LES ÉTATS-UMS IBÉRIQUES
6 novembre 1868.
L'Union américaine vient de donner à Washington, à Adams, à Jefferson, à Madison, à Abraham Lincoln un successeur digne d'eux; elle vient d'élire président des Etats- Unis le général Grant.
Puisse cet exemple des Américains faire réfléchir mûre* ment les Espagnols, dont l'indépendance date du 19 septejnbre 1868! Pour fonder les Etats-Unis ibériques, les Espagnols n'ont que l'embarras du choix entre candidats à la présidence de la République fédérale leur donnant toutes garanties. Qui connaît, comme nous, les sentiments chevaleresques du général Prim, le modeste désintéressement et l'absence d'ambition du maréchal Serrano, ne peut douter qu'ils ne mettent l'un et l'autre leur honneur à imiter scrupuleusement Washington et à l'égaler! Cependant, si les Espagnols, ne voulant en blesser aucun, étaient embarrassés de choisir entre leurs trois libérateurs, se nommant le général Prim, le brigadier de marine Topete et le maréchal Serrano, qui empêcherait de commencer par élire le maréchal Espartero? H serait la première assise de l'édifice ré-
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pnblîcain. Le maréchal Espartero président des Étals-llDis ibériques, ce serait tout simple; don Baldomero I*' roi d'Espagne, ce ne serait ni sérieux ni durable. Mais si TEs* pagne, nous le répétons, D*a que Tembarras du choix* entre candidats dignes d^elle à la présidence de. la République fédérale, c'est le contraire qui a lieu entre candidats à la couronne d'Espagne. Ou nous nous trompons fort, ou tout prétendant, hormis le jeune prince des Asturies, s'il commençait par se poser candidat du suffrage universel, ne tarderait pas à être le candidat de la guerre civile. C'est pourquoi nous persistons à penser que la logique des choses, triomphant de l'inconséquence des hommes, aboutira fatalement, en Espagne, tôt ou tard, à l'établissement de la république fédérale, laquelle aurait dans l'avenir l'avantage de permettre à TEspagne et au Portugal de s'unir fédéralement, sans que ni T Espagne ni le Portugal renonçassent à la plénitude de leur autonomie. Il n'y aurait en Portugal qu'un roi de moins.
Si c'est le mot république qui divise les partisans de la moDarchie élective et ceux de la république fédérale, il n'y a qu'à immoler, sans hésiter, sur l'autel de la patrie, le mot république, et qu'à s'écrier :
Viva la Confederacion espanola!
Au lieu de :
Viva la Confederacion republicanal
Toute royauté est essentiellement unitaire et centralisatrice : l'avantage qu'offrirait à tous les Espagnols jaloux de la conservation de leurs fueros une confédération espagnole avec un président fédéral, c'est qu'au lieu de menacer leurs libertés locales, il en serait le protecteur.
Rien n'empêcherait même que l'élu, soit 'du suffrage universel, soit des Cortés constituantes, n'en reçût le titre et ne s'appelât : El protector de la Confederacion espanola.
^44 LA RÉVOLUTlélVr DU 19 SEPTEMBRE 1868.
Pourquoi pas ?
. Est-ce que ce titre : le Protecteur, ne fut pas celui qu'illustra Cromwell au temps où T Angleterre fut une république ?