‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 110 sur 192 · LA DÉFIANCE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA DÉFIANCE DE LA VÉRITÉ

jary sont des moyens souverainement impuissants pour sauvegarder le principe du gouvernement, le principe de la dynastie et les institutions du pays. Si cela est vrai, il faut choisir entre ces DEUX THÈSES : OU la LIBERTÉ COMPLÈTE ou le POUVOIR DIS- CRÉTIONNAIRE placé entre les mains du pouvoir exécutif.

Le 4 février 1868, quelle attitude devait prendre, quel langage devait tenir le ministre d'Etat, qui, après avoir déposé sa démission le 18 janvier 1867, Tavait retirée le lendemain 19?

Le seul langage qui put racheter et elTacer cette déclaration érigée en aphorisme, le seul langage que dût tenir M. Rouher, c'était celui-ci :

c La France a essayé de tous les régimes en matière de presse; elle a essayé du régime restrictif; elle essayé du régime préventif; elle a essayé du régime répressif; elle a essayé de la magistrature ; elle a essayé du jury ; elle a essayé des juridictions exceptionnelles telles que la Cour des pairs; elle a' essayé enfin de la liberté complète, car c'est sous ce dernier régime qu'a eu lieu, sans le plus petit désordre, il est juste de le reconnaître, l'élection du 10 décembre 1848, laquelle a appelé à la présidence de la République le banni de 1815, l'exilé de 1830, l'héritier de Napoléon K Puisque le dilemme est posé, puisqu'il faut opter entre ces deux thèses, entre le pouvoir discrétionnaire et la liberté complète, en cette circonstance, pas plus que lorsqu'il s'est agi, en 1^51, du rétablissement du ' suffrage universel, et, en 1860, de l'amnistie avec ou sans restrictions, le gouvernement impérial n'a pas hésité; il s'est prononcé pour la liberté complète , pour la liberté sans restrictions et sans complications. C'est un grand exemple que la France veut et va donner à l'Europe I L'Empereur des Français ne doute pas que tous les Français ne mettent leur honneur à ce que leur pays sorte glorieusement de cette décisive épreuve ; mais s'il

en était autrement, si la confiance de l'Empereur était trom*

pée, Tordre matériel et la tranquillité publique n'en ressentiraient aucune atteinte grave, car il a dans les mains tous les pouvoirs et tous les moyens nécessaires pour en assurer le maintien. Votre tâche, Messieurs, sera facile, car il vous suffira de voter purement et simplement Tabrogation de toutes les lois répressives, restrictives et fiscales qui ont régi la presse jusqu'à ce jour. Ni rigueur ni faveur. Le timbre est supprimé, mais le droit de poste, justement rémunérateur, est maintenu. Entre les lois de 1822 et de 1835, condamnées Tune et Fautre par la révolution de 1830 et la révolution de 1848; entre ces lois et la loi rationnelle de 1868, ayant pour elle la présomption favorable des quatre mois de septembre, octobre, novembre et décembre 1848 , rhésitation n'était pas possible. Il a réussi à TEmpereur en 1851 et en 1852 de ne pas vouloir être la branche cadette du suffrage universel; il lui réussira également, n'eti doutez point, de ne pas vouloir être la branche cadette de la liberté de la presse. Toute comparaison qui ferait paraître TEmpire plus petit ou plus timoré que les gouvernements qui Tont précédé serait une comparaison que son origine lui interdit d'accepter.»

Ce langage n'ayant pas été celui qu'a tenu le gouvernement impérial, le beau rôle est resté à l'opposition législative , qui , elle , ne l'a pas laissé échapper. Si elle n'a pas conclu explicitement à l'impunit'é de la presse, elle y a conclu implicitement.

L'impunité de la presse est désormais une cause gagnée devant l'évidence.

La vérité n'a besoin ni déjuges ni de jurés qui la pèsent dans leurs balances; elle suffit à elle seule à sa propre défense.

yiMPUISSAX^CE DU GOUVERXEMEKT.

l'impuissance du gouvernement.

24 février 186S.

Qae vont penser TAngleterre , TAIIemagiie, la Belgique, la Hollande, Tltalie, la Suisse, tous les pays enfin où relativement la presse est libre? Que vont-ils penser de la France et de cette discussion de Bas-Empire qui se prolonge si longtemps sur la question de savoir si un article tel que celui qui a été lu pal* M. Guèroult à la tribune du Corps législatif est un compte rendu coupable ou une appréciation inno* cenle?

Ces pays ne vont-ils pas nous prendre en pitié? Ces pays ne vont-ils pas se dire que pour consacrer tant d'heares à un débat si oiseux, il faut que la France ait perdu le sens de toutes les grandes questions politiques et de toutes les grandes réformes économiques?

Le nombre des naissances, au lieu d'augmenter, tend à décroître; le marasme consume nos établissements de crédit; Tactivité se ralentit dans nos plus grandes usines ; les traités de 1860 sont menacés dans leur existence, compromise par des promesses solennelles qui n*ont pas été tenues ; la consolidation de la dette flottante de la Ville de Paris va ouvrir le débat non-seulement sur les grands travaux accomplis, mais sur ceux qu'il s'agit de continuer, car les interrompre serait impossible; la prime d'assurance que nous payons contre le risque de guerre est plus que jamais disproportionnée avec ce risque; cette prime exorbitante, c'est le déficit intarissable, c'est l'impuissance financière; si la Russie est le trait d'union entre les États-Unis et la Prusse, si une étroite communauté d'intérêts s'établit et se resserre entre ces trois puissances, se passant l'une l'autre ce qui

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manquerait eDCore à chacune d'elles, quel sera désormais le rôle de la France en Europe? A quoi nous serviront nos 900,000 soldats et nos 500,000 gardes nationaux mobiles? A quoi nous servira notre marine ?

Est-ce de cela que s'occupent le gouvernement français , la tribune française, la pressa française?

Non ; ce qui absorbe la presse française , la tribune française, le gouvernement français, c'est ce qui a fait l'objet du procès intenté à seize journaux accusés de compte rendu parallèle, accusés de compte rendu parasite, procès qui a abouti à la condamnation de dix, sans que les dix condamnations et les cinq ordonnances de non-lieu aient fait luire la plus petite clarté.

Après le débat, dans lequel MM. Rouher et Baroche ont pris plusieurs fois la parole, les ténèbres, loin de se dissiper, se sont encore épaissies.

La question, qui était obscure, est devenue ptus obscure que jamais.

Les sommations réitérées , les sommations « obstinées « de M. Thiers sont restées infructueuses; ses défis se sont perdus dans le vide.

C'est qu'il y a des impossibilités matérielles contre lesquelles expirent l'habileté la pliis consommée et le talent le plus exercé.

Lorsqu'on a un aussi grand talent que celui que M. Rouher a acquis , comment l'emploie^t-on , comment l'use-t-on à grossir, à exagérer d'aussi petites, d'aussi minces, d'aussi insignifiantes questions que celle qui va occuper vingt colonnes du Moniteur ?

C'est ce que nous nous demandons la tête basse et notre orgueil national attristé.

Avant que le compte rendu des débats législatifs se fit tel qu'il se fait maintenant, sous la haute surveillance des présidents des deux Assemblées, que se passait-il?

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