‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 173 sur 192 · LA VÉRITÉ OUTRAGÉE · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ OUTRAGÉE

LA viRITi OUTRAGÉE.

S7 août 1868.

Maladroits sont les amis qui raniment certaines questions qu*il est sage et prudent de laisser s'amortir dans Toubli I Maladroits sont les amis qui , dénaturant les faits , imposent à la vérité le devoir de les redresserl Maladroits sont les amis qui, accusant injustement le passé, le mettent en demeare de se défendre avec toutes les armes que lui donne la justice indignée I Du nombre de ces maladroits amis sont les rédacteurs du journal la France, lorsque, aprè% avoir faussement qualifié FEmpereur des Français, Napoléon III, de a véritable chef du parti libéral, à qui sont dues toutes « les libertés progressives n , ils insistent, dans un nouvel article intitulé : la VÉRrrÉ historique , sur une qualification que démentent tous les faits et contre lesquels protestera Thistoire.

Selon le journal la France :

La liberté en 1848 a sombré dans Tanarchie. Ce n*est pas la dictatore du pouvoir personnel, c'est Tarrêt solennel du suffrage universel, c'est la voix presque unanime du pays, qui, pour sauver la société contre le flot montant de la démagogie, a proclamé fa Constitution de 1852 comme une nécessité de salut public.

n n'est pas vrai de dire, il est imprudent de dire que tt la liberté en 1848 a sombré dans F anarchie. »

Si elle eût sombré dans Tanarchie, est-ce que, du 27 octobre au 10 décembre 1848, j'aurais eu le droit et le moyen d'accuser, ainsi que je Tai fait, en toute conviction, le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, d'avoir été le véritable auteur des journées de juin? Est-ce que j'aurais eu

le droit et le moyen de défendre avec toute l'ardeur que j*y

ai mise la candidature du prince Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République? Est-ce que tous les électeurs sympathiques à cette candidature auraient pu se réunir comme ils se sont réunis, sans restriction aucune, sans obstacle aucun, aussi bien dans les campagnes que dans les villes? Est-ce qu'ils auraient osé, est-ce qu'ils auraient pu voter au nombre de cinq millions et demi contre quinze cent mille seulement? Est-ce que Tamcndement Grévy ou Tamendement Leblond ne se fût pas imposé par la crainte & la majorité de l'Assemblée constituante, délibérant alors sur la Constitution?

Ingrats qui déshonorez la liberté, votre mère, est-ce que, si elle «avait cessé d'exister à l'époque que vous dites, vous seriez nés le 10 décembre 1848?

La preuve que vous mentez, c'est votre naissance.

Fils de la liberté, vous pouvez renier votre mère, vous pouvez l'outrager, vous pouvez la frapper, vous pouvez l'enchainer, mais vous ne pouvez pas faire que ce ne soit pas elle qui vous ait enfantés, au péril de sa vie !

Par respect pour vous-mêmes, cessez donc de tenir un langage qui, s'il était vrai, serait la flétrissure de votre origine I

Cessez, comme vous le faites dans vos artictes, d'exalter le 2 décembre 18511

Est-ce que le 2 décembre 1851 la liberté de la presse, la liberté de réunion existaient et fonctionnaient ainsi qu'elles avaient existé et fonctionné en 1848?

Est-ce que le 2 décembre 1851 les hommes les plus considérables de France, presque tous sans exception, n'avaient pas été conduits à Mazas en voitures cellulaires?

Est-ce que la censure la plus ombrageuse, la plus méticuleuse, la plus impitoyable, n'avait pas été établie sur ceux-là même des journaux qui par leur souplesse avaient trouvé grâce devant le coup d'Etat et échappé à la suppres-

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