‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 105 sur 192 · L'ÉGALITÉ DEVANT LES KIOSQUES · texte numérisé non relu

L'ÉGALITÉ DEVANT LES KIOSQUES

L'iGALITi DEVANT LES KIOSQUES.

31 février 1868.

A la qaestioD des annonces judiciaires, dont la solution loyale était si simple, nous croyons Tavoir pleinement mon* tré, a succédé au Corps législatif la question de la vente des journaux, improprement qualifiée vente sur la voie fubUque, puisque cette vente a lieu par des marchands brevetés de la préfecture de police et locataires de la ville de Paris.

Entre le libraire breveté du ministère de Tintérieur, qui vend des journaux dans sa boutique, et le marchand de journaux breveté de la préfecture de police, qui vend des journaux dans son kiosque, où donc est en réalité la différence, sinon que la boutique est plus vaste que le kiosque? . De différence, il n*y en a pas d* autre; et cependant un arrêté du ministre de Tintérieur suffit pour empêcher que tel journal se vende dans les kiosques, sans aller jusqu'à empêcher qu'il se vende dans les boutiques de libraires. En vérité, n'est-ce pas déconsidérer même l'arbitraire? n'est-ce pas le faire tomber en état d'enfance? C'est si petit, si petit, que ce n'est plus de l'arbitraire, c'est de la taquinerie, c'est de la tracasserie; et lorsque M. Rouher, ministre d'État, prend sa plus forte voix pour défendre de telles petitesses, il se rapetisse à ce point qu'on se demande si c'est bien lui qui a défendu, lui qui a signé les traités de commerce de 1860, lui qui a élevé quelquefois si haut les débats dans lesquels il intervient! D'ordinaire, il aborde résolument la question, il la saisit, il la précise, il la maîtrise ; cette fois il l'a élu*

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dée, il est resté à côté d'elle; il est tombé dans la confusion et dans Tenflure; il a qualifié de » solution extrême » ce qu'il y avait au monde, assurément, de moins extrême.

En 1834 et même en 1849 presque tous les journaux politiques quotidiens paraissaient le matin; ils étaient la règle; les journaux qui paraissaient le soir étaient l'exception. Après le coup d'État qui remplaça la Constitution du 4 novembre 1848 par la Constitution du 14 janvier 1852, les journaux, n'offrant plus guère d'autre intérêt que celui du cours de la Bourse, se transformèrent tous en journaux du soir, à l'exception du Constitutionnel, du Journal des Débats, du Siècle et de V Union, Ce fut alors que se développa et se régularisa l'industrie des marchands de journaux, ce fut alors que se multiplièrent les kiosques.

Assimiler les marchands de journaux qui sont stationnaires, qui ont leur syndic, leur société de crédit mutuel, qui ne circulent pas en offrant aux passants leur marchandise, qui ne crient pas, qui ne font aucun bruit, assimiler les marchands de journaux tels qu'ils existent aujourd'hui aux crieurs publics tels qu'ils existaient . en 1834, tels qu'ils existaient encore en 1849, c'est confondre ce qui se ressemble le moins, c'est confondre le silence avec le vacarme, la tranquillité avec l'agitation, l'ordre avec le désordre.

La loi du 16 février 1834 s'est bornée à déclarer « que « nul ne pourrait exercer, même temporairement, la pro- D fession de crieur, de vendeur ou de distributeur sur la voie « publique, d'écrits, dessins ou emblèmes imprimés, auto- » graphies, moulés ou à la main, sans autorisation préalable » de l'autorité municipale » . La loi du 16 février 1834 aurait dû aller plus loin ; elle aurait dû admettre l'amendement de notre ancien collègue de la Creuse, M. Leyraud, qui proposait avec raison d'interdire expressément les crieurs, mais de laisser entièrement libres les vendeurs. C'était le vrai. Non, non ! pas de crieurs publics! C'est le bruit, c'est

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