LA LIBERTÉ PONDÉRÉE
Tacte et la parole qui tient en saspens la France inquiète et TEurope anxieuse.
Que le gouvernement français mette d*accord ses paroles avec ses actes on ses actes d'accord avec ses paroles, et le nuage chargé d'électricité et d'obscurité s'éclaircira !
Noos ne demandons pas au gouvernement impérial d'être habile. Nous lui demandons uniquement d'être sincère.
Qu'il soit sincère, et qu'il prenne le parti qu'il voudra !
Mais si c'est la guerre,. qu'il agisse énergiquement, ouvertement, en conséquence, et qu'il cesse de nous déclarer que c'est la paix !
Et si c'est la paix, qu'au lieu d'augmenter démesurément l'armée il la réduise résolument I
Nous ne vivons plus au temps où la ruse trompait aisément tout le monde et n'inquiétait profondément personne ; maintenant c'est le contraire qui a lieu : elle ne trompe personne et inquiète tout le monde.
C'est qu'en réalité il n'y a plus d'autre politique sérieuse que la logique.
Cest qu'il faut* avoir raison devant la raison.
LA LIBERTÉ POKUÉRÉE.
9 jtnfiflr 1868.
Entre la liberté réglementée et la liberté pondérée il y a toute la différence qui existe entre le naturel et le factice, entre la perle vraie et la perlff fausse, entre le génie qu'on apporte avec soi en naissant et le talent qui s*acquiert en travaillant.
Lorsque la liberté est réglementée elle n'est pas la liberté, elle est la réglementation.
Lorsque la liberté est le fait sans être le droit, elle n*est pas la liberté, elle est la tolérance ; elle n'est pas la liberté réglée, elle est le pouvoir tempéré.
Lorsque la liberté est ledroit duquel découle le fait, toutes les libertés qui en constituent Tunité, Tindivisibilité, Tinviolabilité, la puissance, rharmonie, Téquilibre, se font naturellement contre-poids et correctif Tune par Fautre. Il n'y en a aucune qui soit, qui puisse être prépondérante ou menaçante, car toutes les libertés qui seraient subordonnées on menacées se ligueraient immédiatement contre elle pour la contenir; cette liberté se nommât-elle la liberté de la presse, la liberté de réunion ou la liberté de FÉglise (1).
Que la liberté se réglant elle-même et elle seule, sans autres lois que Tévidence des choses et Texpérience des hommes ; que la liberté pondérée, que la liberté une et indivisible, inaliénable et imprescriptible, ne règne encore souverainement en aucun pays, pas même aux États-Unis, nous ne le nions pas; mais qu'est-ce que cela prouve? Est-ce que le sort de toute vérité n'a pas été d'être qualifiée erreur jusqu'au jour ob l'imposture a été unanimement reconnue? Estce que la terré avait gardé l'immobilité depuis le commen-
(1) Les Etats-Unis traversent depuis qoelqne temps nne crise religieose dont i 1 est encore difBcile de prévoir le résultat définitif, mais qui s'atteste dès à présent par des symptômes qni ne sont pas dépourvus de gravité. L'indipendaMê absolue des Églises du nouveau monde les amène rapidement à dégager les eonsi» quences pratiques des théories bonnes ou mauvaises qui constituent leurs dogmes,
Anz États-Unis, comme ailleurs, la politique est forcée de compter avec la religion, et celle-ci créerait bientôt des difficultés aux gouvernants si les confasMU qui se disputent la suprématie n'ankihilaunt néciPBOQUiUBNT LBua nFLUBXCB par leur grand nombre et par les concessions quelles sont obligées de faire au» opinions courantes, afin de maintenir leur crédit.'
(Moniteur universel, l^' novembre 1868.)
Après cet aven si lumineux consigné dans son journal ofBciel, comment le gouvernement français ne se hftte-t-il pas, toute antre affaire cessante, d'importer en France la pondération de la liberté, c*est4-dire la liberté trouvant en elle-même ses contre-poids? E. ob G.