‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 9 sur 192 · L'ALTERNATIVE DÉTRUITE.' IT · texte numérisé non relu

L'ALTERNATIVE DÉTRUITE.' IT

Fermer les yeui, est, il est vrai, an moyen de ne pas voir cette blessure profonde, cette plaie béante; mais cette plaie béante et cette blessnre profonde en existeront-elles moins parce que nos paupières en s*abais8ant sur not^e regard Tauront plongé dans Tobscarité?

Avant le mois de mai 1866, conjurer la guerre était possible, était facile. A cette époque, ce mot célèbre du roi Frédéric le Grand n'avait pas encore cessé d'être vrai : «Si j'avais l'honneur d'être roi de France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans ma permission. »

Après le mois de juillet 1866, rétablir la paix d'une manière durable était possible, était facile. Il n'y avait que l'embarras du choix entre les moyens qui s'offraient.

Ce qui était possible avant le mois de mai 1866, ce qui était possible après le mois de juillet 1866, jusqu'à la fameuse circulaire du 16 septembre même année , i'est-il encore î

Nous ne le pensons pas.

L'année 1866 a donné naissance à un état de choses qui logiquement ne saurait subsister.

Au commencement et même encore à la fin de l'an de guerre 1866, la France pouvait ouvrir une nouvelle ère de prospérité qui nous eût conduits insensiblement et rapidement à la liberté comme en Angleterre, comme en Belgique, comme en Italie, comme en Suisse; elle pouvait donner à ses travaux publics une immense impulsion; l'homme ne lui manquait pas ; il suffisait de le faire passer de la préfecture de la Seine au ministère de l'intérieur réorganisé sur des bases toutes nouvelles et plus rationnelles; ses puissants remorqueurs de crédit n'avaient pas encore déraillé, et, en se déraillant, ne s'étaient pas brisés; les fautes qui avaient été commises eussent disparu sous l'éclat du succès.

Si ce qui était possible au commencement de l'année 1866 et jusqu'au 16 septembre est possible encore en 1868, eh

bien , que Tempercur des Français et ses ministres le fassent I Qu*k Texemple de ce philosophe de Tantiquité qai démontra le mouvement par le monvement, ils démontrent la prospérité par la prospérité et la liberté par la liberté! Qa*ils nous couvrent de confusion en prouvant qu'il n*est pas vrai que Falternative qui fut lear force soit détruite!

LE CERCLfi VICIEUX.

U atril 1868.

Sous peine de déficit nniversel, de banqueroute générale, de crise financière et de révolution sociale, TEnrope ne peut rester à perpétuité sous le poids écrasant de Texagération de ses armements.

Les nations et les gouvernements pauvres commenceront par succomber ; leur débâcle entraînera successivement la débâcle des autres nations et des autres gouvernements relativement riches. Entre ces derniers et les premiers il n*y aura de différence que Técart de temps. Finalement le sort sera le même.

A cet égard il n'y a qu'une voix , et le discours impérial du S novembre 1863 demeure à Tétat de vérité qui n'a pas été contredite.

La nécessité du gouvernement est unanimement reconnue et proclamée; mais qui désarmera? qui donnera l'exemple?

La Russie dit à la France : Donnez-le !

La France répond à la Russie : Après vous.

Tel est le cercle vicieux dans lequel on tourne, et dans lequel on tournera sans fin, s'il ne se trouve pas un grand souverain ou un grand ministre qui ose, soit refaire la carte

LALLUHETTE SLESVIGOISE. 19

de l'Earope et rectiGer équitablement par la force Tœnvre de la force, soit, comme en Amérique, licencier Tarmée et prendre fermement son point d*appui sur les peuples, tous iDtéressés au succès de cette hardiesse, qui serait plus appa« rente que réelle.

Ce grand souverain, ce grand ministre sachant ainsi prendre Tnn de ces grands partis , Tanéanlissement de la guerre par Taudace de la paix ou la stabilité de la paix par Tëquité de la guerre, ce grand souverain, ce grand ministre se trouvera-t-il?

Qui prendra l'initiative et donnera l'exemple du désarmement? Si cette initiative était crânement prise, si cet exemple était crânement donné par la France, nous n'aurions aucune frayeur, et nos deux mains s'ouvriraient pour applaudir avec enthousiasme.

Sachant que cette initiative ne sera prise, que cet exemple ne sera donné ni par la France, ni par la Prusse, ni par la Russie, ni par aucune autre puissance, nous nous demandons combien^de temps, sans succomber, TEurope pourra tourner aveuglément dans ce cercle vicieux , dans ce cercle périlleux où elle consume ses forces stérilement et aveuglément ?

l'allumette SLE8VIG0ISE,

13 wril I8€8.

Le jour où la guerre éclatera entre la France et la Prusse, que ce ne soit pas sur une question d'immixtion étrangère où, de l'aveu de tous, nous aurions tort, que ce soit sur une question de sécurité nationale, où, de l'aveu de tous, nous aurons raison!

Tout prétexte est toujours un masque et une hypocrisie.

Pas d*h]fpocrisie I Pas de masque !

a Le véritable auteur de la guerre n*est pas celui qui la déclare, mais celui qui l'a rendue nécessaire. «

Si ces paroles célèbres sont vraies, quel sera le véritable auteur de la guerre le jour où elle éclatera en Europe? Ne sera-ce pas M. le comte de Bismark, qui a renversé la Confédération germanique et détruit Tancien équilibre européen, sans appeler TEurope à le remplacer par un nouvel équilibre consacré par un nouveau congrès de Vienne? "•

En 1815 et 1816, après la bataille de Waterloo, qui fut suivie du congrès de Vienne, toute TEurope a pu désarmer et tonte FEurope, en effet, a désarmé.

En 1866 et 1867, après la bataille de Sadowa, dont aucun congrès n'a encore légitimé les conséquences , toute l'Europe, loin de réduire ses armements , déjà excessifs et ruineux, les a considérablement augmentés.

Cet état fébrile, cet état a précaire et maladif», qui, selon l'expression de Montesquieu, aboutit à tiVéreintementr» des peuples, ne saurait se prolonger à perpétuité.

Si le désarmement européen ne peut s'accomplir que par un effort suprême , mieux vaut encore la guerre immédiate que Téreintement perpétuel !

Mais la guerre précédée d*un manifeste adressé au peuple français et à tous les peuples intéressés dans les questions que le sabre devra trancher, puisque la diplomatie aura été inhabile et impuissante à les dénouer;

Mais la guerre précédée d'un manifeste où ne soient invoqués ni le Slesvjg ni le traité de Prague, où soit uniquement invoquée la nécessité impérieuse de mettre fin à l'exagération des armements de l'Europe et de résoudre équitable* ment , logiquement, définitivement, dans l'intérêt commun ,

L*ALLUHETTS SLESVIGOISE. SI

tontes les questions en suspens , toutes les questions qui s'aggravent en s'ajournant;

Mais la guerre précédée d*un manifeste où le Passé ne prenne la parole que pour la donner k TAvenir, lequel ne doit pas tarder plus longtemps k devenir le Présent ;

Mais la guerre précédée d'un manifeste qui, par sa franchise entière , ne laisse aucune place an soupçon d*aucune arrière-pensée ;

Hais la guerre précédée d*un manifeste au-dessus duquel ne plane aucune obscurité ;

Mais la guerre précédée d'un manifeste dont puissent se rendre exactement et également compte tous les États à qui profitera et tous les États à qui prèjndiciera le nouvel ordre européen ;

Mais la guerre précédée d'un manifeste qui explique hautement aux combattants et aux neutres ce qui ne leur est jamais sincèrement dit : Pourquoi a lieu la guerre engagée.

Cela est vrai et cela honore la France, elle n'a plus le goût de la guerre, elle n'a plus la soif des victoires. A la gloire et aux conquêtes elle préféré avec raison la liberté et la prospérité ; mais si le retour de la prospérité et de la liberté n'est pas possible sous l'état de choses auquel l'année 1866 a donné naissance, la France ne voudra pas voir toutes ses forces se consumer dans le marasme, tandis que l'Allemagne verrait s'épanouir toutes les siennes sous la radieuse influence d'une grande idée commune.

Il ne faut pas demander à la France une abnégation qui équivaudrait à une abdication, une abnégation qui ne serait pas une vertu , mais une déchéance.

La France peut renoncer à la revendication des territoires belges, hollandais et rhénans qui lui appartinrent de 1801 jusqu'en 1814; mais lorsque l'Allemagne, puissance morcelée presque à l'infini, est devenue une grande et formidable

puissance compacte de trente-sept millions d'hahitants, la France ne saurait sans imprudence et sans faiblesse laisser aux mains de cette puissance geôlière les clefs de toutes les forteresses qui émaillent ces territoires enclavés» dont la perte a alivré notre indépendance nationale à la chance tt d'une SEULE bataille et à une guerre de huit jours (1) »; dont la perte dictait, le 19 janvier 1814, à l'empereur Napoléon I" ces paroles mouillées de larmes : « La France sans u les départements du Rhin, sans la Belgique, sans Ostende, a sans Anvers, ne serait rien » ; dont la perte enGn n'a pas été moins vivement et douloureusement ressentie par l'empereur Napoléon III, ainsi que l'attestent ces lignes : « L'Empereur, mon oncle, aima mieux abdiquer l'Empire tt que d'accepter par des traités les frontières restreintes tt qui devaient exposer la France à subir les dédains et tt les menaces que l'étranger se permet aujourd'hui. Je « n'ai pas respiré un jour dans l'oubli de tels enseigneci ments (2). »

Oui, la France peut renoncer à la revendication de son ancien territoire demeurant à l'état d'enclave ; mais à la condition expresse que cette enclave soit désarmée et que toutes les forteresses dont elle est hérissée soient démantelées.

Ou spontanément rasées par leurs possesseurs de 1813, ou ces forteresses de nouveau victorieusement occupées par leurs propriétaires de 1801 : — telle est la seule alternative qu'admettent depuis 1867 la prévoyance et la prudences

Si elle était consultée par un plébiscite qui lui exposerait que ce n'est qu'à cette condition que le désarmement auquel elle aspire peut avoir lieu, la France tout entière, nous n'en doutons pas, serait de notre avis; la France tout entière

(1) Chateaubriand, Congrès de Vérone,

(2) OEdvrbs de L. N. Bonapartb, t l*'', p. 26.

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répondrait: « Il faut en finir I Hieax vant la guerre fout de suite, aboutissant à la paix désarmée, que la paix armée aboutissant fatalement à la guerre, probablement an moment attendu et guetté où tous les avantages seraient du coté de nos agresseurs.»

Hais encore une fois, répétons-le, si la guerre doit s*allu-> mer, que ce ne soit pas pour une question d'ingérence étrangère, que ce soit pour une question de sûreté nationalel que ce ne soit pas pour un intérêt danois, que ce soit pour on intérêt français ! qae ce ne soit pas pour faire respecter le traité de 1866 conclu à Prague entre F Autriche et la Prusse, mais que ce soit pour anéantir les traités de 1815 I

Souvenons-nous de la lettre écrite le 9 novembre 1813 par le prince, alors seulement comte de Metternich, au baron de Saint- Aignan (1)! Souvenons-nous de la déclaration de Francfort du 1" décembre 1813(2)1 Que les leçons du

(1) Note du baron de Saint^Aipum trmumettamt les réponseê dm princê de Mei* termck et du comte déNenehode au» propœitiom portieê par le eomU de Merweidu

Francfort, le 9 noYembre 1813.

Iff. le comte de tfelternieh m'a dit •

. . . Que les souveraine coalisés étaient anànimement d*accord sar la pnis« sance et la prépondérance qne la France doit conserver dans son intégrité, it in

SI BmVBRMâHT DâHS SIS LM inS MâTUlBLUS , QOI SONT Ll RUH , LIS AlPIS IT LIS

Qne le principe de l'indépendance de l'Allemagne était nne condition einê qua non; qn'ainii la France devait renoncer, non pas i l'influence qne tout grand État exerce nécessairement sor vn État de force inférioDre, mais a todti souviuonti Di l'Alluiagni...

Signé : SaiifT-AïaMAi.

(2) d^claiatiok di nurcpoiT.

Francfort, 1«' décembre 1813.

Les puissances alliées ne font point la guerre i la France , mais i cette pii-

POKDiRAXCS BAUTEUBNT AMNOXC^B , â GBTTI PB<POND<aâMGI QOI, POOB Ll MALBBUR DB

passé nous servent enfin I Ne visons à aucune « prépondérance * extérieure ! Bornons*nous à revendiquer, et, s'il le faut, à reconquérir ce qui nous a appartenu et ce qu'il est juste que nous possédions : nos frontières naturelles I Rien de plus, mais rien de moins.

l'Ediopi it pi la Fbavgi, VEmpereur Napoléon a trop longtemps exercée hors de$ Ihnitee de son empire.

La fictoire a condait les armées alliées snr le Rhin. Le premier usage qae Leurs Majestés Impériales et Royales en ont fait a été d'offrir la paix à S. If. TEmperenr des Français. Une attitude renforcée par l'accession de tons les soQferains et princes d'Allemagne n'a pas eu d'influence sur les conditions de la paix. Ces conditions sont fondées snr Tifidépendance de l'Empire français comme snr l'indépendance des antres États de l'Europe. Les vues des puissances iont j Dites dans leur objet, généreuses et libérales dans leur eaplication, rusurantes pour tons, honorables pour chacun.

Les souverains alliés désirent que la France soit grande, forte et heureuse, parce

que la PUISSAHCB PRAKÇAISI, grande BT forts, est uni DBS BASB8 fONDAMBMTALBS DB

l'^dipigi soaAL. Ils désirent que la France soit heureuse , que le commerce français renaisse , que les arts, ces bienfaits de la paii, refleurissent , parce quun grand peuple ne saurait ilre tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances confirment i l'Empire français une élendue de territoire que n'a jamais connue la France sons ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante , où elle a combattu avec son audace accoutumée. Mais les puissances aussi veulent être libres , heureuses et tranquilles ; elles veulent un état de paix qui, par une sage répartition des forces, par nu juste équilibre, préserve désormais les peuples des calamitéff sans nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur TEurope.

Les puissances alliées ne poseront pas les armes sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat , ce noble objet de leurs efforts. Elles ne poseront pas les armes avant que l'état politique de l'Europe se soit de nouveau raffermi, avant que des principes immuables aient repris leurs droits sur de vaines prétentions , avant que la sainteté des traités n'ait enfin assuré une paix véritable à FEurope.

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