L'ACHÈVEMENT DES CHEMINS VICINAUX
penses qui ont été inconsidérément, les unes départementali" séeSj les autres nationalisées; deuxièmement, à centraliser, c'est-à-dire à nationaliser tous les chemins de terre ramenés au ifiNiMUM de largeur, sans distinction entre routée impériales et routes départementales de diverses classes, entre chemins vicinaux de grande communication, chemins vicinaux d'intérêt commun et chemins vicinaux ordinaires.
Depuis les chemins de fer, tendant à multiplier leurs rameaux, et depuis les chemins d'eau (canaux), le roulage et les diligences ayant perdu la plus grande partie de leur importance, que signifient toutes les classifications arbitraires de routes et de chemins? La largeur nécessaire au chemin vicinal, judicieusement et définitivement fixée, suffit à la route, sous quelque nom qu'elle soit classée.
Ce qui importe, ce n'est pas la largeur d'une route ou d'^un chemin : c'est la modération dé ses pentes, c'est surtout son bon état d'entretien. Des chemins étroits coûtant moins cher à ouvrir, à empierrer, à entretenir que des chemins larges, les meilleurs chemins, ce sont les chemins ne dépassant pas la largeur nécessitée par le libre passage de deux voitures allant et venant en sens contraires, avec gares d'empierrement de distance en distance et .place suffisante pour la circulation des piétons.
Que tous les hommes compétents y réfléchissent mûrement, et ils reconnaîtront que le seul moyen efficace de décentraliser les communes de France, de les afiranchir de la tutelle qui les énerve, c'est de centraliser tous les chemins de terre, de telle sorte qu'ils soient aux chemins de fer ce que sont les veines aux «artères !
'l^hésitation générale.
15 juin 1868.
Dans la préface de son troisième volume intitulé Méditations sur la religion chrétienne, M. Guizot dépeint en quelques lignes d'une grande justesse ce sentiment qu'il nomme rhésitation générale :
J*ai touché à toutes les grandes questions qui agitent les esprits et les sociétés : questions du droit des gens, questions d^organisation politique, questions d'état social, questions de croyance religieuse. J'ai rencontré partout deux faits, partout les mêmes, une grande complication et une grande incertitude dans les idées et dans les efforts. Rien n'est simple; personne n'est décidé. Tous les problèmes et tous les doutes pèsent à la fois sur la pensée et sur la volonté. L'ambition est immense et infiniment variée; Fhé- Àitation est générale.
Oui, Tauteur de Y Histoire de la civilisation a raison de le penser et de le dire : Thésitation est générale; mais, s'il en est ainsi , n'a-t-il pas à s'accuser d'avoir contribué pour une large part à cet état persistant de fatigue et d'incertitude qui se manifeste dans la société?
Premier ministre de fait, puis premier ministre de nom pendant huit longues années, de 1840 à 1848, lorsqu'il était en présence des questions qu'il avait élevées si haut dans la chaire et à la tribune par la puissance et la majesté de sa parole , et qu'il lui fallait prendre une décision à l'effet de convertir ces questions soit en actes, soit en lois, ne les a-t-il pas toutes rapetissées au lieu de les grandir? Qui plus que lui a semé l'hésitation et l'incertitude en donnant le spectacle désenchanteur d'un grand penseur, d'un grand orateur, d'un grand écrivain qui , ayant dans les mains les destinées d'un pays et les destinées d'un siècle, n'a abordé
L'HÉSITATIO.V GÉNÉRALE. 469
résolâment aucnh des problèmes de son temps , n*en a résolu aocnn et n'a pas fait faire à la science politique le plus petit progrès ! Ce quMl y a de moins conservateur et de plus révolutionnaire, c'est l'impuissance sous les dehors d'un immense pouvoir. La révolution de 1848 n'a pas eu en réalité d'autre cause que cette impuissance qui était devenue si évidente qu'elle apparaissait à tous les regards , même aux moins clairvoyants.
Cette leçon du passé sera-t-elle perdue pour l'avenir? L'exemple de M. Guizot n'apprendra-t-il rien à M. Rouher?
L'hésitation générale est l'indication certaine qu'il est nécessaire de prendre une détermination suprême.
La centralisation est une force qui se change en péril lorsqu'elle n'est pas utilisée.
Ou il faut, sous peine d'une quatrième explosion, que la France renonce à la centralisation , ou il faut que son gouvernement fasse servir cette centralisation à l'accomplissement de grandes œuvres.
Nous ne dirons pas : La décentralisation ou la mort! mais nous dirons : La décentralisation ou le génie!
Telle est l'alternative écrite au fond des choses pour qui sait y lire.
Lorsque la centralisation ne conduit pas glorieusement à la conquête et à la domination , elle conduit fatalement à la révolution et à la dictature.
Aussi longtemps que la centralisation régnera en France , il ne faut pas espérer que la liberté y règne. L'une exclut l'autre. Mais pour que la liberté s'y établisse , comment fautil y opérer la décentralisation ?
Cette question n'était-elle pas plus importante que celles de la non-adjonction des capacités, de la non-extension des incompatibilités ou de la négociation des mariages espagnols?
Qu'en pense aujourd'hui M. Guizot?
Cette question n'est-elle pas encore plus importante et plus
urgente que celle de savoir s'il vaut mieux* que la responsabilité des ministres demeure individuelle ou redevienne collective?
De 1815 à 1848 elle a été collective; quels fruits a-t-elle portés?
De 1851 à 1858 elle a été individuelle; quels fruits meilleurs ou moins bons a-t-elle portés ? Par quelle différence se distinguent-ils ?
Veut-on sérieusement que Thésitation générale signalée par M. Guizot se dissipe?
Le moyen, c'est d'en finir avec tous les lieux communs, avec tous les vieux clichés sur l'union de l'autorité avec la liberté , union impossible ; c'est de se rendre rationnellement compte de ce que doit être la liberté et de ce que doit être le pouvoir ; c'est de faire équitablemenl et irrévocablement la part de l'Individu, de la Commune et de l'État; c'est, enfin, de s'élever au-dessus des passions surannées de toute la hauteur des idées justes.
L'ignorance des peuples est le nid de leurs passions ; veuton les vaincre sûrement , il n'y a qu'à la détruire. Si les anciens partis ont conservé en France toute leur forcé, le gouvernement doit s'en prendre à lui seul. Il lui eut été si facile de les désarmer complètement !
Que fallait-il ?
Un peu de génie ou beaucoup de liberté.
Alors la confiance eût été partout et l'hésitation nulle part.
Ce même volume renferme ces deux lettres : Lettre de M. Cousin à M. Guizot.
!«' juin 1866.
Mon cher ami,
Dès que j Vus reçu votre livre, je qie suis hâté de le lire, et je