LES FAITS ACCOMPLIS
lonté de la rétablir sur le trône, c^est prétendre subordonner à sa volonté personnelle la volonté nationale.
A quel titre?
La Gazette de France répond :
Aa nom des principes constitutifs d^un peuple.
Que signifient ces grands mots? Rien. Ils n*ont aucun sens; rhistoire Tatteste. Aussi les lignes suivantes de la Gazette de France doivent-elles être considérées moins comme une accusation que comme un aveu :
M. de Girardin n*est pas le seul, au reste, qui n'a d^autre doc'r Irine que celle qui engage à se rallier aux faits accomplis. Les masses sont assez portées à se rallier quand même à ce qui a réussi, et c'est là ce qui donne tant d'espoir aux révolutionnaires de tous rangs.
Les révolutionnaires , ce ne sont pas ceux qui acceptent loyalement les faits accomplis ; ce sont ceux qui ne les acceptent qu'à demi, juste ce qui est nécessaire pour ébranler, miner, renverser ce qui blesse leurs sentiments, leurs idées ou leurs intérêts.
Est-ce que l'opposition à outrance faite pendant dix-huit ans par M. Berryer au roi Louis-Philippe et à ses ministres, et plus tard à la République de 1848, n'a pas été celle du révolutionnaire le plus fougueux et le plus implacable?
Que la Gazette de France raye donc désormais de ses colonnes le mot « révolutionnaires», à moins qu'elle n'adopte le principe des faits accomplis ; car ne pas l'adopter, qu'on soit républicain ou qu'on soit légitimiste, qu'on se nomme le National ou qu'on se nomme la Gazette de France^ c'est être tt révolutionnaire » .
!^ll QUESTIONS DE L'ANNEE 1868.
13 décembre 1868.
Lorsqn^un fait est accompli, lorsqu'une loi a été définitivement votée et qu'il en reste une autre non moins décisive à voter, les Anglais, qui marchent à un but qu'ils sont pressés d'atteindre, ont-ils tort de ne pas perdre le temps à regarder derrière eux et à récriminer entre eux? Mon avis est qu'ils ont raison de regarder devant eux sans s'arrêter. Ce n'est qu'ainsi qu'on fait avancer les questions l'une après l'autre ; Ce n'est qu'ainsi que l'on gagne du terrain et que l'on conserve le lendemain le terrain gagné la veille. Donc, loin de blâmer MM. Gladstone et Bright d'avoir appelé à eux M. Lowe , et M. Lowe d'avoir répondu à leur appel , il faut hautement les en féliciter. De part et d'autre ils ont fait ce que leur prescrivait en ces termes la logique : « Qui veut la fin veut les moyens. » La, Jin du cabinet Gladstone étant l'abolition de l'Église anglicane , et l'un des moyens étant M. Lovire , il était judicieux d'oublier le dissentiment qui avait existé sur la dernière réforme électorale avant qu'elle fût un fait légalement accompli. M. Louis Blanc s'écrie :
Cest anglais !
Quand pourrons-nous dire :
C'est français!
Alors le fait accompli s'efiacera devant le fait à accomplir; alors on sera de son pays avant d'être de son parti; alors chaque homme sera choisi pour ce qu'il vaudra au moment où il sera choisi; alors ce sera le progrès, au lieu d'être la révolution; alors ce sera la liberté féconde et durable, au lieu d'être l'intolérance qui détruit tout et ne fonde rien, qui détruit la monarchie sans fonder la république, et qui détruit la république sans fonder la monarchie.
N'avancer jamais que pour reculer toujours, c*est français ; avancer toujours ponr ne reculer jamais, c'est anglais. Henreai Anglais I
A Monsieur ÉmUe de Girardih.
• Br^btoo, 14 décembr» 1868.
« Mon cher confrère ,
» Vous avez cité quelques lignes de moi signalant ce fait , que dans le ministère issu de la réforme parlementaire l'adversaire le plus violent de cette réforme, M. Lowe, figure à côté de son plus fougueux apôtre, M. Bright.
» Mais j'avais dit :
(c II est bien entendu que ce n'est pas en observateur enthousiaste que je constate ces façons de voir et d'agir. Je suis trop ^ mon pays pour ne pas faire mes réserves. »
D Cette phrase, vous ne Pavez pas citée. Je le regrette.
n Quelque vives que soient mes sympathies pour M. Bright, et précisément à cause de ces sympathies, je déplore qu'il ait consenti à être le collègue d'un homme qu'hier encore il dénonçait comme le calomniateur des ouvriers, comme le contempteur du peuple.
» Je ne vois pas ce que la morale publique peut gagner à de tels spectacles. Et c'est là un intérêt qui vaut bien qu'on ne le sacrifie pas à la consolidation d'un ministère et même au désir, d'ailleurs très-légitime, d'abolir l'Église établie d'Irlande.
» Nous avons, hélas I beaucoup à emprunter des Anglais
en matière de libertés et de garanties ; 'mais Texemple dont il s'agit n*esl pas, selon moi, de ceux qu'il convienne & notre pays dlmiter. En ce qui touche la préférence à donner aux principes sur les expédients, il est bon que la France de la Révolution reste elle-même.
9 Après vous avoir lu avec toute l'attention due à ce que vous écrivez, je garde ma conviction.
»*Vous êtes pour les faits accomplis.
» Je suis pour les faits dignes d'être accomplis.
» Votre dévoué confrère,
V Louis Blanc. «
A Monsieur Louis Blanc.
tt Et moi aussi, mon cher confrère, je serais pour lesfaits dignes d'être accomplis de préférence aux faits accomplis, s*il y avait un juge suprême pour les distinguer, les trier^ les séparer; mais ce souverain juge n'existe pas; ce que les uns approuvent d'autres le réprouvent, ce que ceux-ci réprouvent ceux-là l'approuvent. Tel qui glorifie la révolu* tion du 19 septembre 1868 en Espagne flétrit le coup d'État du 2 décembre 1851 en France; et tel qui a flétri le coup d'État du 2 décembre glorifie la révolution du 19 septembre. Cela est triste à avouer, mais l'humanité n'a jamais ea d'autre critérium que le succès. En existe-t-il, en peut-il exister un autre ?
i> Je suis bien de votre avis qu'il faut donner la préférence aux principes sur les expédients. Mais qu'appelez -vous « principes » ? Est-ce que, par exemple, la prescription n'est pas le principe sur lequel repose la propriété; principe sans lequel elle ne tarderait pas à s'effondrer s'il était légalement
permis de rechercher indéGniment comment elle a été originairement acquise? Peut-être les propriétés transmises depuis le pins long temps seraient- elles celles qui résisteraient le moins à cet examen rétrospectif.
» J*ai pour principe qu*en politique on ne saurait faire courir trop tôt la prescription ; aussi , dès le lendemain du 24 février, quoique je ne fusse pas républicain de la veille , — loin de là, — me si^s-je hâté de me rallier à la République, que je n'ai cessé de soutenir sincèrement et de toutes mes forces contre les attaques de toute nature sous lesquelles, elle a succombé. Qui le premier a crié : Confiaricel confiance! N'est-ce pas moi? Est-il un loyal avertissement et un utile conseil que je n'aie en temps opportun donné à la République de 1848, qui s'était imposée à ma raison sous ce nom : « le fait accompli r^^.
« C'est au même titre de a Tait accompli » que s'est imposé à moi l'Empire de 1852, ayant pour lui, comme la République de 1848 l'avait eue pour elle, la sanction du suffrage universel.
i> Entre eux je ne distingue pas. Gomment distinguerais-je?
9 Si le coup d'État du 2 décembre a été la violation d'une constitution et d'un serment, est-ce que le coup de Parti du 24 février n'a pas été, lui aussi, la violation d'une constitution et d'un serment? Est-ce qu'il a été plus scrupuleux? Est-ce qu'il a été moins injuste? Est-ce qu'il n'a pas banni une dynastie et mis en accusation des ministres qui n'étaient coupables que de s'être très-consciencieusement trompés?
» Vous-même, mon cher confrère, qui vous a jugé, condamné, banni? Est-ce l'Empire? Non. N'est-ce pas la République, à peine sortie de vos mains paternelles? L'ingrate!
n Tant de faits accomplis sous nos'yeux depuis 1789 auraient dû nous donner à tous des trésors d'indulgence ! Et nous n'avons tous que des sévérités les uns à l'égard des
autres ; c'est là ce qui me fait douter parfois que la libertéprincipe, que la liberté de droit, que la liberté inviolable et indivisible parvienne enfin à s'enraciner, à fleurir et à fructifier en France.
n A mon avis, TEmpire de 1852 fait fausse voie en suivant le même chemin que la Restauration de 1815, que la Révolution de 1830 et que la République de 1848; je le lui dis franchement, non pour le pousser vers Tabirae, mais , je l'avoue, j'ose l'avouer, pour le redresser, pour le ramener dans la voie qui me paraît Ja seule droite, celle qui conduit & Ist stabilité par la liberté.
v Mon opposition sous l'Empire de 1852 n'est pas plus une opposition à cet Empire que mon opposition sous la Royauté de 1830 n'était une opposition à cette royauté, que mon opposition sous la République de 1848 n'était une opposition à cette république. Les gouvernements se succèdent; je leur survis sans varier; ce que je demandais à l'un, je continue de le demander à l'autre sans plus de complaisance, mais aussi sans plus d'hostilité... Je prévois que vous allez ajouter mentalement en me lisant : Et sans plus de succès.
» J'en conviens.
» Mais puisque vous m'avez interrompu , je vous interpelle et je vous demande :
r) A qui la faute?
» Cette faute , ne doit-on pas l'imputer à votre distinction entre les faits accomplis et les faits dignes d'être accomplis ?
9 Si nous ne. finissons pas par accepter le suffrage universel pour souverain juge des faits accomplis, à quel juge moins suspect et plus infaillible en appellerons-nous?
D Si vous en connaissez un autre qui mérite plus de confiance que le vote universel, rendez-moi donc, mon cher confrère, le service de me l'indiquer, car je n'en connais pas.
» La doctrine à\k fait digne dC être accompli, la doctrine française, la vôtre, c^est la révolation dévorant le lendemain Tenfant auquel, la veille, elle a donné la naissance ; c'est à Cadix la révolution de décembre qui vient d*échouer, tentant de succéder à la révolution de septembre qui avait réussi; c'est, en France, et en 1848, le 24 juin tentant de renverser ce qu'avait établi le 24 février.
» La doctrine du fait accompli, la doctrine anglaise, la doctrine américaine, la mienne, c'est la liberté comblant lentement , mais finissant par combler l'abime des révolutions, creusé par la tyrannie, creusé par l'anarchie, creusé par le poids et le nombre des victimes qu'il a englouties, creusé par les flots de sang qu'il a bus.
« Cordialités.
D Emile de Girardin. »
A Monsieur Emile de Girardin.
• Brighton, 17 décembre 1868.
« Mon cher confrère ,
a En vous écrivant, je n'avais qu'un but : empêcher vos nombreux lecteurs de m'attribuer, sur un point d'une importance suprême, des opinions diamétralement opposées aux miennes.
n Je n'entrerai donc pas dans une polémique qui me semble superflue, la question pouvant se réduire, pour ceux qui pensent, à des termes bien simples.
« La morale est-elle un vain mot, oui ou non?
» Elle est un vain mot si les hommes n'ont pas pour distinguer entre le bien et le mal un critérium infaillible.
» Ce critérium existe-t-il? Je plains quiconque le nierait.
D Vous demandez qui jugera entre les faits accomplis et les faits dignes d'être accomplis ? ^ V — La conscience.
9 Votre dévoué confrère,
» Louis Blanc. «
A Monsieur Louis Blanc,
« Mon cher confrère,
» Un penseur^ un publiciste, un historien de votre valeur ne devrait pas attribuer une signification immuable à des mots dont le sens varie selon les temps, les pays et les cultes.
» Rien de moins fixe que ce que vous appelez la morale ; rien de plus arbitraire que ce que vous nommez la conscience.
M* La conscience d'un individu n'est pas celle d'un autre individu ; la conscience d'un peuple n'est pas celle d'un autre peuple; la conscience d'un siècle n'est pas celle d'un autre siècle. Ne venons-nous pas de voir des magistrats acquitter la manifestation Baudin, et d'autres magistrats la condamner? Qui jugera entre eux?
» Vous répondez : La conscience.
» Je vou| demande : Quelle conscience ?
» Auteur de V Histoire de dix années de règne, auteur de V Histoire de la Révolution française^ réfléchissez mûrement, cherchez soigneusement, et vous reconnaîtrez qu'il n'y a jamais eu d'autre critérium que le succès légitimé par la durée et d'autre conscience q4ie celle qui se règle sur le degré de civilisation.
)} Dès que vous déclarez que la polémique vous parait superflue, je borne à ce peu de mots ma réponse. Si je résiste
aa désir de Tétendre, ce n'est pas par scrupules de conscience, c'est, par égards d'hospitalité.
« Cordialités.
» Emile DE GiRABDiH. «
L'auteur de lei France nouvelle, M. Prévost-Paradol , fait intervenir le Journal des Débats dans la polémique qui s'est établie entre M. Louis Blanc soutenant qu'il faut distinguer politiquement entre les faits accomplis et les faits dignes d'être accomplis, et moi contestant, l'histoire à lai main, que cette distinction soit possible.
A laquelle de ces deux doctrines adverses M. Prévost- Paradol se rallie-t-il?
Il ne se rallie ni à l'une ni à l'antre. Après avoir lu et même relu son article , nul ne saurait dire s'il est pour la doctrine des/aits dignes d'être accomplis contre la doctrine des faits accomplis, ou pour celle-ci contre celle-là.
U proteste en ces termes contre la prescription :
Quoi! tout sera dit si j*ai une fois le pouvoir? Possession vaudra toujours titre? Je n*auraî à compter ni avec les intérêts froissés, ni avec les principes méconnus, ni avec le désir dîes représailles, ni avec les révoltes de la conscience? En vérité, cela est trop commode pour les gouvernements, et en même temps trop périlleux pour la société; c'est réduire à rien cette crainte du lendemain, qui est, quoi qu^on en dise, le frein de plus d'un ambitieux, et qui peut souvent tenir lieu de scrupules.
Mais après avoir ainsi protesté contre la prescription , il l'admet en ces termes , non moins explicites :
Faut-il, d'un autre côté, qu'il n'y ait jamais prescription pour un gouvernement et en particulier pour les nôtres, qui, nés presque tous de quelque violence, soulèvent, par le seul fait de leur
existence, des inimitiés profondes? Nullement; la prescription peut s^opérer à leur égard, non pas dè^ le premier jour et en vertu d*un principe, comme le veut M. de Girardin, car le cœur humain en général et le cœur français en particulier s'y refusent; mais cette prescription peut être Teffet du temps et la récompense d'une sage conduite qu'aurait secondée la bonne fortune.
Entre M. Prévost-Paradol et moi, entre le Journal dès Débats et la Liberté, la question de prescription se réduirait donc étroitement à une question de limite de temps.
En droit civil, en France, toutes les actions, tant réelles que personnelles, sont prescrites par trente ans (C. civ., art. 2262).
En droit politique, par combien d'années M. Prévost-Paradol voudrait-il que toutes les actions, tant réelles que per* sonnelles, se prescrivissent? S'il le sait, s'il peut le dire, qu'il le dise ! Quel laps de temps assignera-t-il à la prescription politique pour qu'elle soit acquise?
Oui ou non, était-elle acquise, en janvier 1844, à la Uonarchie de 1830, lorsque celle-^i Jlétrissaii dans le discours du trône, dans l'adresse de la Chambre des députés, et par le vote d'une majorité de 220 voix contre 190, la visite faite à Belgrave-square par cinq députés, MM. Berryer, de la Rochejaquelein, de Valmy, de Larcy et Blin de Bourdon, vote ayant eu pour conséquence de les contraindre de donner leur démission et de se soumettre à l'épreuve d'une réélection?
Ce qui caractérise la politique et la polémique du Journal des Débats, c'est de manquer toujours de profondeur et de décision, c'est de n'être jamais fermement ni pour ni contre quoi que ce soit. En 1848 il n'était pas pour la République, mais il n'était pas contre ; en 1868 il n'est pas contre l'Empire, mais il n'est pas pour; en 1850, rallié au suffrage universel, il trouvait toute simple la loi monstrueuse du 31 mai, par laquelle des mandataires privaient de leur droit de vote cinq millions de mandants ; il parait être pour la liberté.
mais sons la réserve qu'elle soit mesurée par la loi , ce qui est l'arbitraire légalisé, et rien de plus ; on le voit, il est resté voué au juste-milieu, ce qui est l'impuissance et l'instabilité érigées en système; à l'extérieur, c'est la paix armée, c'est la guerre expectante ; à l'intérieur, c'est la liberté réprimée, c'est la révolution intermittente.
Depuis trois quarts de siècle, quelle est la doctrine d'opposition qui a prévalu en France ? N'est-ce pas la doctrine de M. Louis Blanc? N'est-ce pas la doctrine des faits dignes d'être accomplis, cette doctrine que n'admettent ni ne repoussent entièrement If. Prévost-Paradol et le Journal des Débats? Cependant, où nous a menés, où nous mène cette doctrine funeste, sinon à tomber sans cesse et sans fin de l'arbitraire dans la révolution et de la révolution dans l'arbitraire, de l'ornière de droite dans l'ornière de gauche, et de l'ornière de gauche dans l'ornière de droite, à user nos forces à tourner dans le vide , à ne rendre stable parmi nous que l'instabilité, à n'avoir aucune grande idée commune, qui nous relie et qui agrège sous son pesant cylindre les aspérités qui s'opposent à notre marche, les divisions de plus en plus nombreuses qui conduisent notre pays à l'afiaiblissement et à la décadence? Si, nous étant soulevés pour défendre, en 1830, la Charte de 1815, nous avons eu tort de la déchirer au lien de la respecter, ce devait être une raison, profitant de l'expérience acquise , pour ne pas recommencer la même faute en 1848, et pour nous attacher étroitement à la Charte de 1830 et à la royauté constitutionnelle qu'elle avait établie. Si nous n'avions rien gagné à renverser la Monarchie qu'il suffisait de laisser paisiblement durer pour que, sous l'irrésistible pression de la civilisation et de ses progrès, elle devint libérale, alors, en 1848, 1849, 1850 et 1851, il fallait tout faire et s'unir tous, afin que la République qui lui avait succédé devint la forme définitive du gouvernement de la
France;. mais au lieu de s'unir on s'est divisé, et le résultat de cesdijvisions, résultat qu'il étaU facile de prévoir, a été la chute de la République au profit de la restauration de TEmpire. Je suppose que, sous le nombre et sous le poids des fautes qu'il a commises, l'Empire de 1852 ait le même sort que la République de 1848, que la Monarchie constitutionnelle de 1830, que la Monarchie restaurée de i815, que gagneraient à la chute de l'Empire la France et la liberté? Je le demande à M. Prévost-Paradol en m'adressant k sa bonne foi , est-ce qpe la doctrine des Jaits dignes d'être accompUs ne revivrai-t pas tout entière avec son esprit d'exclusion et d'intolérance? Si c'était la République de 1848 qui revînt, estrce qu'elle n'aurait pas de nouveau contre elle les légitimistes, les orléanistes , les napoléonistes, sans compter tous les républicains dissidents ? Si c'était la Monarchie de 1830 qui renouât sa chaîne rompue en 1848, est-ce qu'elle n'aurait pas contre elle les napoléonistes, les légitimistes et les républicains de toutes nuances ? S'il en est ainsi, le mieux et le vrai n'est-il pas d'accepter sans arrière-pensée l'Empire de 1852 à l'état, non défait digne d'être accompli^ mais systématiquement et simplement à l'état de fait accompli, sauf à l'empêcher loyalement, par tous les moyens possibles, de commettre des fautes portant atteinte à la puissance du pays, à ses libertés, à sa prospérité?
Les lecteurs qui n'auront lu que l'article de M. Prévost- Paradol dans le Journal des Débats croiront que la Liberté' tt réclame pour le fait accompli une adhésion immédiate et » sans réserve » . Il n'en est rien ; nul n'a liait pendant quinze ans une opposition plus constante que moi, non aux origines de l'Empire, mais à ses actes et à ses tendances ; ce qui prouve qne mon adhésion a été loin, fort loin d'être sans réserve. Non-seulement mon adhésion n'a pas été sans réserve, mais elle n'a pas été davantage immédiate. J'ai protesté contre le coup d'Etat du 2 décembre par l'indication
Les FAITS DIGNES D'ÊTRE ACCOMPLIS. 559
des moyens qui me paraissaient les seuls efficaces, et la lumière, qui 8*est faite trop tard, a montré que s*ils eussent été adoptés ils eussent pleinement réussi sans Teffusion d*une seule goutte de sang. J*avais donc vu juste en combattant la vieille tradition révolutionnaire des rues barricadées et en conseillant la grève politique. Je n'ai élevé le coup d'État du 2 décembre à la puissance de fait accompli qu'après le vote du 20 décembre, qui Ta érigé en fait digne détre accompli. Si le suffrage universel a eu tort de Tériger ainsi, c'est son affaire, qu'il videra au tribunal de la Postérité, et non la mienne. A lui toute la responsabilité. Grâce à lui, je n'ai plus rien à démêler avec l'acte du 2 décembre ; il a disparu, il a f)û disparaître, à mes yeux, sous le vote du 20 décembre. Si M. Prévost-Paradol récuse la compétence du suffrage universel, le moins imparfait et le moins incertain de tous les moyens usités jusqu'à ce jour d'interroger et de connaître la volonté d'une nation, quelle compétence admettrat-il ? Quel sera le critérium à l'aide duquel il pourra distinguer entre \efait accompli et \e fait digne d'être accompli? Je ne dis pas que ce critérium soit irréprochable et infaillible ; je ne dis même pas qu'il soit bon, mais je dis qu'il est le meilleur qui existe. Il est le droit des plus forts légitimé par le vote des plus nombreux.
Accepter, conseiller d'accepter le verdict du grand jury national, le verdict du suffrage universel, si l'on en croyait M. Prévost-Paradol, ce serait a prêcher à notre paysd'adop- » ter pour règle la prescription immédiate et absolue en » matière de gouvernement » . Préfère-t-il donc au suffrage universel la révolution périodique , la révolution endémique des États de l'Amérique du Sud? Si telle est sa préférence, qu'il ait la franchise de le déclarer, cela simplifiera le débat, cela le tranchera.
Au-dessus du suffrage universel, au-dessus de la volonté compacte du nombre le plus grand s'imposant aux volontés,
dissidentes entre elles, da nombre le plus petit, nm raison n'admet, ma raison ne saurait admettre que la logique.
Je comprendrais la lutte à outrance entre les deux principes opposés, entre le principe de Télcction ne s'aliénant jamais et le principe de Thérédité ne s'interrompant que faute d'héritiers, entre la République rationnelle et la Monarchie dite légitime; je comprendrais qu'un pays se divisât logiquement en deux camps séparés par un abîme : le camp des républicains, n'admettant aucune autre forme de gouvernement que la forme républicaine, et le camp des légitimistes, n'admettant aucune autre forme de gouvernement que la forme monarchique dite de droit divin, par opposition au droit populaire; je comprendrais que républicains et légitimistes n'admissent, ceux-ci et ceux-là, le suffrage universel que comme un simple rouage, et qu'ils ne l'admissent pas comme un principe ; mais dès qu'il est admis comme principe dominant la logique au lieu d'être dominé par elle, je ne comprends plus que ce qu'il a décidé soit remis en question par un autre que par lui-même.
Que M. Prévost-Paradol me permette de lui adresser cette interpellation : Comment considère-t-il le suffrage universel? Le considère- t-il comme un principe ou comme un simple rouage de gouvernement ? Théoriquement — car avec la non-impunité de la presse, la discussion ne saurait ici franchir le cercle de la théorie, — théoriquement, est-il pour la République ou est-il pour la Légitimité? S'il est pour la République contre la Légitimité ou^pour la Légitimité contre la République, alors je comprends qu^il soit contre l'Empire de 1852, qui n'est ni Tune ni l'autre de ces deux formes de gouvernement ; mais alors, au même titre, il doit conclure contre la Royauté de 1830 et contre toute tentative de res« tauration orléaniste.
Il faut être conséquent 1 II faut opter logiquement entre les faits accomplis ayant eu pour sanction le vote du nombre
LES FAITS DIGxXES D*ÊTRE ACCOMPLIS. 561
le plus grand et les principes inflexibles, car dès qu*ils fléchissent, ils cessent d*étre des principes.
C'est parce qu'elle n*a pas de principes que la politique, qui devrait être une science, n'en est pas une.
Puisque à deux reprises la Légitimité, et à deux reprises la République, ont succombé à la tâche, dans TEmpire ne voyons pas l'Empire, voyons le suffrage universel ! Ne soyons pas napoléonistes, soyons suffragistes ! Soyons-le dans Tintérét de la France, dont il est urgent d'arrêter l'amoindrissèment ! Soyons-le dans l'intérêt de la liberté, qui, l'expérience l'atteste, n'aurait rien à gagner à une révolution qui ajouterait un fait de plus à la liste déjà trop longue des faits . accomplis, contre lesquels, sans aucune exception, a foujours protesté la doctrine des faits dignes d'être accomplis, et contre lesquels jamais elle ne cesserait de protester!
Lorsqu'un journal défend la morale et la conscience sans préciser de quelle morale et de quelle conscience il entend parler, il est toujours assuré d'avoir avec lui l'immense multitude des lecteurs, dressés à se servir plus fréquemment de la mémoire que de la réflexion, et accoutumés à penser moins souvent par eux-mêmes que par l'instituteur de leur enfance, dont ils ne font, à leur insu, que réciter les leçons.
Ayant à choisir entre deux tâches, l'une ingrate et difficile, l'autre facile et sympathique, il est tout simple que M. A. Peyrat, dans V Avenir national, et que M. A. Garcin, dans la France, aient préféré descendre tranquillement le courant avec M. Louis Blanc que de le remonter péniblement avec moi.
L'exclamation de M. A. Garcin lui fait trop d'honneur
pour que nous ne la citions pas textuellement :
562 QUESTIOltfS DE L'ANNÉE 1868.
Non, la morale n^est pas un vain mot; nous sommes, sous ce rapport, avec M. Louis Blanc contre M. de Girardin. 11 y a une morale publique comme il y a une morale privée; il y a des principes qu^il n^est permis de violer ni aux peuples ni aux gouvernements.
Si la morale n*est pas un vain mot ; s'il y a une morale publique qui soit une et immuable, éternelle et universelle ; s'il y a des principes qu'il n'est pas permis de violer, ni aux peuples ni aux gouvernements ; si à cet égard l'accord le plus parfait règne entre M. Garcin et M. Peyrat, chantant le même air à l'unisson, comment se fait-il que lorsqu'il s'agit, par exemple^ du fait accompli le 2 décembre, ce que M. Peyrat condamne et flétrit, M. Garcin le justifie et le glorifie? Évidemment, s'il n'y avait qu'une conscience et qu'une morale, ce que M. Peyrat flétrit, M. Garcin le flétrirait aussi ; ou ce que M. Garcin glorifie, M. Peyrat le glorifierait pareillement. Il y a donc au moins deux consciences et deux morales ! Si l'exemple que je viens de citer, et qui s'offrait de lui-même tout naturellement à moi, ne suffit pas pour l'attester, alors le jour qui luit n'est pas le jour, et le mouvement démontré par le mouvement n'est pas le mouvement. L'évidence |i'existe pas.
Que répondront M. Garcin et M. Peyrat, ces deux réciproques démentis en chair et en os de la thèse qu'ils soutiennent? Garderont-ils le silence la tête basse et la «plume muette ?
Non.
Essayant de se tirer de l'ornière dans laquelle il a glissé, M. Peyrat soutiendra qu'il est la personnification de la conscience, l'incarnation de la morale; que M. Garcin n'est que la personnification de la complicité et l'incarnation de la servilité.
Vivement indigné, profondément blessé par cette réponse de son allié, devenu tout à coup son adversaire, et ne vouf
lant pas non plus demeurer dans Torniëre où il est tombé» M. Garcin, s'adressant à M. Peyrat, s'écriera: «Vous préfendez que vous êtes la morale et la conscience en personne, et que moi, je suis la complicité et la servilité. Sur quoi fondez-vous cette arrogante prétention, contredite par le vote du 20 décembre J851, contredite par le vote du 21 novembre 1852, contrediliè par Tunanimité de tous les gouvernements à reconnaitre^le fait accompli du 2 décembre, contredite par Taccueil frénétique que Fauteur du coup d'État a reçu du peuple anglais et plus tard du peuple allemand, à Tépoque où il est allé à Londres et à Stuttgard, en qualité, non plus de proscrit, mais d'empereur des Français? Pour irons placer ainsi au-dessus d'un premier vote de 7,147,635 électeurs sur 7,773,646 votants, et d'un second vote de 7,482,863 électeurs sur 7,780,307 votants, pour vous placer ainsi au-dessus de tous les gouvernements, au-dessus de tons les peuples, et prétendre que le jugement de votre conscience doit s'imposer à la leur, êtes-vous infaillible? étes-vous pape? Le fussiez-vous, qu'alors votre intolérance serait égale à celle que vous avez si sévèrement reprochée à la fameuse encyclique du 8 décembre 1864, qui renfermait, selon Pie IX, le catalogue des principales erreurs de notre temps. »
Ainsi pressé par Bf. A. Garcin, que lui répliquera M. A. Peyrat, que pourra-t-il lui répliquer ? Je l'en préviens, H. Garcin ne se contentera pas de lieux communs sur Marc- Aurèle opposé à Néron, et Cartouche opposé à Washington. Il exigera une réponse plus sérieuse. En effet, qu'importé qu'il y ait deux mille ans que le monde méprise le médecin de Pyrrhus et admire Fabricius? Qu'importe que le monde n'apprécie pas de la même manière Jeffries sur son siège de juge et ThoDoras Scott surTéchafaud? Ce qui serait important, ce serait que ce que le monde pense ne fut pas contredit par
tous ses actes, en tous temps et en tous pays. Si le monde
a ane conscience pour ne s'en servir jamais, à quoi sert-elle et que vaut-elle? Alors, quel sens ont les mots de « conscience universelle » et de « morale immuable » , que fait sonner si haut mon ancien et éminent collaborateur, M. A. Peyrat?
a Conscience universelle, morale immuable » , est-ce que je puis croire à votre existence, alors même qu'écartant ici tous les témoignages du passé qui y prendraient trop de place, je me borne à ne consulter que mes yeux et à ne citer que ce que je viens de voir?
Est*ce qu'hier un grand peuple, formé au rude apprentis*^ sage de la liberté, ne se divisait pas en deux camps, Tun pour défendre l'institution de l'esclavage et l'autre pour la détruire ? Si la a conscience universelle et la morale immuable » n'étaient pas de vains mots, est-ce qu'elles n'auraient pas empêché cette guerre fratricide d'éclater et de répandre des torrents de sang? Entre les États du Sud, consciencieusement esclavagistes, et les Etats du Nord, consciencieuse^ ment abolitionistes, ce qui est une nouvelle preuve qu'il y a deux consciences et deux morales, qui a prononcé ? Estla justice? Non, c'est la force. Il a fallu pour que l'esclavage fût vaincu, que le général Grant fût victorieux les armes à la main.
Est-ce qu'hier, si, au lieu de gagner la bataille de Sadowa, l'armée prussienne l'eût perdue , le comte de Bismark n'eût pas été flétri de tous les noms les plus infâmes ? Est-ce qu'il y eût eu des termes assez sévères pour qualifier l'indignité et la duplicité de sa conduite à l'égard du Danemark? Grâce au succès de cette indignité, grâce au succès de cette duplicité, le territoire et la population delà Prusse sont doublés: en 186*6 elle n'était qu'un petit État; en 1867 elle est un grand État. Quel est le sentiment que nous inspire le comte de Bismark? Est-ce le sentiment du mépris? Non! c'est le sentiment de l'envie. Combien de Français se sont
surprisse disant mentalement: Ah! que n'avons-nous, nous aussi, notre Bismark ! Tandis que ce sentiment d*envie assiégeait leur pensée , a conscience universelle et morale immuable » , quelles protestations faisiez- vous entendre? Pourquoi vous taisiez-vous? C'est que si vous vous fussiez prononcées contre le comte de Bismark, il eût fallu également vous prononcer contre le cardinal de Richelieu, dans l'admiration duquel nous élèvent tous nos lycées. M. Peyrat conclut ainsi:
Si ao-dessus de tous les systèmes il n'y a pas une conscience universelle, une morale immuable, la société est une caverne où, le plus fort étant le seul maître, il ne ç'agit plus que d*étre le plus fort, le plus habile, le moins scrupuleux. Dans une telle société, la science du gouvernement est inutile; la Constitution n'a qu'un seul article : Malheur aux vaikcus !
Malheur aux vaincus ! Est-ce que ce n'est pas l'histoire universelle du monde depuis qu'il existe?
Plus d'une fois il est arrivé aux vaincus d'être à leur tour les vainqueurs? Qu'est-ce qu'y ont gagné la société, la science du gouvernement, » la morale immuable et la conscience universelle »? . -i -
Finissons-en donc avec les grands mots qui sonnent creux !
' Ne nous servons plus que d'expressions aussi précises que celles qui distinguent une plume d'un sabre, lorsqu'il s'agit, soit d'un sabre, soit d'une plume!
Je le déclare: je suis prêt à fléchir humblement le genou devant u la conscience universelle et devant la morale immuable n , s'il est possible de les définir exactement et invariablement.
Ce que je demande uniquement à mes contradicteurs, c'est de ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit.
Répondant à M. Louis Blanc, qu'avais-je répondu?
566 QUESTIOIVS DE L'ANNÉE 1868.
Savais répondu :
La conscience d*un siècle n*est pas celle d^un autre siècle; la conscience d'un peuple n^est pas celle d*un autre peuple ; la conscience d*un individu n*est pas celle d'un autre individu.
É(aient-ce donc là des énormités ?
Est-ce que le siècle où les hérétiques étaient condamnés an bûcher avait la môme conscience que le siècle où les hérétiques ont leurs temples et leurs synagogues, leurs pasteurs et leurs rabbins entretenus aux frais du budget de TÉtat? Est-ce que le peuple danois et le peuple prussien portent dans leur conscience le même jugement sur la guerre qui a démembré le Danemark et qui lui a enlevé le port de Kiel, que convoitait la Prusse? Est-ce qu^enfîn la conscience de M. A. Garcin est d'accord avec celle de M. A. Peyrat, je ne dirai pas sur Tacte du 2 décembre, je veux être large, je dirai sur le vote du 20 décembre 1851, quoique mes deux contradicteurs coalisés contre moi soient du même avis sur la a morale immuable et la conscience universelle » ?
V Avenir national, la France et le Journal des Débats insistent sur la question soulevée par la distinction de M. Louis Blanc entre les faits accomplis et les faits dignes d'être accomplis. Leurs articles ne contenant aucun argument nouveau, je ne prolongerai pas sans utilité un débat qui risquerait d*être sans fin. Après les lieux communs, ce que je déteste le plus ce sont les redites. Toutefois, je ne saurais laisser sans réponse cette interpellation directe de M. Prévost-Paradol dans le Journal des Débats :
M. de Gîrardin concède aujourd'hui lui-même que par prescription il n'entend pas une prescription immédiate et absolue; et il
rappelle à ce propos sa conduite personnelle du 2 décembre. Nonseuiement il a, dit-il, protesté contre le coup d^État, mais il a recommandé un moyen qui lui paraissait infaillible contre le régime nouveau : la grève politique. Lorsqu'on rapproche cette attitude de Fattitude tout opposée que M. de Girardin a prise et a bien fait de prendre le jour même de Favénement de la République, en répétant : Confiance! confiance! comment ne pas rebonnaitre qu'à ses propres yeux la doctrine des faits accomplis n'est pas aussi absolue qu'elle paraissait d'abord l'être sous sa plume, et que la prescrip^ tion en matière de gouvernement est, au fond, pour lui comme pour nous et comme pour la grande majorité des citoyens, une doctrine variable selon le temps et l'opportunité?
Rien ne serait plus facile que d'expliquer la différence de conduite par la différence de situation.
Je pourrais dire : y
Le soir du 24 février, la Royauté^ quoiqu'elle eût dans les mains le commandement d'une armée fidèle, avait fui effarée, et la Chambre des députés s'était laissé dissoudre sans même tenter de protester au nom de la Constitution de 1830; le soir du 24 février, il n'y avait plus d'autre gouvernement que le gouvernement de la multitude, qu'il importait d'àpaiser au plus vite, parce qu'en temps de révolution un excès commis et non réprimé ne tarde pas à engendrer des excès sans.nombre et de plus en plus violents.
Le 2 décembre, le pouvoir suprême, l'Assemblée nationale, empêchée de se réunir dans la salle de ses séances, se réunissait à la mairie du dixième arrondissement, où, présidée par MM. Vitet et Benoit d'Azy, elle protestait au nom de la Constitution de 1848, tandis que d'autres fractions de cette même Assemblée tentaient d'organiser de toutes parts d'autres moyens de résistance : le fait accompli le 2^ février 1848 luttait de toutes ses forces contre le fait en voie de B^ accomplir le 2 décembre 1851, mais cette fois avec moins de succès que le 15 mai et le 25 juin 1848.
Le soir du 24 février, il y avait/atV accompli, puisque le
568 QUESTIONS lÎE L'ANNÉE 1868.
gouvernement de 1830 avait cessé d'exister ; le 2 décembre, il n'y avait que fait en voie de s'accomplir, puisque le gouvernement de 1848 n'avait pas cessé de résister.
Mais ce ne serait là qu'une raison spécieuse; la raison vraie, je l'ai consignée en 1858 à la fin de l'Introduction placée en tête du premier volume des questions de mon