LETTRE AU GÉIVÉRAL PRIM
T> En France? T Angleterre 8*opposerait.
yt Si VOUS aviez le droit de crier A bas les Bourbons I avant d'avoir consulté TEspagne tout entière, vous aviez le droit de crier Ftr^ la République!
9 Mon avis, permettez-moi de vous le donner avant que vous me Tayez demandé, est qu*ayant pris sur vous de crier A bas les Bourbons ! vous avez eu tort de ne pas prendre sur vous de crier Vive la République!
» Je crains que par cette inconséquence , que vient d'aggraver très-inutilement votre épitre au Gaulois, vous ne vous soyez jeté les yeux fermés dans des complications desquelles il vous sera difficile et peut-être impossible de sortir.
» Dans cette épitre, vous dites : aNous voilà constitués !9
9 Vous vous trompez d'expression.
» Vous n'êtes pas constitués, vous êtes constituants!
r) Qu'importe que vous vous absteniez d'en prendre le titre si vous agissez comme pouvoir constituant , si vous ne pouvez plus vous dispenser d'agir comme tel!
» Si vous avez le pouvoir de prononcer l'exclusion des deux héritiers présomptifs de la couronne dans l'une et l'autre ligne ; si vous avez le pouvoir de dissoudre les Cortès actuelles ; si vous avez le pouvoir de changer la loi électorale, vous et vos collègues vous aviez le pouvoir de proclamer la République fédérative, les États-Unis ibériques, et, en conséquence de cette forme de gouvernement, pleinement justi6ée par la vacance du trône et la désertion de la reine Isabelle, de rédiger une constitution sur laquelle toute l'Espagne eût été appelée à se prononcer par voie de plébiscite et au moyen du suffrage universel.
» Par cette façon sommaire de procéder, vous évitiez beaucoup de temps perdu! Vous ne plongiez pas le peuple espagnol dans l'incertitude et la confusion! Il n'avait qu'à sanctionner le fait accompli, d'accord avec son passé histo-
rique et ses mœurs locales. Vous ne laissiez pas les difficultés et les exigences s'amasser, grossir et gronder! Vous ne laissiez pas les caisses publiques se vider I Vous ne laissiez pas la misère et la faim élever la voix et menacer I Vous ne laissiez pas enfin la guerre civile s'allumer I Tous risques qu'on ne saurait trop se hâter de prévoir; tous périls qu'on ne saurait trop se hâter de prévenir !
n Les assemblées constituantes n'ont jamais servi qu'à masquer l'absence d'initiative, s'expliquent mais ne se justifiant pas par le défaut d'idées qui soient mures. Lorsque les révolutionnaires ne savent plus que faire^ ils convoquent une Assemblée constituante, laquelle, à son tour, ne sachant que décider, délibàre sans fin sur une constitution qui sera sans durée. Toute Assemblée constituante a toujours été et sera toujours le recul d'une révolution.
» Lorsqu'on pousse la confiance en soi jusqu'à ne pas craindre d'être révolutionnaire, alors il ne faut pas l'être à demi. On n'est excusable de jeter par terre et de fouler à ses pieds un gouvernement, si arriéré qu'il soit , qu'à la condition de renfermer sous l'enveloppe de son crâne un gouvernement qui soit meilleur et tout prêt.
» Prouvez-moi, mon cher ami, que j'ai tort en pensant et en parlant ainsi ; donnez à l'Espagne un gouvernement qui la rende libre et heureuse, et, quel qu'il soit, j'en serai aussi heureux qu'elle, car je vous appartiens depuis quinze ans par l'amitié la plus sincère.
» Tous mes vœux et tout mon dévouement.
» Emile nE Girârdin. v
LA RÉPONSE DU GÉNÉRAL PRIli. 395