‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 180 sur 192 · L'IMPUISSANCE DE L'ARBITRAIRE · texte numérisé non relu

L'IMPUISSANCE DE L'ARBITRAIRE

La conclasioD de cette étude impartiale» c'est que la grandeur échappe à celui qui la poursuit quand, trop jaloux d'elle, il craint de la partager. La grandeur ne serait qu'un nom mensonger si elle était si bornée qu'il n'y en eût pas une part pour chacun de ceux dont elle serait l'œuvre commune.

l'impuissance de l'arbitbaire.

Je n* coiiBtit qu'on mojca de ftin «lécoter U» défesM* : e'eft d'en faire peu.

LftMoraiOH Di Haushubu, 1769.

11 Mptembre 1868.

Un -de nos amis, ennemi de toute exagération, nous affirme que la Lanterne se vend à trente mille exemplaires en Belgique, d'où il revient, et ob elle est lue par tous ceux qui lisent un journal. La Lanterne est traduite à Berlin en allemand, et à New-York en anglais. Excepté en France, elle se vend partout publiquement et au prix coté. Voilà à quoi aboutissent les loi$ de répression et de proscription contre la liberté de la presse! Elles aboutissent à faire lire avec avidité et à tout prix ce que l'insouciance eût laissé passer Mns se convertir en curiosité.

La Lanterne n'eût pas paru si des ministres arriérés de plus d'un siècle n'eussent pas supprimé V Evénement, journal littéraire, ce qui l'a contraint de changer de titre et de se nommer le Figaro; si, après qu'il se fut appelé le Fîyaro^ ils ne l'eussent pas judiciairement réduit à l'alternative ou de cesser de paraître ou de devenir politique, et, dans ce cas, obligé de verser un cautionnement et de se faire maculer tous les matins par le timbre ; si , ayant satisfait à toutes les conditions qui garrottent la liberté de la presse en France,

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ils n*eussent pas imposé à M. de Villemessant l'obligation de se priver «lu concours de M. Rochefort, le plus recherché de ses chroniqueurs.

La Lanterne ayant paru, il y avait à opter entre ces deux conduites :

La première conduite, celle que Ton a tenue : interdiction de la vente sur la voie publique, poursuites sur poursuites, procès sur procès, condamnations sur condamnations, ayant pour effet de ranger dans les mêmes balances, les balances de Thémis, vulgairement appelée la Justice, plateau de droite « Tempereur Napoléon III; plaleau de gauche, M. Henri Rochefort.

La seconde conduite, celle que Ton s'est bien gardé de tenir : dédain systématique, dédain imperturbable, dédain absolu de toutes les personnalités, les unes spirituelles, les autres injurieuses, qui avaient déjà trouvé ou qui trouveraient place dans la Lanterne contre Theureux auteur du Coup d'État du 2 décembre, a sorti de la légalité pour rentrer da^fis le droit ». — Ce sont ses paroles.

Par la première de ces deux conduites, le gouvernement actuel a donné la mesure de son impuissance, car plus il poursuit en France la Lanterne, plus il en augmente le succès, non-seulement en Europe, mais encore dans les autres parties du monde.

Par la seconde, Tuniversitaire de Ham, couronné sous le nom de Napoléon ill, empereur des Français, imitant et égalant le roi de Prusse, Frédéric le Grand (1), eût donné la

(1) « Conaldéré coanne adaiiaiftlr:ateiur, Frédéric a4le« titres ioeontettablef à DOS éloges. Un ordre admirable régna coDstamment dans toute Tétendae de ses domaines, la propriété jouissait d'une sécurité parfaite. Chacun avait le droit d'eiprimer et même d'écrire son opinion. Gonflant dans la sécurité que lui assurait son armée en cas de jutte, le roi tra^a toujours les mécontents et les pamphlétaires avec un sage dédain, et il n'accorda que de très-faibles encouragements aux espions et aux délateurs. Lui annonçait-on qu'il avait perdu l'affection d'un de jes sujets, il se contentait de répondre : « De combien de milliers

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