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CHAPITRE IX

ARBRES. — LES VOIES PLANTÉES

Conception moderne de ce mode d’embellissement des voies publiques. — ■ Hostilité des ingénieurs. — Les arbres de la Liberté. — Le marronnier du 20 mars. — Le saule des Champs-Elysées.

Les arbres contribuent pour une grande part à la parure de Paris. C’est une conception très moderne, qui ne remonte guère qu’à une soixante d’années, d'avoir embelli nos grandes voies par des plantations d’arbres alignés, symétriquement distants l’un de l’autre. On n’en eut pas idée avant le second Empire. Jusque-là, les Parisiens savaient se contenter des ombrages fournis par les jardins publics, par les arbres des boulevards, de la Madeleine à la Bastille, — mieux pourvus en plantations qu’aujourd’hui, — par ceux des boulevards de l'Hôpital, Montparnasse, des Invalides, et des boulevards extérieurs, ordinairement grêles et clairsemés, et parles berges de la Seine, qui de tout temps ont été riches en arbres, en attendant que les quais, à leur tour pourvus d’arbres, aient marié de la façon la plus charmante leur feuillage à celui des ormes ou des peupliers dont les racines baignaient dans le fleuve.

Le centre de Paris en était complètement dépourvu. On eût considéré comme un sacrilège, ou du moins un manque de respect d’entourer de verdure les statues de Louis XIV ; la place Royale même ne fut convertie en jardin que sous Louis XVI.

Haussmann a eu le mérite de décider que les boulevards et les avenues créés par son administration seraient bordés d’arbres. Nos yeux y sont faits maintenant et cela paraît tout naturel. Ce fut pourtant alors une innovation très appréciée, que l’on consisidéra comme la manifestation suprême des embellissements de la capitale. Les ingénieurs, cependant, s’y montraient hostiles ; ils alléguaient l’humidité, nuisible au macadam des chaussées, l’obscurité, qui résulterait pour les maisons riveraines, de feuillages abondants ; on passa outre et l’on fit bien.

La troisième République s’est appliquée à multiplier cet élément de beauté et de fraîcheur, surtout dans la périphérie. Ce ne furent plus seulement les boulevards et les avenues, mais de simples rues, où platanes et marronniers sont venus s’aligner : telles les rues Michel-Bizot (XIP) arrondissement), de Tolbiac (XIIIe) d’Alésia (XIVe), de la Convention (XVe), des Batignolles en partie (XVIIe), Custine, Ordener (XVIIIe) d’Allemagne (XIXe), Sorbier (XXe). Le XVIe arrondissement, toujours favorisé, possède des voies où le passant circule sous une véritable voûte de verdure : les rues Mirabeau, de Rémusat, Michel-Ange, la Chaussée de la Muette ; la rue Mozart, plus jeune, offrira bientôt le même aspect, réellement charmant.

Il est bien peu de ces arbres qui aient une histoire, ou même une légende. On conserve avec égards dans le square Louvois un peuplier qui y fut planté en 1 848 à titre d’arbre de la Liberté ; il en est un autre, moins authentique peut-être, sur la place où la rue Poliveau rencontre la rue Geofîroy-Saint-Hilaire, et que pour cette raison on surnomme dans le quartier place de la Liberté. Le marronnier du 20 mars, aux Tuileries, a eu plus de célébrité qu’il n’en garde. On a abattu, il y a quelques années aux Champ-Élysées, près de l’avenue Gabriel, parce

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qu’il était mort, un joli saule pleureur à l’ombre duquel Musset, paraît-il aimait, à rêver. On l’a, d’ailleurs presqu’aussitôt remplacé par un jeune saule de même espèce.

Nous donnons aux Annexes (n° V) un tableau extrêmement détaillé, dressé par la Direction des Promenades et Plantations, de l’état des arbres de Paris en 1907. Il convient de dégager, en quelques lignes, de l’aridité de cette statistique, certaines observations intéressantes. L’arrondissement le plus riche en ce genre est le XVIe, avec 10 5oo arbres, grâce à ses nombreuses avenues et au Ranelagh. Après lui vient le XIIIe, si pauvre à d’autres égards, qui en compte 7 340. Les autres arrondissements varient entre 7000 et 4000; mais il en est deux particulièrement déshérités : le IIe qui n’en possède que 720, et le IXe, 390 seulement. Dans ce dernier arrondissement, le quartier du Faubourg-Montmartre n’en a pas un, et le quartier Saint-Georges, quatre seulement.

ANNEXES

ANNEXE I

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