LE CONGRÈS DU DÈ8ARIIEIIENT
15 atril 1868.
Frédéric II, roi de Prusse, s'eiprime ainsi dans son chapitre intitulé De$ lois :
Pour quelle raison les princes n*assembleraient-ils pas un Congrès pour le bien de rhumanité , après en avoir fait tenir tant d'infructueux sur des sujets de moindre importance?
Le désarmement européen , impliquant Tabolition du servage militaire, qualiGé de traite des blancs par Tempereur Napoléon III, est une idée fixe dont nous n'avons pas cessé de poursuivre la réalisation depuis que nous labourons ce champ infertile qui se nomme un journal quotidien.
Cette idée a été particulièrement de notre part Tobjet d'un redoublement d'eflbrts le lendemain de la révolution du 24t février 1848 (1) et le lendemain du discours impérial du 5 novembre lb63 (2), discours que nous fumes le seul, dans toute la presse, à louer comme il le méritait.
Avec la sincérité un peu altière que donne l'indépendance sûre d'elle-même, voici en quels termes, bons à rappeler, nous le caractérisions :
Ce discours a un défaut impardonnable : il manque de platitude , il ne ressemble en rien aux discours qui ont été délibérés en conseils de ministres , discours raturés , châtiés , chAtrés , dont le mérite est d'éluder les questions et d'amortir les débats : il n'est pas terne , il n'est pas effacé ; il a des ailes d'aigle , il plane , il ose
(1) Question* de mon temps, t. III (S8 février 1848), pages 16, 51, 55, 72 et 77; t. IX, p. 681, 698 et 811.
(S) Paix et liberté, p. AZA et saivantes : La Paix da monde.
planer! De la hauteur des deux hypothèses à laquelle il s'élève, il découvre un immense horizon , il Tembrasse ; il ouvre de vastes perspectives et plonge à des profondeurs qui donnent à VœW inexercé le vertige.
Que proposait le discours impérial du 5 novembre 1863, précédé de la lettre adressée la veille à tous les souverains de TEurope ?
Il proposait la réunion d*un Congrès dont le but serait de se mettre d'accord sur toutes les mesures préalables devant avoir pour conséquence le désarmement européen.
Comment fut accueillie cette proposition ?
Devançant la réponse de lord Russell , les plus favorables d'entre les journaux accueillirent cette proposition par Tincrédulité, les autres par la raillerie. Aucun ne Tadopta chaleureusement, ne la soutînt vigoureusement.
La grande objection, l'objection souveraine mise en avant partons les éditeurs de redites, par tous les colporteurs de lieux communs, lord John Russell en tête, fut celle-ci : Un Congrès avant la guerre ! mais ça n'est pas possible; ce serait le renversement du monde diplomatique; un Congrès n'est possible qu'après la guerre !
Tous nos efforts pour combattre cette objection aussi fausse que banale furent vains. Une fois de plus le lieu commun l'emporta sur le sens commnn , son antipode.
Depuis le 5 novembre 1863 jusqu'à ce jour, 14 avril 1868, quatre années se sont écoulées, et effectivement le Congrès proposé n'a pas eu lieu.
Les choses se seraient-elles améliorées d'elles-mêmes?
Au contraire, elles ont considérablement empiré.
Jamais depuis 1815 la situation de l'Europe ne fut plus précaire; jamais depuis 1815 l'instabilité de l'Europe n'a été aussi grande. Partout la langueur, même en Angleterre , est dans toutes les affaires et l'anxiété dans tous les esprits.