‹ La voie publique et son décorChapitre 6 sur 87 · RUE DE RIVOLI · texte numérisé non relu

RUE DE RIVOLI

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Photo Neurdein.

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comme on le sait, par l’échafaud révolutionnaire, la place Louis XV prit, sous le Directoire, le nom de place de la Concorde, qu’elle a gardé, mais c’est sous Louis-Philippe seulement qu’elle a reçu sa décoration actuelle. (PI. 5.)

Sur la rive gauche de la Seine, s’était créée, vers le même temps que la place de la Concorde et comme conséquence de la fondation de l’Ecole militaire, l’immense esplanade désignée sous le nom de Champ de Mars, et qui avant de recevoir la transformation décisive qui s’est opérée sous nos yeux, a été le théâtre de tant de faits considérables dans l'histoire de Paris et même du monde entier, faits qui sont dans toutes les mémoires et dont le récit n’a pas sa place ici.

Le règne de Louis XVI a doté Paris de monuments importants, tels que l’Odéon, l’Ecole de médecine, le couvent des Capucins de la Chaussée d’Antin, devenu lycée Condorcet, et a amorcé la construction de plusieurs autres : le pont de la Concorde, l’église de la Madeleine, mais pour le sujet qui nous occupe, le fait principal fut l’extension nouvelle des limites de la capitale par l’établissement d’une nouvelle enceinte, dite des Fermiers-généraux parce qu’elle eut surtout pour objet de diminuer les fraudes dans la perception de Loctroi perçu par l’administration de la Ferme générale. Ce ne fut, certes pas, une mesure populaire :

Le mur murant Paris rend Paris murmurant,

au point que, quelques années plus tard, la plupart des Fermiers-généraux payèrent de leur tête les haines nées de

ces murmures.

Commencée en 1786, la nouvelle enceinte était à peine achevée quand éclata la Révolution et que fut proclamée, pour un temps, la liberté des barrières, ces barrières célèbres édifiées avec tant de soin par Ledoux, et dont plusieurs furent alors incendiées. Le mur, haut d’une dizaine de mètres, régnait entre deux boulevards. Ceux du dehors étaient naturellement désignés sous le nom de boulevards extérieurs, bien qu’ils eussent des noms particuliers, le plus souvent ceux des localités qu’ils bordaient; mais quand le mur a été abattu, en 1860, le double boulevard s’étant confondu en un seul, on n’en a pas moins continué à garder l’appellation de boulevards extérieurs, encore qu’elle ne correspondît plus à la réalité. Le tracé des lignes du Métropolitain n° 2 Nord (de l’Étoile à la place de la Nation), n° 2 Sud (de l’Étoile à la place d’Italie) et n° 6 (de la place d’Italie à la place de la Nation) représente aujourd’hui l’étendue de Paris au moment de la Révolution, puisqu’il emprunte exactement le sol ou le sous-sol de ces boulevards.

Sous Louis XVI, fut aussi menée à bonne fin une opération de voirie qu’avait entreprise le règne précédent et qui a beaucoup servi à la beauté de Paris : l’aplanissement de la butte de l’Étoile. Sur l’esplanade où se dresse majestueusement l’Arc de Triomphe, une assez haute colline barrait la perspective des Champs-Elysées et interdisait le passage aux voitures. Il fallut la réduire à une pente douce, prise à partir du Rond-point actuel des Champs-Elysées, ce qui exigea le déplacement de milliers de mètres cubes de terre, mais ce travail était rendu indispensable pour prolonger l’ancien Grand-Cours par une avenue, désormais triomphale, jusqu’au pont de Neuilly que Perronet venait de terminer au milieu de l’enthousiasme général.

La place de la Concorde, le prolongement des Champs-

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Elysées, le nivellement de l’Étoile sont certainement le meilleur apport de l’ancien régime à l'élégance de la capitale. Il y aurait même presque lieu de s’étonner que de tels projets aient été conçus et accomplis dans le temps où le souci des commodités de la circulation dans les autres parties de la Ville était, pour ainsi dire, resté nul.

Aussi bien, au point où nous a conduits cet exposé chronologique du développement de la voirie parisienne, il est bon de jeter un coup d’œil rapide d’ensemble sur le passé. L’impression qui en résulte est loin d’être favorable. A l’exception des quelques larges trouées pratiquées pour trois ou quatre places monumentales, la ville, en effet, continuait à étouffer dans ses rues étroites, sombres et malpropres. En vain l’on se rappelait que le poignard de Ravaillac n’avait pu atteindre le bon roi Henri qu’à la faveur de l’étranglement de la rue de la Ferronnerie ; en vain des poètes comme Boileau, des écrivains comme Voltaire s’étaient indignés contre les embarras de Paris ou l’aspect choquant de ses rues, ou le danger auquel on y était exposé : les pouvoirs publics demeuraient indifférents. Un exemple entre cent : le 8 mars 1727, un arrêt du Conseil d’État ordonna la fermeture, durant la nuit, du quai de Gesvres et la création de deux portiers à cet effet, aux frais des propriétaires et principaux locataires, « le Roy estant informé que le passage du quay de Gesvres, par sa situation et par ses différentes sorties, est un endroit des plus dangereux pendant la nuit ; qu’il s’y est fait depuis un temps considérable une infinité de vols, peut-être même des meurtres de personnes qu’on a jetées à la rivière, sans qu’on ait pu, par la disposition du quay, en arrester ni découvrir les auteurs... »

Il faut bien convenir que la réfection du quai eût été une mesure plus sage et plus simple. Aujourd’hui, les Parisiens

peuvent s’y risquer à n’importe quelle heure sans trop craindre d’être jetés à l’eau, bien qu’il n’y ait plus de portiers à ses extrémités. Et comment, devant ces faits, comparer l’insécurité que nous déplorons tant aujourd’hui, avec raison d’ailleurs, avec celle dont étaient victimes les Parisiens d’il y a deux cents ans !

En créant pour son fidèle Sully la charge de grand-voyer, Henri IV avait évidemment eu conscience du mauvais état de la voirie. Un édit de 1607, réglant les fonctions de cette charge, édicte les plus judicieuses prescriptions : « Deffendons à nostre dit grand-voyer ou ses commis de permettre qu’il soit fait aucunes saillies, avaries et passe de bois estre aux bastimens neufs, et mesme, à ceux oü il y en a à présent, de contraindre les réédifier... et pourveoir à ce que les rues s'embellissent et élargissent au mieux que faire se pourra...

« Voulons et nous plaist que ledit grand-voyer et ses commis ayent l’œil et connaissance du pavement desdites rues, voyes, quais et chemins, et où il se trouvera quelques pavez cassez, rompus ou enlevez, qu’ils les fassent refaire et rétablir promptement, mesme faire l’ouverture des maisons des refusans d'icelles, aux dépens des detempteurs desdites maisons, injonction faicte aux dits detempteurs, et prendra garde que le pavé de neuf soit bien fait, et qu’il ne se trouve plus élevé que celui de son voisin... »

Puis, il faut arriver à la veille de la Révolution avant de rencontrer de nouvelles prescriptions relatives à la voirie. Le 10 avril 1783, Louis XVI rendit publique une Déclaration interdisant qu’à l’avenir les rues nouvellement ouvertes puissent avoir moins de trente pieds (9 mètres 75) de largeur. Les considérants de cet acte méritent d’être reproduits :

« Les rois nos prédécesseurs ayant reconnu combien il importait au bien public que les rues de nostre bonne ville fussent

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alignées, autant que les circonstances le permettaient, qu’elles eussent une largeur suffisante et fussent débarrassées de tout ce qui pouvait s’opposer à une circulation facile et nuire au libre passage de voitures et de gens de pied, il a été rendu en différents temps des lois pour y pourvoir ; mais leur ancienneté, l’acroissement successif de cette capitale, de sa population et de son commerce, et la construction d’un grand nombre d’édifices, à l’égard desquels on s’est souvent écarté de l’exécution de ces lois, nous ont convaincu de la nécessité de les renouveler, et même d’ajouter à leurs dispositions, en ménageant, cependant, autant qu’il sera possible, les propriétés de nos sujets, surtout quant aux maisons et bâtiments actuellement existants. Et comme nous avons reconnu que l’excessive élévation des bâtiments n’est pas moins préjudiciable à la salubrité de l’air, dans une ville aussi étendue et aussi peuplée, qu’elle est contraire à la sûreté des habitants, surtout en cas d’incendies, nous avons cru devoir aussi expliquer à cet égard nos intentions... »

Ce n’est pas la bonne volonté qui a manqué à la Révolution pour continuer, ou plus exactement pour réformer de fond en comble le triste état de nos voies publiques à la fin du xvme siècle. Si tant d’autres soucis plus urgents, du moins à ses yeux, ne l’eussent assaillie, elle était certainement disposée aux efforts les plus énergiques pour une amélioration, qui s’imposait, des aspects de la capitale ; mais elle n’a pu donner que de faibles gages de ce louable désir, et qu’envisager, avec espoir de les réaliser, des projets utiles repris plus tard par Napoléon Ier et dont il recueillit le mérite.

Le Ier avril 1793, la Convention avait créé une « Commission d’artistes » chargée d’étudier « la division, l’embellissement et

l'assainissement de Paris », et d’examiner les moyens « de perfectionner les communications de cette grande cité en suppléant à leur insuffisance pour le commerce et la circulation et remédiant aux inconvénients qui résultent d’une multitude de rues étroites et sinueuses, où l’air ne circule qu’avec peine... »

Cette Commission travailla. Elle se servit d’un exemplaire du grand plan de Verniquet, achevé depuis peu, exemplaire unique, précieux entre tous, qui, de ce fait, reçut le nom de « Plan des artistes », et dont on a malheureusement perdu la trace après l’avoir suivie au Conservatoire des Arts et Métiers, au Conseil des Bâtiments civils, à la Bibliothèque Nationale.

Le 3 germinal an IV, c’est-à-dire le 23 mars 1796, ces travaux aboutirent à un rapport ayant pour objet la répartition des rues de Paris en cinq classes : ire classe, grandes routes traversant Paris d’une extrémité à l’autre ; largeur 14 mètres ; 2e classe, traverses intérieures, rues allant d’une grande route à une autre ; largeur 12 mètres ; 3e classe, communications intermédiaires, rues d’une importance moindre que celles de la classe précédente ; largeur 10 mètres ; 4' classe, communications transversales, rues s’embranchant sur celles de la troisième classe ; largeur 8 mètres ; 5e classe, petites communications ; largeur 6 mètres.

Peu de travaux publics s’accomplirent dans la Ville pendant la période révolutionnaire : nous pouvons citer l’achèvement du pont de la Concorde et la mise en place des chevaux de Marly, à l’entrée des Champs-Elysées parmi les principaux (pl. 6) ; en revanche, la démolition trop enthousiaste de la Bastille créa un vaste espace de terrain qui resta bien longtemps sans affectation. L’enceinte nouvelle de Paris se borda de nombreux pavillons d’octroi, à chaque barrière ; nous aurons à reparler

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de ces constructions, artistiques quoi qu’on en ait dit, dues à Ledoux.

L’élection des députés aux Etats généraux de 1789 motiva une nouvelle division de la Ville : aux vingt quartiers de l’ancien régime se substituèrent 60 districts ; puis, l’année suivante, quarante-huit sections, dont la plupart reçurent en 1793, des noms conformes aux idées alors en faveur. C’est le Directoire qui, en 1795, créa pour la première fois la division en arrondissements, au nombre de douze, qui subsistèrent jusqu’en 1860.

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