LE COTÉ FAIBLE
décision ne fait pas défaut, jamais péril piqa petit ii*aura été affronté pour une gloire pins grande.
Mais il importe de tout prévoir :
I. — Consentement à la formation d'un État rhénan de dix millions d'habitants environ, donné par le gouverne-' ment prussien sous la double pression de l'Angleterre et de la Russie^ qui l'exerceront afin d'empêcher la guerre entre la France et la Prusse, Ce serait assurément un triomphe poar la politique napoléonienne.
n. — Refus du gouvernement prussien de convoquer un Congrès et de laisser remettre en question aucune des stipulations qui ont été la conséquence de la victoire de Sadowa, Ce serait la guerre de 38 millions de Français contre 38 millions d'Allemands.
Dans celte seconde hypothèse, tout devrait être subordonné à la nécessité de vaincre et à Tavantage qu'il y aurait pour la France de rentrer dans ses limites naturelles, dans ses limites de 1801. La France a deux épines dans le pied : Tune s'appelle Rome, l'autre s'appelle l'Algérie. La guerre serait une occasion propice d'abandonner Rome à sa destinée et de rendre l'Algérie aux Algériens, soit avec Abd-el-Kader pour vice-roi sous la suzeraineté de la Turquie, soit autrement. De l'aveu de l'Empereur, l'Algérie est un affaissement, une charge, une complication.
La France s'empressant, le lendemain de sa victoire, de convoquer un congrès, y exercerait une influence d'autant plus considérable et décisive que le rétablissement durable de la paix serait son seul mobile et dicterait uniquement toutes ses propositions. Elle le prouverait par l'étude approfondie et exempte de tout calcul personnel des modifications que devrait subir la carte de l'Europe pour atteindre ce but. Habilement et modestement dirigé, ce Congrès pourrait être le fondement de TUnion européenne, contre-poids nécessaire et déjà tardif de l'Union américaine.
Si, au lieu d'agir virilement, le gouvernement impérial demeure dans Finsouciance et Timprévoyance, il s'eipose à s'amoindrir au point que cet amoindrissement devienne irréparable.
L*unité italienne est Tœuvre du gouvernement français; ce ne serarit pas sans le couvrir de ses ruines qu'elle se déferait. Cest donc aussi un risque à prévoir et à prévenir.
Ayant la Prusse pour alliée, il se pourrait que la Russie » qui a toujours impatiemment supporté le traité de 1856 qui lui a enlevé la propriété de la mer Noire, ne se contentât plus d'éluder ce traité et le déchirât. Cest encore un autre risque à prévoir, et ce second ne serait pas le plus grave; le troisième, le plus considérable, ce serait que l'Angleterre, l'Italie, la Prusse et la Russie s'étant mises d'accord^ s'attribuassent, l'Angleterre Alexandrie, l'Italie Rome, la Prusse Trieste et la Russie Constantinople, car si ce partage s'accomplissait et que la France fût impuissante à l'empêcher, alors la France ne serait plus une grande puissance, elle ne serait plus qu'une grande Belgique.
Il suffit qu'un tel risque ne soit pas impossible pour que le devoir de la France soit d'agir sans retard et sans relâche comme s'il était probable.
Ce qu'a fait en 1866 M. le comte de Bismark est là pour attester ce que peuvent faire en quelques semaines la volonté et l'audace d'un homme qui veut ce qu'il peut et qui ose ce qu'il veut, .
S9jailletl868.
La Note remise le 17 juin 1866 par le ministre plénipotentiaire de Prusse à Florence, M« Usedom, à M, le général
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La Marmora, au moment où la guerre allait éclater outre la. Prusse et TAutriche, Note dans laquelle rien n*est omis, dans laquelle tout est prévu, montre avec quelle habileté la Prusse ourdit ses trames dans Tombre et avec quelle préméditation elle excelle à diriger les coups que sa main doit porter pour qu'ils soient mortels.
Livrée à la publicité par le gouvernement prussien, cette Note ouvrira-t-elle les yeux du gouvernement français? Tirera-t-elle de son insouciance M. Rouber, ministre d*Etat ? Fixera-t-elle pendant dix minutes seulement Tattention distraite de M. de Moustter, ministre des affaires étrangères?
Nous voudrions bien qu'il ne nous fût pas permis d'en douter. Mais, après ce qui s'est passé en 1866, quel doute aura jamais été plus légitimement et plus sérieusement autorisé I
Cependant, quel avertissement donné à la France, que cette guerre sournoise , qualifiée de a^ guerre à fond n ^ ténébreusement préméditée contre l'Autricbe et proposée à ritalie par la Prusse ! Si Ton appelait les choses par leur nom, cette a guerre à fond » , on l'appellerait un complot ; le traité du 8 avril 1866 entre la Prusse et l'Italie, on l'appellerait un marché; leur alliance, on l'appellerait leur complicité! .
Le témoignage de M. Usedom ne permet plus de s'abuser ! Quiconque a pour voisin et rival le gouvernement prussien, étant exposé à l'avoir pour ennemi, doit s'attendre à tout de sa part, car le masque tombé montre que la Prusse ne recule devant rien. Toute confiance serait donc duperie, toute négligence serait donc trahison, car tout moyen lui est bon pour parvenir à son but. Gouvernement de droit divin, gouvernement féodal, s'il faut flatter la révolution au dehors et la déchaîner, il ira au-devant d'elle, il la flattera, il la déchaînera! S'il faut désunir ce que le même sceptre a uni et semer la défection, il le désunira sans scrupule et la
. sèmera. Ce ne sont pas là des affirmations téméraires, car il n*y a qa'à lire la Noie signée Usedom pour y trouver les projets de soulèvement de la Hongrie contre TAutriche et de descente de Garibaldi sur la côte orientale de l'Adriatique.
Au commencement de Tannée 1866, qu'ambitionnait, à cette époque, la Prusse? Elle ambitionnait de s'emparer du port de Kiel et de placer sous Tunité de son commandement militaire TAllemagne fédérale. Ce double but, la Prusse ne Peut point atteint si elle eût agi seule. QuVt-elle fait? Elle a cherché en Europe quel ambitieux mécontent elle pouvait se donner pour allié clandestin, et elle a trouvé le gouvernement italien, auquel il lui a suffi de dire dans le tuyau de Toreille : a Nous avons un ennemi commun; aidez-moi à le combattre, je vous aiderai à le vaincre; aidez-moi à le chasser.de TAlIemagne, je vous aiderai à le chasser de l'Italie; aidez-moi à prendre le Hanovre, que je convoite, je vous aiderai à prendre la Vénétie, que vous brûlez de posséder, t)
Maintenant que l'unité territoriale de l'Allemagne sous le gouvernement de la Prusse, sauf à transporter de Berlin à Francfort sa capitale, est une œuvre qui s'accomplira d'ellemôme sans qu'il soit besoin.de rien hasarder pour en hâter la maturité, qu'ambitionne le gouvernement prussien? II ambitionne de faire de l'empire germanique un grand Etat maritime. Il a dans la Baltique des ports qui lui ouvrent l'accès de l'océan Atlantique: que lui manque-t-il? Il lui manque dans l'Adriatique un port qui lui ouvre l'accès de la Méditerranée; il lui manque Trieste.
Il l'aura!
Il aura Trieste comme il a eu Kiel.
Ce sera, s'il n'est déjà conclu, l'objet d'un nouveau traité secret, ce sera Tobjet d'un nouveau marché ténébreux avec l'Italie, à laquelle il dira : « Je désire posséder Trieste au-
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tant que vous désirez posséder Rome ; entendons-nous comme nous nous sommes entendus le 8 avril 1866. Cette fois encore nous jouerons la partie à coup sûr, si nous la jouons bien. U y a en France un parti révolutionnaire que le renversement de la République romaine de 1849 par la République française, au mépris des termes formels de la Constitution du 4 novembre 1848, a profondément ulcéré; si son appui nous est nécessaire, chacun de nous deux, avec les moyens dont il dispose, agira pour se Tassurer et n'épargnera rien n .
Ce double coup qui menace dans Tombre TAutriche et la France est implicitement contenu dans la Note signée Usedom.
Aveugle qui ne Ty voit pas !
Qael est le moyen de le parer?
Nous n*en voyons plus qu*un seul, c*est de profiter de l'expérience qui a coûté si cher à TAutriche, afin de ne pas tomber dans la même faute que son aveugle optimisme lui a fait commettre; c'est de nous bâter au plus vite de rompre le lien qui attache Tltalie à la Prusse ; c'est de faire sans retard ce qui sera nécessaire pour que la première de ces deux puissances n'ait plus. aucun intérêt à rester unie à la seconde, c'est enfin de nous décider à abandonner Rome aux Romains, qui régleront, à leur gré, avec les Italiens la question de Yindépendance^ocale.àix Pape.
Si le gouvernement, dont le premier acte de politique extérieure a été l'expédition romaine de 1849, persiste dans la fausse route que cette impardonnable et peut-être irré« parable expédition lui a fait prendre, où cette fausse route le conduira-t-elle? Elle ne le conduira pas à mettre définitivement en sûreté la souveraineté locale du Pape, et elle le conduira à mettre inconsidérément en péril l'intégrité du territoire français.
Fùt-il lointain, ce péril est assez grand pour qu*on en fasse Tobjet constant des réflexions les pins sérieuses. Alors la divulgation de la Note clandestine de M. Usedom n*aura pas été un avertissement perdu et une inutile leçon de diplomatie donnée à la France par la Prusse.
liisez et méditez :
A S. Exe, M, le général La Marmara, président du
conseil, Florenee,
Florence, 17 jain 1866.
Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi de Prusse, a Thonneur de présenter à S. Exe. M. le général La Marmora, président du conseil et ministre des affaires étrangères, les observations suivantes :
u Dans peu de jours Tltalie et la Prusse, dans leur cause commune contre TAutriche, en appelleront à la décision des armes. Le gouvernement du roi, mon auguste maître, croit par conséquent de tonte urgence dVétablir dès à présent entre leurs mouvements militaires Tentente la plus stricte et la coopération la plus efficace. Si une action en commun et sur le même théâtre de guerre leur est interdite par les distances dans le commencement, il faudra chercher à y suppléer par la simultanéité des coups qu*on portera. Ainsi attaquée, TAu* triché devra d'abord partager ses forces ; elle ne pourra jamais se servir des mêmes réserves tantôt contre Tune, tantôt contre Tautre partie. Enfin les coups portés se feront sentir nonseulement sur le champ de bataille, mais au loin.
tt En premier lieu, le gouvernement du roi est persuadé que le commencement des hostilités en Allemagne sera suivi immédiatement de la déclaration de guerre italienne. La Prusse sonnait trop les sentiments de loyauté qui animent le gouvernement du roi Victor-Emmanuel pour en douter. Hais
cette solidarité et simuUanëité d^action devront, selon les ¥nes du gouvernement prussien, se continuer et se reproduire dans tout le cours de la campagne; en bons alliés, les deux puissances devront vouer à leurs opérations respectives un intérêt constant et réciproque* Cette tendance sera approuvée et partagée, comme la Prusse aime à le supposer, de la part du gouvernement italien.
» Le système de guerre pour la campagne prochaine, que la Prusse propose à Tltalie, est celui de guerre à fond. Si au commencement le sort des armes leur était propice, tes deux alliés ne s*arrêteront point aux obstacles intermédiaires ; ils chercheront plutôt à pousser leur adversaire dans ses derniers retranchements et jusqu*à ses dernières ressources.
» Ils ne se contenteraient pas après une victoire d'occuper tel territoire qu'une paix favorable pourra leur faire garder. Au contraire, et sans égard pour la configuration territoriale future, ils tâcheront avant tout de rendre la victoire définitive, complète et irrévocable.
n Une telle défaite infligée à' l'adversaire par leurs efforts réunis leur donnerait, à chacun dans sa sphère, un ascendant moral et politique infiniment supérieur au gain matériel qui devrait également en résulter. Ainsi la Prusse ne devrait pas songer aux obstacles que la nature ou Tart opposent depuis Linz jusqu'à Cracovie; elle poussera résolument vers Vienne les succès qu'elle pourra obtenir.
n Quant aux opérations analogues des forces italiennes, on ne s'occuperait pas à faire le siège du quadrilatère, on préférerait de le traverser ou de le tourner pour battre l'armée en rase campagne. Il y a peu de doute que, vu surtout les proportions numériques, l'armée italienne va se trouver en peu de temps en possession du pays vénitien, Venise, Vérone et Mantoue exceptées, et dont les garnisons, il est vrai, devraient être paralysées par des corps d'observation d'une force considérable.
1) Les généraux italiens seront indubitablement lesmeilleurs juges des opérations dont il s*agit. Cependant, pour aller à Tunisson avec la Prusse, il faudra que l'Italie ne se contente pas de pénétrer aux frontières septentrionales de la Vénétie : il faut qu'elle se fraye le chemin vers le Danube, qu'elle se rencontre avec la Prusse au centre même de la monarchie impériale, en un mot, qu'elle marche sur Vienne. Pour s'assurer la possession durable de la Vénétie, il faut d'abord avoir frappé au cœur la puissance autrichienne.
T) Quelles seraient les conséquences si l'Italie voulait restreindre son action militaire à Udine ou à Bellune pour s'occuper ensuite du siège des places fortes? Elle arrêterait inévitablement la guerre entière; car elle permettrait à l'armée autrichienne de se retirer tranquillement vers le nord pour renforcer les armées impériales contre la Prusse. A l'aide peut-être de la Bavière, ses forces réunies pourraient arrêter l'offensive prussienne et la réduire à une défensive obligée. Frustré ainsi des résultats de ses précédents succès, on conclurait peut-être une paix, laquelle, tant pour la Prusse que pour l'Italie, ne répondrait nullement aux idées primitives ni aux immenses sacrifices qu'on s'était imposés. Pour éloigner cette triste éventualité, qui tôt ou tard contraindrait les alliés à recommencer leur œuvre, la Prusse ne croit pouvoir insister assez vivement sur la nécessité de pousser l'offensive des deux côtés jusqu'aux dernières limites, c'est-àdire sous les murs de la capitale.
)) En admettant pour un moment la possibilité contraire et en envisageant en particulier la position de la Prusse, la coopération de l'Italie lui aurait fait, en effet, plus de mal que sa neutralité absolue. La neutralité aurait du moins retenu dans le quadrilatère et paralysé, au profit de la Prusse, toute une armée autrichienne : la coopération victorieuse, mais mal comprise et arrêlée dans sa carrière, refoulerait cette même armée contre la Prusse, et cette dernière
aurait moins de chances avec que sans son alliance italienne. Hais le goa¥ernenient da roi, mon auguste maître, se repose avec la plus entière confiance sur la loyauté de son allié pour écarter toute possibilité d'une pareille éventualité.
» Toutefois, sous le rapport stratégique, la marche sur Vienne de Tarmée italienne pourrait paraître dangereuse; Téchelle d'opérations semblerait trop longue, les ressources trop loin.
» Hais à mesure qu'on s'approche de l'armée prussienne le danger diminue et la victoire finale devient de plus en plus probable.
» D'ailleurs, il existe une agence infaillible pour assurer aux deux armées la coopération la plus efficace sur un ter'-' rain commun : ce terrain est la Hongrie.
n Le gouvernement prussien a fait étudier dernièrement
avec soin la question hongroise; il a acquis la conviction
que ce pays, sotUenu également par t Italie et par la Prusse,
leur servira, à son tour, comme chaînon de ralliement et
comme appui stratégique. Qu'on dirige, par exemple, sur
la cote orientale de F Adriatique une farte expédition qui
n'affaiblirait en rien Varmée principale, parce qu'on la
prendrait pour la plupart dans les rangs des volontaires,
en les mettant sous les ordres du général Garibaldi.
D'après tous les renseignements parvenus au gouvernement
prussien, elle trouverait parmi les Slaves et les Hongrois
une réception des plus cordiule$; elle couvrirait le flanc de
l'armée s'avançant sur Vienne, et lui offrirait la coopération
et toutes les ressources de ces vastes contrées. Par contre,
les régiments croates et hongrois dans Varmée autrichienne
refuseront bientôt de se battre contre des armées qui ont
été reçues en amies par leurs propres pays. Du nord et des
confins de la Silésie prussienne, un corps volant, composé,
autant que possible, d'éléments nationaux, pourrait pénétrer
en Hongrie et y rejoindrait les troupes italiennes et les forces
nationales qui n*auraient pas tardé à se former. L* Autriche perdrait à mesure que nous gagnerions, et les coups qui alors lui seraient portés ne frapperaient plus ses extrémités, mais son cotur.
» Cest pour toutes ces raisons que le gouvernement prus^ sien attache une si haute valeur à V affaire hongroise et à Taction combinée sur ce terrain avec Tltalie, son alliée. Il propose au cabinet florentin de pourvoir en commun aux frais nécessaires pour préparer l*accueil des expéditions indiqoéeis et de leur assurer la coopération de ces pays.
9 Voilà ridée générale du plan de campagne que le soussigné , selon les instructions de son gouvernement ,. a Thonneur de soumettre au cabinet italien. Plus il s*applique aux intérêts généraux, plus il assure le rapprochement des deux armées vers une action commune, et plus le gouvernement du soussigné se flatte quMl trouvera auprès du gouvernement italien un accueil sympathique, et qu'il contribuera puissamment au succès de cette grande entreprise.
9 En priant S. Exe. M. le général La Marmora de vouloir rhonorer le plus tôt possible de sa réponse, le soussigné s'empresse de lui renouveler l'assurance de sa plus haute considération.
« Signé : UsEDOif* «