L'ABROGATION DE L'ARTICLE
Ni profits ni gloire.
Quel gré la Prusse nous a-t-elle su de la a neutralité attentive yi que nous avons gardée en 1866, et qui lui a permis de frapper TAutriche au cœur, de voler le Hanovre, d'asservir la Saxe et d'enrégimenter Bade, la Bavière et le Wurtemberg?
Pas le moindre gré; Topposition que le gouvernement prussien a faite, en 1867, à l'acquisition pécuniaire du Luxembourg par la France est là pour l'attester.
De la justesse incontestable de ce parallèle, tracé sans esprit de dénigrement, entre les deux années 1848 et 1868, la conclusion que nous tirons, c'est qu'il n'est pas possible que TEmpire, qui doit la- naissance au coup d'État du 2 décembre, ne médite pas et ne prépare pas un coup d'Éclat qui fasse pencher de son côté la balance, qui penche si visiblement du c6té opposé.
Or le coup d'État n'a dans les mains qu'un coup d'Éclat à tenter : c'est de rendre à la France ses limites de 1801, ses limites naturelles, ses limites nécessaires, ses limites sans lesquelles elle sera condamnée à perpétuité à l'entretien d'une force militaire de quinze cent mille hommes absorbant tout entière la génération de vingt à vingt-neuf ans.
Puisque le désarmement européen n'est plus possible que par un grand acte de virilité militaire, le plus tard sera le pire et le plus dangereux, le plus tôt sera le mieux et le plus prudent.
L^ABaOGATION DE l'ARTICLE 1781.
5 août 1868.
L'article 1781, qui a été abrogé à l'unanimité dans l'une
des dernières séances du Corps législatif, était conçu en
ces termes :
Le maître est cru sur son affirmation, — pour la quotité des gages; — pour le payement du salaire de Tannée échue, — et pour les à-compte donnés pour Tannée courante.
Cette abrogation, proposée en avril 1850 par M. Nadaad, représentant du peuple, et repoussée par la majorité de TAssemblée nationale,' est approuvée en ces termes par M. Hérold, avocat à la cour de cassation :
Nous n^avons pas assez souvent Toccasion de louer une loi nouvelle pour laisser échapper celle qui s^offre à nous aujourd'hui. Non-seulement le principe de la loi est bon, mais sa rédaction est excellente : V article 1781 est abrogé. C'est court, mais comme c'est clair! Il est impossible de se tromper sur la volonté du législateur. Le législateur a voulu purement et simplement détruire..., et il a détruit; il a supprimé Tarlicle 1781, sans rien mettre à la place. Voilà certes qui désolera ces hommes sages qui ne manquent jamais de demander par quoi Ton remplacera les institutions que Ton propose de renverser. Mais c'est d'un bon exemple. Les trois quarts des progrès à faire n'exigent pas d'autre formule : tel article, tel décret, telle loi est abrogée. Ne désespérons pas de voir le procédé s'étendre plus loin encore, et d'avance applaudissons à ces votes de l'avenir :
Les lois contre le droit de réunion s^nt abrogées ;
Les lois contre le droit d'association sont abrogées ;
Les lois contre la presse sont abrogées ;
Etc., eit.
Ce que dit M. Herold sur les textes de loi qu'on pourrait détruire sans rien mettre à la place est parfaitement juste.
Quel précieux travail ce serait que celui dans lequel un avocat qui aurait des loisirs rechercherait et indiquerait toutes celles des dispositions de nos Codes et de nos lois dont .Tabrogation devrait être prononcée par la liberté et la civilisation ! Si pour encourager un tel travail il fallait fonder et décerner un prix, le premier journal qui s'inscrirait serait la Liberté,