‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 122 sur 192 · LES DÉFENSEURS DU RÉGIUE DE 1852. 86S · texte numérisé non relu

LES DÉFENSEURS DU RÉGIUE DE 1852. 86S

péril que de penser; ,qae Terreur en politique n'était pas plas coupable et plus punissable que Terreur en religion; qu'enfin les écrivains qu*on emprisonne encore n'avaient pas plus de pouvoir que les sorciers^ qu'on n*a cessé de brûler que depuis peu de temps, que les sorciers, qu'admet* tait Montesquieu, le grand Montesquieu I

Loin de dissimuler et de taire les contradictions dont il nous a fallu traverser les couches épaisses avaqt d'atteindre au fond de la question que nous explorions, et de trouver le vrai, que nous chercbions uniquement, sans aucune préoccupation ni de partis ni de gouvernements, ces contradictions que se complaît à relever M. Girandeau , nous les avons toutes réunies, nous les avons mises en relief afin qu'elles devinssent nos garanties, et qu'elles montrassent l'esprit qui préside à tous nos travaux, à toutes nos recherches. Tendant constamment au vrai, nous tendons nécessairement à l'absolu ; mais nul, on le voit, n'y arrive avec plus d'efforts opiniâtres sur lui-même.

Oui, cela est vrai : égaré par les plus grands penseurs, les plus grands écrivains, les plus grands orateurs, nous avons commencé par partager leur superstition ; nous avons commencé par croire à la puissance de la presse, conséquemment à ses périls, conséquemment à la nécessité soit de les prévenir, soit de les combattre.

H. Giraudeau nous demande de vouloir bien lui dire quand nous avons cessé d'y croire.

Nous avons cessé de croire au pouvoir des maléfices typographiques le jour où l'évidence brillant à nos yeux, Tidée nous est soudainement venue de nous interroger pour nous rendre compte du mal que nous avaient fait toutes les attaques dont nous avions été Tobjet, sans qu'une seule nous ait été épargnée, et qu'à notre grand étonnement nous avons découvert et constaté qu'elles ne nous en avaient fait aucun.

Nous avons cessé de croire au pouvoir des maléfices typo-

â64 LA LOI DU 11 MAI 1868.

graphiques, le 10 décembre 1848, après le dépoaillement du scrutin qui a donné 1,474,667 voix au général Cavaignac, vanté à outrance par tous les journaux de cette époque, et 5,587,759 voix à son concurrent, Louis-Napoléon Bonaparte, n'ayant que deux journaux pour le défendre contre le débordement de tout ce que Tesprit de parti pût, sous toutes les formes, inventer de basses calomnies et amasser de grossières injures. Nous avons là un jtiroir qui est tout entier rempli des imprimés les plus ignobles et des caricatures les plus indignes, sous Fimmense chargement desquels, en novembre 1848, les mallçs-poste furent contraintes de retarder leur départ et de ralentir leur marche. Eh bien! Tefiet produit par ces diatribes en prose et en vers, par ces caricatures en noir et en couleur, n'a-t-il pas été le contraire de celui que leurs auteurs, leurs éditeurs, leurs colporteurs s'étaient proposé? L'effet n'a-t-il pas été de passionner Topinion, de passionner les électeurs, non contre le diffamé, non contre le lapidé, mais bien contre les lapidateurs et les diffamateurs ?

Nous avons cessé de croire au pouvoir des maléfices typographiques le 20 novembre 1852, après le dépouillement du scrutin sur le rétablissement de TEmpire, scrutin se traduisant par les chiffres suivants :

Inscrits. 9,823,578 Votants. 8,140,660

Affirmatifs 7,824,189

Négatifs 253,145

Ce scrutin avait été précédé par l'insertion loyale autant que hardie, dans le Moniteur, et la reproduction textuelle dans tous les journaux de Paris et des départements, de quatre manifestes :

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