‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 106 sur 192 · L'ÉGALITÉ DEVANT LES KIOSQUES · texte numérisé non relu

L'ÉGALITÉ DEVANT LES KIOSQUES

la fièvre, c'est l'agitation, c'est Tinquiétade réveillée par le souvenir des plus mauvais temps révolutionnaires.

Maintien de l'autorisation prescrite en ces termes par l'article 6 de la loi du 27 juillet 1849 :

Tons distributeurs ou colporteurs de livres, écrits, brochures-, gravures et lithographies devront être pourvus d'une autorisahon qui leur sera délivrée, pour le département de la Seine par le préfet de police, et pour les autres départements par le préfet. — Ces autorisations pourront toujours être retirées par les autorités qui les auront accordées.

Mais que là s'arrête la main du gouvernement ! Qu'elle n'aille pas an delà, car lorsqu'elle va au delà, car lorsqu'elle prive' tel journal de l'avantage qu'il trouvait à se vendre dans les kiosques, ce qu'elle fait, ce n'est même plus de la répression. C'est de la censure. Dans ces cas qu'arrive-t-il , c'est que le gouvernement, s'attribuant le droit d'exclure tel journal, devient moralement responsable ' de ceux qu'il admet. Puisqu'il exclut le Nain jaune et qu'il n'exclut pas le Figaro^ il approuve donc le Figaro f Puisqu'il exclut le Courrier français et qu'il n'exclut pas la Gazette de France, il approuve donc la Gazette de France! etc., etc. Le bon plaisir est un régime que l'on n'adopte jamais impunément.

Combattant le projet qui est devenu la loi du 16 février 1834, Pages (de l'Ariége), qui était à Royer*Collard ce que Salvandy fut à Chateaubriand, s'exprimait ainsi :

Voilà donc le chef de la magistrature voulant soustraire la presse aux arrêts des magistrats ; voilà le ministre de la justice récusant la justice du pays; voilà le gardien des lois déserfant la loi pour Tarbitraire! Ce scandale m*afflige; il ne m^étonne pas. Pendant quinze ans f ai vu la Restauration courir à sa perte par de pa^ reilles mesures : nous prenons la route de la Restauration.

Les événements ont donné raison aux prévisions de Pages (de l'Ariége), car en effet Louis -Philippe a pris la

route de Charles X : Tun après l'autre a pris la route de Texil.

Pages (de TAriége) ajoutait :

La police dira auxcrieurs: u Voici les pamphlets qu'il est permis , voilà ceux qu'il est défendu de vendre, n Ainsi la police choisit ou proscrit les publications; choisir^ c'est censurer.

L'expression est juste; aussi longtemps qu'il y aura des journaux exilés de la vente dans les kiosques, ceux qui continueront de s'y vendre auront la position de journaux censurés, à commencer par la Liberté, qui le reconnaît avec humiliation mais avec bonne Foi. Aussi demande-t-elle avec instance et insistance l'égalité devant les kiosques; cette égalité en faveur de laquelle M. Odilon Barrot se prononçait le 6 février 1834 en ces termes véhéments à la tribune de la Chambre des députés :

Sous la Restauration, un préfet de police, devenu célèbre, avait dit : « La rue et la place publique sont à moi, car ce sont la rue et la place publique, et je suis la police. En conséquence, un journal qui n'est pas dans mon opinion, je vous défends de le vendre et de le distribuer. »

Le conflit s'était élevé entre deux journaux du soir, V Etoile, qui représentait l'opinion du pouvoir, et une autre feuille qui représentait l'opposition.

PLUSIEURS VOIX : C'était le Pilote.

M. ODILON BARROT : Eh bien ! il n'y a pas un des hommes, même ceux qui siègent au banc des ministres, qui n'ait ÉTÉ RÉVOLTÉ DE CETTE INDIGNITÉ. Je m'oppose à ce que vous faites, parce que je déclare avec confiance qu'iL y a la une atteinte grave et

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