LE RHIN OU LES VOSGES
LE BHIH on LES VOSGES.
13 août 1868.
Si rien ne menace la paix, pourquoi rester sous les armes 7
Cette question, c'est la Gazette de France qui se la pose à elle-même dans les termes que nous venons de citer tex* toellement.
La Gazette de France nous permettra de lui répondre qoe, puisque la France et TEurope persistent à rester sourdes à tous les vœux de désarmement qui leur sont journellement adressés, c'est qu'apparemment la France et l'Europe considèrent la paix comme étant très-sérieusement menacée.
Si la paix est sérieusement menacée, que doit faire la France ?
Doit-elle aller au-devant de la guerre, ou doit*elle l'attendre ?
Là est la question.
Ayant sous les yeux la fameuse nott de H. d'Usedom, adressée le 17 juin 1866 au général de La Marmora, qui l'a divulguée, notre avis est que si la guerre est inévitable, il vaut mieux qu'eUe soit immédiate; il vaut mieux qu'elle éclate tout de suite, lorsque les probabilités de victoire sont de notre côté, que d'éclater dans un an, dans deux ans, dans trois ans, lorsque les probabilités auront passé du côté opposé.
Cet avis n'est pas celui de la Gazette de France; elle aime mieux la guerre expectanle avec ses chances contraires nous menaçant, que la guerre opportune avec ses chances favorables nous protégeant.
Cela ne peut s'expliquer qu'ainsi : deux fois, en 1814 et en 1815, la France a été envahie, et deux fois Tinvasion,
ramenant avec elle les Bourbons, les a replacés sur le trône. Ce qu'ont fait deux invasions, une troisième pourrait le fdire encore. Cette troisième invasion, c'est la seule éventualité qui reste au comte de Chambord, banni de France depuis trente-huit ans; tandis qu'une victoire qui, sous le règne de Tempereur Napoléon III, rendrait à la France ses limites naturelles, ses limites de 1801, devenues ses limites nécessaires, risquerait de fonder la dynastie des Napoléons, qui ne manquerait pas alors de nous donner la liberté, toute la liberté.
Comment expliquer autrement l'opposition à outrance que fait la Gazette de France à l'adoption d'une politique qui, en réalité, est la continuation de l'œuvre séculaire des rois de France depuis Hugues Capet?
En dehors de cett« très-plausible explication, rien de plus obscur et de moins compréhensible que la politique extérieure de la Gazette de France, tandis que rien de moins obscur et de plus compréhensible que la politique extérieure de la Liberté?
La France veut-elle systématiquement renoncer à tonte ingérence dans les afiaires des autres peuples, quels qu'ils soient , et changer son rôle dé grande puissance territoriale contre celui de grande puissance économique? Loin d'avoir à appréhender de notre part aucune opposition, le souverain ou le ministre qui adoptera crânement ce programme peut compter sur notre plus ferme appui, car, en réalité, ce programme n'a jamais cessé d'être celui de toutes nos prédilec* tions. Mais si la France, sous prétexte de la légitime influence qu'elle se doit à elle-même d'exercer au dehors, vent persister dans la funeste et dangereuse manie qu'elle a contractée de se mêler des affaires qui ne sont pas les siennes, alors , changeant notre drapeau de main , nous disons : « Il n*y a pas un instant à perdre, car si l'empire français ne s'étend pas résolument jusqu'au Rhin, l'empire allemand ne