes.

Le quartier du Palais-Royal ou de Saint-Honoré , 49 rues, 341 lanternes.

Le quartier de Montmartre , 41 rues, 284 lanternes.

Le quartier de Sainl-Eustaclie , 29 rues, 247 lanternes.

Le quartier des Halles, 27 rues, 142 lanternes.

Le quartier de Sainî-Denys, 55 rues, 304 lanternes.

Le quartier de Saint-Martin , 54 rues, 415 lanternes.

Le quartier de la Grève , 38 rues, 200 lanternes.

Le quartier de Saint-Paul ou de la Mortellcrie , 27 rues, 175 lanternes.

Le quartier de Sainte-Avoye ou de la Verrerie, 19 rues, 173 lanternes.

Le quartier du Marais, ou du Temple , 52 rues, 361 lanternes.

Le quartier de Saint-Antoine, 68 rues, 333 lanternes.

Le quartier de la Place Maubert , 81 rues, 300 lanternes.

Le quartier de Saint-Benoist , 60 rues, 307 lanternes.

Le quartier de Saint-André des Arts , 51 rues, 31 1 lanternes.

Le quartier du Luxembourg, 62 rues, 337 lanternes.

Le quartier de Saint-Germain des Prés , 55 rues, 396 lanternes.

Cette délimitation persista officiellement jusqu’à la Révolution ; mais dans la pratique, elle n’était déjà plus réelle quand elle fut créée. Quelles que soient les limites que l’on ait tenté de donner à Paris, pour des raisons administratives et fiscales, elles ont été aussitôt franchies, précisément en vue de se soustraire à ces raisons ; c’est un des traits du tempérament parisien, et aucun gouvernement n’a réussi ni ne réussira à le modifier. Par des édits de 1725 et 1726, Louis XV fixa de nouvelles limites aux faubourgs, fit poser des bornes comminatoires portant défense de construire au delà de ces limites, prescrivit même un numérotage des maisons déjà bâties en dehors, afin de réprimer plus facilement la fraude ; rien n’y fit ; on n’empêche pas plus une grande ville qu’un grand fleuve de déborder.

La rive gauche demeurait bien sacrifiée et oubliée dans ces transformations de la capitale vers la fin de l’ancien régime. Certes, elle avait droit d’être fière du palais du Luxembourg, de l’église de la Sorbonne, de l’hotel des Invalides, legs du xviie siècle ; mais l’église Saint-Sulpice n’arrivait pas à s’achever ; l’École militaire, cette œuvre charmante de Gabriel, se trouva, quand elle fut bâtie, être au bout du monde; les boulevards, projetés dès 1704 comme « nouveau rempart », pour donner de l’air aux quartiers méridionaux formés en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste, les boulevards ne se termi-

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lièrent, de l’Observatoire à la Seine (boulevards du Montparnasse et des Invalides), que dans la seconde moitié du siècle, vers 1760, et sans empressement. Quant aux avenues dessinées aux abords des Invalides, c’était alors, ce fut longtemps encore, c’est presque toujours le désert.

Dans une lettre de 1768, Voltaire parle avec tristesse de l'état de la rive gauche : « Je suis toujours fâché, dit-il, de voir le faubourg Saint-Germain sans aucune place publique, des rues si mal alignées, des marchés dans les rues, des maisons sans eau, et même des fontaines qui en manquent ; et quelles fontaines de villages ! J’espère que dans cinq ou six cents ans, tout sera changé. » Il n’y a pas fallu tant de temps, mais, tout de même, un siècle et demi bien compté.

L’œuvre principale du règne de Louis XV en faveur de la voie publique fut la place de la Concorde et ses abords. En 1748, le roi venait d’être gravement malade. Il crut, ou voulut croire, que ses sujets éprouvaient une allégresse immense de son rétablissement, et consentit à ce que cette joie se traduisît par l’érection d’une statue équestre. N’était-il pas, d’ailleurs, indispensable que la tradition commencée par Henri IV et observée par ses deux successeurs, fût continuée pour le roi actuel. Qu’aurait pensé la postérité, s’il en eût été autrement!

« Ayant agréé, disent les lettres patentes de juin 1757, la délibération prise par nos chers et bien-aimés prévost des marchands et échevins de notre bonne ville de Paris, le 27 juin 1748, tendant à ce qu’il nous plût de leur permettre de transmettre à la postérité leur zèle pour notre gloire, la reconnaissance et l’amour de nos sujets par un monument décoré de notre statue équestre..., nous aurions en conséquence déterminé, comme le

plus convenable à l’embellissement de nostre dite Ville, au bien public et à la commodité de ses habitans, l'emplacement qui nous appartient, entre le fossé qui termine le jardin de notre palais des Tuileries, l’ancienne porte et faubourg Saint-Honoré, les allées de l’ancien et du nouveau Cours et le quay qui borde la rivière, et permis à cet effet aux dits prévost des marchands et échevins de faire établir les fondations et constructions du piédestal destiné à recevoir notre statue équestre dans le point dudit emplacement par nous déterminé et approuvé sur le plan que nous leur avons fait remettre... »

La place reçut le nom de Louis XV. En 1763, le 20 juin, fut inaugurée avec le cérémonial ordinaire la statue royale, œuvre de Bouchardon. Louis XV, à cheval, était représenté en costume d’empereur romain, le front ceint de lauriers. Les angles du piédestal étaient flanqués de quatre figures de bronze, sculptées par Pigalle : la Paix, la Justice, la Force et la Prudence, ce qui inspira ce malicieux distique :

Oh I la belle statue 1 Oh ! le beau piédestal !

Les vertus sont à pied, le vice est à cheval !

Le monument se dressait au centre de la place, dans l’axe du Grand-Cours et de l’allée centrale des Tuileries, exactement à l’endroit où est maintenant l’Obélisque. La rue Royale avait été ouverte en même temps que la place même, mais ce n’est qu’à partir de 1770 que Gabriel construisit aux deux angles les deux palais qui restent toujours l’objet de notre admiration.

Quant à la statue de Louis XV, elle subit, au mois d’aoùt 1792, le sort des autres statues royales dont elle continuait la lignée, et on la remplaça par une statue de la Liberté qu’avait sculptée Lemot. Devenue place delà Révolution et ensanglantée,

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