‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 108 sur 192 · POLÉMIQUE · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE

K La presse peut discuter tootes les opinions. C'est son droit» c'est son devoir; mais pour que la polémique conserve toute sa liberté, il faut que la publicité garde toute son impartialitéé

» Que les journaux s* abstiennent de rendre compte des débats* parlementaires et judiciaires, ou que leurs comptes rendus soient scrapulensement et rigoureusement exacts ! Rien n*est pins conforme au principe de liberté, car la liberlé n*est que la lumière de la vérité. Faites que la publicité soit le miroir de toutes les opinions qui se produisent à la tribune, et la polémique ^e trouvera soumise ail plus efficace et au plus certain de tous les contrôles ! La fraude alors ne sera plus possU)le, les lois de répression deviendront inu« tiles.

» Qu'on le sache bien ! Le correctif naturel de la polémiqua passionnée, ce n^est pas la répression légale, c'est la publicité im-

passible : tel est le bat qu'il faut poursuivre et qu'on peut facilement atteindre: c'est l'idée juste, c'est l'idée simple.

» La PUBLICITÉ complète la polémique, elle ne la limite pas, » Droit absolu d'exprimer votre opinion, mais interdiction expresse de mettre dans ma bouche d'autres paroles que celles que j'ai prononcées. »

Ce que nous pensions et ce que nous soutenions en 1850 et longtemps avant, nous n'avons' pas cessé de le penser et de le soutenir en 1868; mais si nous sommes d*avîs qu'il ne faut jamais craindre de pousser un principe jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes , attendu que si le principe est juste il n'y aura pas une seule de ses conséquences qui ne soit juste, nous pensons qu'il ne faut jamais tenter de confondre ce qui s'exclut par nature.

La PUBLICITÉ est une chose, la polémique est une autre chose.

Ne vous efforcez jamais de réunir ce qui est distinct par essence. Ce serait en vain. Laissez*les coexister séparément, comme deux lignes parallèles se côtoyant à TinGnî sans jamais se rencontrer.

Dès que la fidélité de la publicité est pleinement assurée, que ce soit par la loi, comme en France, ou par les mœurs, comme en Angleterre, ne vous occupez pas du surplus! Laissez la polémique libre, entièrement libre! Ne vous occupez pas d'elle ! Ne tentez pas de la réglementer, car ce serait œuvre chimérique!

Oui, ce serait œuvre chimérique; si cette affirmation est fausse, gouvernement et majorité, prouvez-le donc en traçant la ligne de séparation entre l'appréciation légitime et l'appréciation suspecte !

Journalistes vaincus et désarmés le 2 décembre, que demandons-nous?

Nous demandons que la porte soit ouverte ou fermée.

Nous demandons que, toute satisfaction ayant été préalablement donnée à la PUBUCITÉ, la polémique sur les orateurs

da Sénat et du Corps législatif, sur leurs discours et leurs opinions, soit pleinement libre ou qu'elle soit alors absolument interdite.

Nous ne nous faisons aucune illusion. Nous savons que nous n'existons, ne parlons, n'écrivons, n'imprimons que grâce à la tolérance. Intellectuellement, notre condition est celle du serf corporellement dans les pays où le servage n'a pas encore été aboli. Que le Pouvoir daigne ordonner, et nous obéirons tète basse, sans répliquer, car il est le Pouvoir, et nous ne sommes plus la Liberté. Mais qu'il ordonne» comme le vainqueur ordonne à ses prisonniers de guerre ; qu'il ordonne en termes précis qui ne laissent aucune place ni à l'équivoque ni au doute! Qu'il nous fasse aussi étroite qa'il lui plaira la part de tolérance qui nous sera accordée! Peu nous importe, à nous, qu'elle soit large ou étroite, ' grasse ou maigre ! Ce ne sera point nous qui serons responsables devant Thistoire et la postérité de la liberté dont nous aurons été privés. Qu'on le sache bien! quand nous revendiquons la liberté, toute la liberté, c'est moins pour l'usage de notre plume que pour l'honneur de notre pays et de notre temps.

11 y a des optimistes qui prétendent que la liberté existe

en France !

La preuve qu'elle n'existe sûrement à aucun degré, c'est que ni le gouvernement, ni le Sénat, ni le Corps législatif, ni la magistrature ne sauraient nous dire avec précision si nous avons la liberté d'exprimer le sentiment si vivement éprouvé par tous ceux qui ont entendu MM. Thiers, Emile Ollivier et Ernest Picard ; la preuve qu'elle n'existe sûrement à aucun degré, c'est qu'un amendement de bon sens et de bonne foi qui aurait dû être voté sans discussion et à l'unanimité , a lait éclater des orages , et qu'il est possible que cet amendement, si simple, après deux jours de discussion , ne soit pas pris en considération par la majorité.

338 LA LOI DU il MAI 1868.

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