LA RÉPONSE DD GÉNÉRAL PRIM
A Monsieur Emile de Girardin,
19 octobr» 1868.
tt Mon cher et bon ami ,
« Vous m'adressez, dans voire journal la Liberté, une lettre commentant celle que j*ai écrite à MM. Henri de Pêne et Edmond Tarbé, directeurs du Gaulois,
« Bien que vous ayez omis de me l'adresser directement, j'attache trop d'importance aux questions que vous y traitez pour me dispenser d'y répondre.
» Vous dites que renverser est chose facile et que la rapidité de notre émancipation n'est pas une exception dont nous devions nous enorgueillir ; vous citez à l'appui l'exemple de vos révolutions de 1830 et de 1848. Je n'ai revendiqué aucun genre de supériorité pour notre révolution; je me suis borné à constater qu'elle s'est faite promptement et sans grande effusion de sang, ce qui fait l'éloge du peuple espagnol, aussi malheureux que méconnu.
» Vous me demandez ensuite si je crois que la liberté ait gagné quelque chose en France par le renversement de Charles X et par celui de Louis-Philippe. Je n'ai pas à me prononcer sur ce sujet ; du reste, les circonstances et ma position me feraient un devoir de m' abstenir.
>» Je suis d'accord avec vous : il faut remplacer vite ce que Ton a renversé ; mais je ne conçois pas que vous tiriez de ce principe un prétexte pour nous accuser d'imprévoyance, en alléguant que nous ignorions la veille ce que nous voulions fonder le lendemain.
» Nous savions ce que nous renversions : un pouvoir arbitraire, qui violaiteonstammenlla loi rondamentale; nous savions ce que nous voulions mettre à la place : un pouvoir libéral, monarcbique et constituiionnel, nous en rapportant cependant à la décision de la souveraineté nationale. Seulement vous confondez ce qui est immuable avec ce qui est accidentel, et vous me faites un injuste reproche quand vous dites qu'ayant eu ridée bien arrêtée de coopérer à rétablissement d*une monarchie constitutionnelle, je n'ai pas eu d'avance un candidat désigné pour le trône. J'ai contribué de toutes mes forces au renversement d'une dynastie que je savais incompatible avec la liberté de ma patrie, mais je n'ai jamais songé à imposer à mes concitoyens un monarque de mon choix. Je suis et resterai le défenseur d'un principe; je ne suis point le représentant de tel ou tel prince.
D Je^ n'examinerai pas votre proposition de l'appel aux Chambres élues par le pouvoir déchu pour désigner le gouvernement révolutionnaire ; elle me paraît paradoxale et peu en harmonie avec votre esprit si net et si pratique.
» Où voyez-vous l'incompatibilité que vous dites exister entre les cris A bas les Bourbons 1 et Vive la monarchie constitutionnelle I Je les croyais, au contraire, synonymes.
» Vous prétendez que le peuple espagnol ne trouvera ni en Portugal, ni en Italie, ni en France, ni en Angleterre, un prince qui consente à occuper le trône d'Espagne. Vous pouvez avoir raison ; mais qui vous dit cependant que la justesse de vos informations d*aujourd'hui ne se trouvera pas démentie par les événements de demain? L'histoire est remplie de surprises de ce genre. Pour moi, j'ai la confiance que l'Espagne rencontrera un prince digne d'elle.
» Vous relevez aussi l'expression et constitués », dont je me suis servi dans ma lettre au Gaulois; vous m'avez mal compris ou je me suis mal expliqué. J'entendais dire que que nous avions franchi la période de lutte armée; que nous