‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 140 sur 192 · CONSTITUTION, PLÉBISCITE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION, PLÉBISCITE

à la dette et aa passé, au présent et à l'impôt ce qui appartient à Timpôt et au présent, à Tavenir et à Temprunt ce qui appartient à Femprunt et à Tavenir, et séparant judicieusement ce que Ton confond inconsidérément, Vindividuel avec Vindivis, les a jefes lïbertadores » aient fait équitablement la part entre les dépenses et contributions exclusivement locales et les dépenses et contributions exclusivement nationales, qu'y aurait-il de plus simple que d'appeler tous les Espagnols âgés de vingt et un ans, en état d'écrire lisiblement leur bulletin, à élire celui d'entre eux qu'ils jugeraient le plus digne d'être le dépositaire du pouvoir ainsi restreint, que ce dépositaire se nomme président des Etats-Unis ibériques,, gouverneur de l'Espagne, ou autrement?

Selon toutes les probabilités, ce serait présentement, à rheure où j'écris, le général Prim qui réunirait le plus grand nombre de voix, et qiii,conséquemment, serait élu; mais ne serait-ce pas juste? N'est-ce pas lui qui a exposé le plus de fois sa vie pour délivrer son pays de l'oppresbion qui l'énervait et l'humiliait?

Si le dépositaire de la souveraineté nationale n'était élu que pour quatre ans, comme aux États-Unis d'Amérique, et s'il n'était, pas rééligible, toute grande notabilité pourrait concevoir l'espérance d'être nommée à son tour d'élection • présidentielle; ce moyen serait le plus sûr d'éteindre l'esprit de rivalité sans éteindre l'esprit d'émulation. M. Olozaga pourrait espérer de succéder au général Prim ; M. Orense, M. Rivero, M. Castelar, ces martyrs de leurs convictions, pourraient alternativement succéder au maréchal Sërrano ou au brigadier de marine Topcte. Cela dépendrait du courant de l'opinion publique au moment de l'élection présidentielle.

Si les choses se passaient ainsi qu'elles viennent d'être sommairement et hypothéliquement décrites, la plus légère atteinte serait-elle portée à la souveraineté du peuple espagnol?

Je le demande aa journal la France, à qui s'adresse cette réponse.

L'article dans lequel il m'accuse de a banalité révolutionnaire r/ est intitulé : LA Souveraineté nationale. Est-ce que, dans ces conditions préalables, le plébiscite, qui est le vote direct, le vote à un seul degré, ne la respecte pas plus scrupuleusement qu'une Constituante , qui n'est jamais que le vote indirect, le vote à deux degrés ?

Non, répond le journal la France^ parce qu'exclure ainsi en fait la forme dynastique, ce serait limiter la souveraineté de la nation.

Au-dessus de la souveraineté de la nation je place la souveraineté de la logique, comme au-dessus de la tradition condamnée par l'expérience je place le progrès attesté par l'épreuve. Marcher à reculons ou prendre la diligence au lieu du chemin de fer quand on est pressé d'arriver; préférer l'arme arriérée à l'arme perfectionnée, le fusil à rouet au fusil à aiguille quand on brûle de vaincre, ce n'est pas faire acte de souveraineté, c'est faire acte de stupidité.

J'admets qu'un peuple soumis à la forme monarchique la garde quand il n'y peut renoncer qu'au prix d'une révolution ; mais je n'admets pas qu'étant en pleine possession de sa raison il rétablisse la forme monarchique, quand il vient de la condamner souverainement en brisant le lien dynastique et en foulant aux pieds le principe de l'hérédité ; je ne l'admets pas, parce qu'il n'est au pouvoir d'aucune dynastie nouvelle de donner la certitude de plus de garanties que n'en donnait la dynastie renversée.

Ce que, dans ce cas, le journal la France nomme la souveraineté nationale, je l'appelle la révolution expectante; en effet, c'est le droit à la révolution.

Ce droit à la révolution, il n'y a rationnellement qu'un moyen de. le faire tomber en désuétude : c'est par le dépôt à court terme du pouvoir central en des mains qui ne puissent

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