‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 152 sur 192 · L'ERREUR DES GOUVERNEMENTS PROVISOIRES · texte numérisé non relu

L'ERREUR DES GOUVERNEMENTS PROVISOIRES

de gouvernement véritablement préférée par les Espagnols? Gomment le sauroni-ils eux-mêmes? Est-ce donc chose si facile à discerner et à déclarer? S*il est vrai qu*il y ait monarchies et monarchies, républiques et républiques, la question se posera-t-elle entre une monarchie constitutionnelle nettement définie et une république fédérale non moins nettement définie , et respectant scrupuleusement — son titre l'indique — toutes les autonomies provinciales, toutes les libertés communales ?

Le Jendemain de la révolution qui a renversé un trône et une dynastie, qui dit logique dit République et qui dit Monarchie dit inconséquence ; car il n*est au pouvoir d*aucune dynastie de donner à une nation plus de garanties que la dynastie renversée. Est-ce que Tinconnu n'est pas ce qui caractérise essentiellement l'hérédité? Qui sait, qui peut savoir ce que sera et comment gouvernera Théritier d*un trône le jour oti la couronne lui sera posée sur la tète et le sceptre placé entre les mains? L'exemple de « l'innocente Isabelle » est là pour l'attester.

Le maintien d'une monarchie découlant du droit divin peut s'expliquer historiquement; le rétablissement d'une monarchie découlant du droit populaire ne saurait s'expliquer logiquement.

La seconde interpellation que m'adresse M. Baudrillart est la suivante :

Est-ce que Mirabeau et Sieyës, les deux hommes qui avaient le plos la capacité souveraine, n*ont *pas échoué ^ Tœuvre d'organisateurs? Est-ce qu'il appartient à un individu de faire accepter, si supérieur, si puissant qu*il soit, une constitution politique de toutes pièces?

Je réponds :

Si Mirabeau, et plus particulièrement Sieyës, ont échoué,

c'est qu'ils avaient puisé dans la lecture du Contrat social de J.-J. Rousseau les notions les plus fausses sur la souveraineté du peuple. Ce livre, où Terreur se mêle si habilement à la vérité qu'il est difficile de distinguer Tune de Tautre, a exercé et exerce encore une influence funeste. Pour les penseurs qui vont au fond des choses et qui ne se laissent pas duper par Timposture des mots, la question n'est plus, la question n'est pas de remplacer la domination d'un seul, dite le droit divin, par la domination de tous, dite le droit populaire; la question, c'est de mettre fin à toutes les dominations quels qu'en soient l'origine et le nom; la question, c'est de tracer entre la liberté et le pouvoir une ligne que la nature des choses rende infranchissable.

Ainsi réduit à ces termes, le problème à résoudre est ce qu'il y a de plus facile, et le mécanisme à imaginer ce qu'il y a de plus simple, puisqu'il ne s*agit plus que de rendre inviolable la liberté de tous et de chacun dans son acception la plus étendue. Pour cela point n'est besoin d'une a constitution politique de toutes pièces » ; point n'est besoin d'un inventeur de génie; il suffit d'un simplificateur de bon sens. L'écueil, c'est l'ingénieux et le compliqué; rien de compliqué, rien d'ingénieux. La meilleure constitution serait celle qui se bornerait à cette déclaration sommaire :

La liberté étant la loi naturelle de l'homme, il n*y pourra être porté atteinte par aucune loi positive. Sont abrogées de droit et de fait toutes les lois existantes qui la restreignant ou la violent.

La chose publique est administrée par. Un , sous le contrôle de Tous.

Que gagnerait cette constitution à être votée par une Assemblée constituante ? Quelle Assemblée constituante se résignerait à voter une constitution à la fois si simple et si poissante ?

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