LES DÉFENSEURS DU RÉGIME DE
France, da Journal des Débats, du Journal de Paris, de \dL Liberté, de V Opinion nationale, de la Presse, du Temps, da Siècle et de V Union, ne rencontrent-ils pas plus, d'indulgence que de sévérité de la part du Constitutionnel, de V Époque, de V Étendard, de la France, de la Patrie et du Pays? Les gros bataillons, Moniteurs compris, ne sont-ils pas dans son camp? Si la presse est une puissance, la puissance n*est-elle pas de son côté? Que lui faut-il donc de plus? De quoi donc a-t-il peur? De quoi donc est-il fondé à se plaindre.? S*il est en butte à d'injustes attaques, n^a-t-il pas en mains, sans recourir à aucune répression légale, tous les moyens d'en démontrer et d'en combattre l'injustice? Si le concours armé que le gouvernement français a prêté en 1859 à l'Italie n'a pas été une faute ; si, en 1861, l'expédition du Mexique et son occupation n'ont pas été une faute ; si, en 1866, \dL neutralité non attentive du gouvernement français n'a pas été une faute ; si, aux mains de l'Allemagne militairement unifiée, les clefs de toutes les forteresses qui menacent la France ne sont pas un danger dont l'effet a été d'obliger le gouvernement français à doubler en toute hâte et à tout prix le chiffre de son effectif militaire, porté de 700,000 à 1,500,000 hommes, que les journaux auxiliaires du pouvoir confondent les journaux organes de l'opposition ! Lorsqu'on a de son côté la raison et le nombre , douter de la victoire n'est-ce pas se faire injure à soi-même? Des lois restrictives ou répressives contre la presse ne se comprendraient que s'il était interdit aux gouvernements d'user de la presse contre la presse.
Quiconque ne conclura pas, quiconque n'osera pas conclure à l'impunité de la presse, quelque talent, quelque fermeté qu'il mette à défendre ce qu'il appellera la liberté, ne sera pas en équilibre sur lui-même ; c'est ce qui est arrivé à M. le président Bonjean. La partie historique de son discours esA excellente ; mais celle où il se prononce en faveur
862 LA LOI DU il MAI 1868.
du jary est en retard d'un demi-siècle ; elle est marquée au millésime de 1819.
En matière de presse, il y a des opinions qui se contredisent ; Texpérience atteste qu'il n'y a rien de plus ; aussi le mot réprimer doit-il s'effacer pour ne laisser subsister que le mot réfuter. Dans ce seul mot est contenue tout entière la loi de la presse.
Un autre défenseur du régime de 1852 que nous ne devons pas laisser à Fécart, c'est M. Femand Giraudeau, chef de bureau au ministère d'État et auteur d'un livre intitulé : La passsE pÉaiODiQUE us 1789 a 1867, véritable traité de la Démonomanie typographique.
L'unique divergence entre M. Giraudeau et nous, c'est qu'il conclut à la glorification et au maintien du décret du 17 février 1852, et que nous concluons à «a condamnation et à son abrogation.
Une hypothèse : supposons que le décret du 17 février 1852 cesse d'exister, ce qui n'est pas impossible, ce qui peut-être n'est pas très-éloigné, que devient tout le laborieux édifice de M. Femand Giraudeau? Que devient l'Empire sans la sauvegarde de l'arbitraire?
M. Fernand Giraudeau s'est-il jamais posé à lui-même cette question?
Le volume de 700 pages, que nous avons publié en. 1864 sous ce titre : les Droits de la Pensée, est là pour l'attester I Ce n'est pas sans beaucoup de tâtonnements, beaucoup de tergiversations, ce n'est pas sans ^e longues études et sans de profondes méditations, que nous sommes arrivé, après trente années d'observations comparées et d'expériences successives, à reconnaître et à constater que la liberté de la pensée était indivisible; que d'imprimer n'avait pas plus de danger que de parler» et que de parler n'avait pas plus de