LA REPONSE DU GENERAL PRIM
possédions un' gouvernement régulier, quoique provisoire, et DOD pas que nous fussions arrivés à notre constitution défioltive.
» Abordons maintenant le point capital de votre lettre. Après m'avoir reproché de témoigner mes sympathies pour QDB monarchie constitutionnelle, vous me faites un crime de ne pas avoir imposé à TEspagne la république, sans même réonir une Assemblée constituante que vous qualifiez d*intitik, et dont vous regardez la convocation comme un signe ^impuissance, La contradiction est étrange de la part d'un homme aussi logique que vous, et cette théorie n*est point d^accord avec les principes d'un écrivain qui a proclamé si souvent et d'une façon si éloquente les droits du suffrage universel. Mais je n'abuserai pas de votre distraction, et me bornerai seulement à rétorquer un de vos axiomes.
» Pour fonder une monarchie il faut un roi ou une reine , dites-vous ; pour faire une république il faut des républicains, dirai-je, moi. Si en Espagne ce dernier parti est représenté par une fraction, celle-ci, quoique très-respectable, n'est point, à mon avis, assez nombreuse pour pouvoir prendre la direction des afi^iires, et,, en un mot, gouverner. Dans notre situation actuelle, rien ne l'empêche de propager librement ses idées, et si elle arrive à convaincre la nation de l'excellence de ses doctrines, celle-ci satisfera ses aspirations. En attendant, elle comme moi nous n'avons qu'à nous incliner devant la volonté nationale, et je vois avec satisfaction que nous la comprenons tous de même, puisque les membres les plus éminents de la démocratie secondent avec une abnégation qui Tes honore nos efforts, qui n'ont d'autre but que de fonder la liberté de notre patrie sur des bases solides.
n Vous voyez, par l'étendue de ma réponse, toute l'attention que je prête à vos paroles ; vous apprécierez d'autant plus cette preuve d'estime que je me plais à rendre à votre
talent en songeant combien je suis absorbé en ce moment par les multiples exigences de ma position. Cependant je n'entends nullement soutenir des polémiques qui ne conviennent ni à mon rôle de soldat ni à mes fonctions officielles. Cette lettre est donc une exception, motivée par mon désir de vous montrer que je suis fidèle à mes vieilles amitiés, et que j'éprouve pour vous les sentiments de haute considération dont vous êtes si digne.
» Croyez, mon cher ami, -à toute mon affection.
» J. Prim. »
Mon illustre ami le général Prim a raison : lorsqu'on occupe la haute situation à laquelle vient de Télever la révolution du 19 septembre 1868, et qu'on a assumé sur soi une aussi pesante responsabilité que celle qu'il n'a pas craint de prendre au péril de sa vie, on a autre chose à faire que de la polémique ; aussi l'idée ne me fût-elle pas venue de lui adresser la lettre qui a paru dans Isl Liberté du 1-4 octobre, sans la lettre par lui adressée au Gaulois et insérée la veille en tête de ce journal.
Si le général Prim, en m' adressant sa réponse, s'est proposé pour but l'approbation de tout ce qui constitue à Paris le monde officiel et le monde financier, je puis le lui dire : il a pleinement réussi.
Voilà donc S. Exe. le général Prim, comte de Rens, marquis de Los Castellejos , ministre de la guerre, passé grand homme politique et véritable homme d'État dans les régions où planait M. Guizot en 1847 et où plane M. Rouher en
Dans ce» régions où la politique consiste à ne rien oser et à tout ajourner, le grand homme politique est celui qui ex* celle dans la petite politique.