L'EMPEREUR
rapetissée, ainsi que l'atteste la carte sur laquelle celui-ci a obstinément refusé d'apposer sa signature.
Un jour, la veille du 19 janvier 1867, j'ai cru que l'Empereur allait recouvrer lui-même la liberté en la restituant à la France ; mais une nuit a suffi pour dissiper cette erreur de mon esprit, enclin à la confiance.
Sans la liberté de la presse et la liberté de réunion, comment un souverain saura-t-il la vérité? Qui la lui dira? Qui aura qualité pour la lui dire? Seront-ce ses aides de camp, ses chambellans, sesécuyers?De leur part, ce serait manque de convenance et non preuve de sincérité. Seront-ce les prétendants à la succession des ministres attaqués? Mais tout prétendant qui accuse n'ajque le sort qu'il mérite quand il est récusé. La liberté de la presse et la liberté de réunion étant les deux seuls moyens qu'un souverain ait de démêler la vérité, que tant de gens ont intérêt à lui cacher, c'est à lui surtout qu'elles sont utiles; cqpséquemment , c'est à lui d'empêcher qu'il n'y soit porté aucune* atteinte. Peut-être d'injurieuses personnalités paraissant audadîeuses feront-elles ombre un moment à la lumière de la presse, mais il suffira de leur opposer l' imper turbabilité du dédain pour que ce moment soit court, que la lie dépose et que se fasse la limpidité de la vérité, dégagée de toute offense et de toute rancune.
Si la liberté de la presse et la liberté de réunion, Tune servant à l'autre de correctif et de contre-poids, eussent existé, très-certainement elles eussent empêché d'irréparables fautes commises; elles eussent empêché, notamment, l'occupation du Mexique. Mais à quelles grandes choses accomplies eussent-elles fait obstacle?
Ces grandes choses accomplies, quelles sont-elles ?
Les vanter après boire sans les préciser, comme l'a fait M. Magne, ministre des finances, au diner du conseil général de la Dordogne, est plus facile que de les préciser sans les vanter.
il n^est pas vrai de dire que la veille du 2 décembre 1851 la société était menacée, et que le coup d'État Ta sauvée.
Le 10 décembre 1848 l'autorité avait été si solidement constituée sur sa base nouvelle, la base républicaine, que du 10 décembre 1848 au 2 décembre 1851 rien n'avait réussi àTébranler, ni l'expédition romaine de juin 1849, ni la loi du 31 mai 1850. Voilà ce qu'écrira l'histoire!
La justiOcation du coup d'État ne saurait exister que dans la conscience et les intentions de celui qui contre la réussite a risqué sa vie.
Je crois fermement que ce coup d'État, l'Elu du 10 décembre ne l'eût pas entrepris s'il n'eût pas eu la conviction profonde qu'il le glorifierait par ses œuvres. Effectivement, il y avait de grandes choses à entreprendre et à accomplir!
Il y avait d'abord à faire avant tout un gouvernement qui fût neuf, un gouvernement qui ne fût pas rapiécé, un gouvernement qui fût le pouvoir sans être le despotisme, et la liberté sans être le parlementarisme, un gouvernement qui, pour toute Constitution, fût le Plébiscite dans toute sa puissance et dans toute sa sincérité.
Il y avait ensuite soit l'Union européenne à fonder par la paix, soit rUnité géographique de la France à rétablir par la guerre.
Si ses intentions louables n'ont été. que des intentions stériles, c'est qu'il ne suffit pas de vouloir, il faut savoir.
Or, ce que l'Empereur ignore, ce sont les moyens d'exécution de la fin qu'il veut, de la fin qu'il rêve< Aussi rien n'est-il plus facile à cet égard que de le tromper. Il suffit de lui dire que ce qu'il a prescrit a été exécuté selon sa volonté, il le croit. Ce qui, par sa faute, aura manqué à l'Empereur, ce sont des ministres qui , au lieu d'être réfractaires à sa pensée, y fussent sympathiques et s'appliquassent à la déve*lopper, à la grandir, au lieu de s'appliquer à l'étioler, à la rapetisser.