LE RHIN OU LES VOSGES
tardera pas à 8*étendre jusqu'aux Vosges. Ou Cologne redeviendra ville française, ou Strasbourg redeviendra ville allemande ». ,
La politique territoriale, grftce à M. de Bismark, ayant repris en 1866 à la politique économique le terrain que celle-ci, grâce à Richard Cobden, avait conquis en 1860, il est nécessaire qu'un grand acte de virilité vienne , de la part de la France, changer le cours de la politique prussienne» qui tend, si ce cours n'est puissamment détourné, à faire descendre la France au rang de grande Belgique.
L'Unité germanique est une expression qui a la prétention, subordonnant les nationalités aux races, de désigner tous les Allemands, à quelque Etat qu'ils appartiennent, pour grossir et grandir encore, un peu plus tôt, un peu plus tard, le peuple allemand, l'empire allemand! C'est cette prétention qu'il s'agit de trancher au plus vite dans ses racines avant qu'elle ait pris plus de développement et plus de force. Le moyen, l'unique moyen, c'est d'opposer à l'idée des langues communes l'idée des limites naturelles, c'est d'opposer à l'idée de l'Unité germanique l'idée de l'Unité géographique, cette unité étant l'Unité géographique de TAlIemagne, l'Unité géographique de la France, l'Unité géographique de l'Italie.
C'est ce que nous faisons en nous appuyant sur la parole d'un écrivain dont l'autorité devrait être plus grande dans les bureaux de rédaction de la Gazette de France que dans les bureaux de rédaction de la Liberté, car il s'agit de M. le vicomte de Bonald, lequel a dit : « Sans la limite du Rhin la France n'est pas^nte et ne saurait être stable » .
UNB Frontière imagihaire.
15 août 1868.
Déclarant que « la France est assez grande pour n*avoir pas besoin d'être agrandie » , et reniant toutes les traditions de la politique nationale, la Gazette de France qualifie de « FRONTIÈRE [MAGtNAIRE ^) la rive du Rhin.
La rive du Rhin, dont le roi Philippe le Bel faisait en ces termes la condition de son alliance avec âlbert d'Autriche :
Le royaume de France portera jusqu'au Rhin la limite de sa domination.
La rive du Rhin, dont le roi Charles VII revendiquait en ces termes la possession :
Le royaume a été, depuis beaucoup d^années, dépouillé de ses limites naturelles, qui allaient jusque fleuve du Rhin; il est temps d'y établir sa souveraineté.
La rive du Rhin, dont le roi Henri II revendiquait égale-" ment la possession en disant :
Comme héritage des rois de France.
La rive du Rhin , dont Sully , fidèle écho de là pensëe du roi Henri IV, disait :
Conjointement, entièrement et inséparablement la France avec les Pays-Bas est le seul moyen de remettre la France en son ancienne splendeur et de la rendre Supérieure à toute la chiréliènté.
La rive du Rhin, dont Richelieu proclamait en ces termes la nécessité :
La France doit avoir les limites que lui fixe la nature.
La rive.du Rhin, dont Mazarin avait fait le point de mire de sa politique , qu'il définissait ain^i :
Étendre nos frontières jnsqu^an Rhin de tontes parfs. Celle possession formerait & la ville de Paris un boulevard inexpugnable, et ce serait alors véritablement qu^on pourrait Tappeler le cœuR DE LA France. La frontière serait aussi étendue jusqu^à la Hollande et aussi jusqu'au Rhin par la rétention de la Lorraine et de FAlsace et par la possession de Luxembourg et de la comté de Bourgogne.
La rive du Rhin, dont Vauban avait proclamé la légitimité en loi donnant ce nom resté historique :
Le pré carré de la France.
La rive du Rhin, dont Frédéric H, roi de Prusse, Frédéric le Grand, faisait Tattribution à la France en ces termes :
I^ France est bornée à rocddent par les monts Pyrénées, qui la séparent de TËspagne et qui forment une espèce de barrière que la nature elle-même a posée; mais, du côté de Torient, elle n^a d'autres limites que celles de sa modération et de sa justice. L'Alsace et la Lorraine, démembrées de Tempire, ont reculé les bornes de la domination de la France jusqu*an Rhin. Il serait a
SOUHATTEB QUE LE RhIIT PUT CONTINUES A PAIRE LA UUITE DE LEUR
MOKARCHIE. Pourcct effet, il se trouve un petit duché de Luxembourg à envahir, un petit électorat de Trêves à acquérir par quelque traité ; on duché (le Liège par droit de bienséance ; les places de la Bavière, la Flandre et quelques bagatelles semblables devraient être nécessairement comprises dans cette réunion»
La rive du Rhin telle que la traçait ainsi Danton à la tribune de la Convention :
Les limites de la France sont marquées par la nature , nous les atteindrons aux quatre coins : & FOcéan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées.
La rive du Rhin, dont la Convention nationale, par la voix de Brissot, avait dit :
La République française doit avoir pour bornes le Rhin.
La rive du Rhin, dont la cession était faite en ces termes par le traité de paix entre la République française et S. M.
TEmpereur et le corps germanique, signé à Lunéville le 9 février 1801 :
Art. 11. — La cession des ci-devant provinces belges à la République française, stipulée par Tarlicle 111 du traité de Campo-Formio, est renouvelée ici de la manière la plus formelle; en sorte que Sa Majesté impériale et royale, pour elle et ses successeurs, tant en son nom qu^au nom de Tempire germanique, renonce & tous ses droits et titres aux susdites provinces, lesquelles seront possédées à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, par la République française, avec tous les biens territoriaux qui en dépendent. Sont pareillement cédés & la République française par Sa Majesté impériale et royale, et du consentement formel de Tempire : 1* le comté de Folkenstein et ses dépendances ; 2* le Frickthal et tout ce qui appartient à la maison d'Autriche sur la rive gauche du Rhin, entre Zurzach et Bàle; la République française se réservant de céder ce dernier pays à la République helvétique.
Art. VI. — Sa Majesté Tempereur, tant en son nom qu^en celui de Tempire germanique, consent à ce que la République française possède désormais en toute propriété les pays et domaines situés à la rive gauche du Rhin et qui faisaient partie de Tempire germanique; de manière qu'en conformité de ce qui avait été expressément consenti au congrès de Rastadt par la députation de Tempire et approuvé par Tempereur, le thalweg du Rhin soit désormais la limite entre la République française et Tempire germanique, savoir : depuis Tendroit où le Rhin quitte le territoire helvétique jusqu^à celui où entre dans le territoire batave. En conséquence de quoi la République française renonce formellement à toute possession quelconque sur la droite du Rhin, et consent & restituer à qui il appartient les places de Dusseldorf, Ëhrenbreislein, Philippsbourg, le fort de Cassel et autres fortifications vis-à-vis de Mayence; à la rive droite, le fort de Kehl et le Vieux-Brisach, sous la condition expresse que ces places et forts continuent & rester dans Fétat où ils se trouveront lors de Tévacualion.
La rive du Rhin, dont la propriété nous était unanimement reconnue en ces termes par les puissances coalisées, ainsi que Tatleste la dépêche suivante, signée Saint-Aignan, et datée de Francfort le 9 novembre 1813 :
M. le comte de Metternîch m'a dit que les souverains coalisés étaient unaxiiieiibkt d*agco^ sur la puissance et la prépondérance que la France doit conserver dans son iktéguté et en se renfermant dans ses limites natubelles, qui sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées.
La rive du Rhin, dont la conservation à la France faisait l*objet des instractions suivantes, dictées en janvier 1814 par Temperenr Napoléon I*' an dflc de Vicence :
La France, pour être aussi forte qu'elle Tétait en 1789, doit avoir ses limites naturelles. Je vous réitère Tordre de déclarer que les limites naturelles ne donnent à la France que le pouvoir qu^avait Louis XIV.
Instructions qui donnaient naissance à la lettre suivante, datée du 15 janvier 1814, et signée Caulaincourt :
La chose sur laquelle TEmpereur insiste le plus, cVst la nécessité que la France conserie ^e& limites katdrblles; c*est la condition SIKE QUA KON. Toutes les puissances, TAnglelerre même, ont reconnu ces limites à Francfort. La France, réduite à ses limites anciennes, n'aurait pas aujourd'hui les deux tiers de la puissance RELATIVE qu'elle avait il y a vingt ans. Ce qu'elle a acquis du côté du Rhin ne compense point ce que la Russie, T Autriche et la Prusse ont acquis par le démembrement de la Pologne. Tous ces Etats se sont agrandis : vouloir ramener la France à son état ancien, ce serait la faire déchoir et Tavilir. La France, sans les départements du Rhin, sans la Belgique, sans Ostende, sans Anvers, ne serait rien.
La rive du Rhin, dont la revendication séculaire depuis Hugues Capet était poursuivie en ces termes jusqu'en 1829, par le roi Charles X, termes que la Gazette de France ne ferait peut-être pas mal de méditer :
Dans aucun cas, la France ne pourrait souffrir que TAngleterre, la Prusse ou l'Autriche s'agrandissent, si elle-même n'augmentait sa puissance territoriale; sans cela elle regarderait comme entièrement rompu Tiquilibre européen, déjà .tellement affaibli à son désavantage au congrès de Vienne. Ce serait la faire descendre du rang que non-seulement la dignité du trêue et l'honneur national.
'^'••''iôV'' LA GUERRE FATALE.
mais l'intérêt même de sa conservation, lui commandent de maintenir.
La rive du Rhin, dont Chateaubriand faisait ainsi la condition de notre sécurité nationale :
La Prusse s'est agrandie du duché ou palatinat de Posen, d'un fragment de la Saxe et des principaux cercles du Bhin ; son poste avancé est sur notre ancien territoire. La Russie a recouvré la Finlande et s'est établie sur les bords de la Vistule. Et nous, qu'avons-nous gagné à ces arrangements? Nous avons été dépouillés de nos colonies ; notre vieux sol même n'a pas été respecté. Landau détaché de la France, Huningue rasé ouvrent une large brèche dans nos frontières. Un combat malheureux à nos armes suffirait pour amener l'ennemi sous les murs de Paris. Paris tombé, l'expérience a prouvé que la France tombe. Ainsi, il egt vrai de. dire que notre indépendance nationale est livrée à la chance d'une seule bataille et à une guerre de huit jours.
La rive du Rhin, dont Bonald résumait dans ces deux lignes toute l'importance :
Sans la limite du Rhin, la France n'est pas finie et ne saurait être STABLE.
La rive du Rhin, dont le partage a été tracé ainsi qu'il suit par Victor Hugo :
Il faut pour que l'univers soit en équilibre deux grands Etats du Rhin : l'Allemagne sur la rive droite, la France sur la rive gauche.
La rive du Rhin, dont le retour à la FTance a été prédit en ces termes par Lamartine, le 12 janvier 1840, à la tribune de la Chambre des députés :
Parlez du Rhin et des Alpes, et vous êtes compris avant d'avoir achevé. La gloire y est restée, son esprit y est encore, son drapeau y reviendra une fois. Les traités de 1815, refoulement violent de l'omnipotence armée d'un conquérant, ne sont-ils pas une réaction de la victoire? Est-ce la sagesse ou la colère de l'Europe coalisée qui les a dictés? Sont-ils donc éternels et inunobiles comme ces fleuves et ces montagnes que la nature a donnés pour traités
non écrits entre les peuples? Qui oserait le dire? Non, un joub VIENDRA, il est près peut-être, où ces traités se déchireront d'euxmêmes devant la force des choses, devant la balance miçux comprise de FEurope, devant la volonté et la patience de mon pays !
La rive du Rhin, iEiinsi revendiquée au nom de rhistoire par un grand historien, Augustin Thierry. :
La révolution avait eu de bonne heure une double tendance : au dedans Tégalité sociale; au dehors Tagrandissement du territoire. Elle atteignit, du premier élan de ses conquêtes, la limite du Rhin et des Alpes ; elle aurait dû marquer là d'une manière invariable les bornes du sol français et s'imposer la loi de ne franchir- ces bornes que pour combattre, non pour conquérir; elle ne le fit pas» et ce fut U^rand vice de sa politique extérieure. Sous le Consulat, notre précieuse unité nationale était déjà compromise par des incorporations qui changeaient d'une manière bizarre la conflguration du territoire et que repoussaient tous les souvenirs...
On peut dire qu'au milieu de l'enivrement des succès militaires et malgré ces crises d'ambition qui travaillent les peuples comme les individus, la nation ne voulut fermement et constaniment que le maintien de nos limites naturelles. Quelle que soit notre for» tune, bonne ou mauvaise^ l'idée de les reprendre ne se perdra jamais; elle est profondément nationale et profondément historié que. Elle se réfère non pas aux Franks, qui ne furent qu'un accident passager et superficiel, en quelque sorte, dans notre nationalité, mais au fond même, au fond primitif et vivace de cette nationalité, à la Gaule, soit indépendante, soit romaine. On la voit poindre au douzième siècle avec la renaissance du droit civil quand la fusion des races nouvelles au milieu du fonds commun s'est accomplie; il y en a des traces visibles dans la politique de Philippe Auguste et dans sa double action vers le Nord et vers le Midi. On la voit reparaître dans la politique de Louis XI, ce roi du tiers état qui semble avoir anticipé l'esprit de la révolution française. Sous Louis XIV elle fut près de se réaliser; enfin la révolution la reprit avec une force irrésistible, atteignit le but, et par malheur alla plus loin.
La rive du Rhin, dont la perte était déplorée en ces termes par le prince Louis Bonaparte, écrivant en 1 836 :
Voyet le lion de Waterloo encore debout sur nos frontières !
101 LA GUERftE FATALE.
Voyez notre drapeau, il ne flotte nulle part où nos armes ont triomphé! ^
Adressant, le 28 septembre 1840, à la cour des pairs ces fières paroles :
Je représente devant vous un principe, une cause, une défaite. Le principe, c*est la souveraineté du peuple; la cause, celle de PEmpire; la défaite, Waterloo. Le principie, vous Tavez reconnu; la cause, vous Pavez servie ; la défaite, vous voulez la venger. Non, il n*y a pas de désaccord entre vous et moi.
Disant, qaelqaes semaines après, en oiontant à bord, au sous-préfet qui lui exprimait le désir de le revoir comme citoyen :
Je ne pourrai y revenir à ce titre que lorsque le lion de Waterloo ne sera plus debout sur la frontière.
Ah ! 1^ rive du Rhin ainsi revendiquée séculairement par tous les rois de France, depuis Hugues Capet jusqu*à Charles X ; par tous les grands ministres se nommant : Sully, Richelieu, Mazarin, Vauban, est, dites-vous, une frontière imaginaire !
Ahl le traité signé à Lunéville le 9 février 1801 était un traité sans importance !
Ah! les puissances coalisées tombaient dans le lieu commun et Texagération lorsque, le 9 novembre 1813, elles étaient unanimes à reconnaître que « TIntégrité de la France » implique la conservation de la rive du Rhin !
Ah ! Tempereur Napoléon 1*' avait perdu Tesprit quand il disait, en janvier 1814, que la conservation à la France de ses limites naturelles ne lui donnait que le pouvoir qu'elle avait sous Louis XIV, et que sans les départements du Rhin, sans la Belgique, sans Ostende, sans Anvers, la France ne serait rien I
Ah ! le roi Charles X déraisonnait quand il prétendait que la France descendrait de son rang et compromettrait sa
conservation si elle souffrait que la Prasse et rAutriche s'agrandit sans qae la France augmentât sa puissance territoriale !
Ah! Chateaubriand n'était qu'un vieux polfron quand il s'imaginait qu'un seul combat malheureux sufGrait pour amener Tennemi sous les murs de Pari»!
Ah ! Bonald n'était qu'un radoteur quand il préfendait que sans les limites du Rhin la France n'est pas finie et ne saurait être stable ! *
Ah ! l'auteur de la Géographie militaire de V Europe, le colonel de Rudtorffer, n*était qu'un ignorant lorsqu'il écrivait ce qu'il a écrit en 1847 1
Voici ce qu'il a écrit relativement à la France :
La frontière septentrionale de la France, théâtre de tant de guerres sanglantes, est tout à faif ouverte depuis la mer jusqu'à la Meuse. La nature n'a presque rien fait pour sa défense , mais l'art y a suppléé par une triple ceinture de places fortes , qui ont toujours joué un grand rôle dans les guerres des siècles derniers. La perte de Marienbourg et de Philippeville avec leur territoire, qui furent enlevés & la France par les trnilés de 1815, a beaucoup diminué la force de ce réseau sur la Sambre et la Meuse , et facilite Tinvasien à travers les provinces les plus populeuses et les plus fertiles du royaume.
Givet et Méziëres, quelque favorablement qu'ils soient situés pour les opérations offensives, ne sauraient arrêter un ennemi paissant , et les autres places fortes le long de la Meuse et du Rhin ne possèdent pas une grande force de résistance , de sorte qu'on ne rencontre guère d'obstacles jusqu'à la Fère, Laon et Soissons.
La partie orientale de la frontière du Nord, depuis la Meuse jusqu'au Rhin, est couverte, il est vrai, par les Ardennes et les Vosges; mais entre ces deux chaînes, la Moselle s'ouvre un passage et fraye , par son cours presque perpendiculaire à la frontière , une eicellente ligne d'opérations, soit pour passer des pays du Rhin en Lorraine , soit pour passer de la Lorraine sur le Rhin.
Ni Ja Moselle ni la Meuse ne sont encore dans ces parages de sérieux obstacles militaires. Metz a beaucoup- perdu de son importance depuis que Sarrelouis a été cédé aux Prussiens , et peut faci-
lement être tourné, soit par la vallée de la Sarre, soit par Luxembourg y d^où plusieurs bonnes routes conduisent à Paris par les vallées de la Marne et de TAlsne; Marsal, Toul et Verdun ne peuvent que faiblement s^y opposer.
Les places fortes des Vosges sont tournées par Sarrelouis.
Sur la frontière orientale on trouve d'abord le Rhin avec ses forteresses jusqu'à Bâie, qui constitue xine très-bonne ligne d« défense.
Parallèlement à cette première ligne s'étendent celles des Vosges, de la Moselle , de FArgonne et de la Meuse.
Mais la faiblesse des extrémités ôte à ces lignes presque tous leurs avantages ; au nord , on les tournerait aisément par Germersheim et Landau ; au sud , la route de Bâle à Belfort et à la Saône ouvre un chemin des plus commodes pour descendre vers la capitale par la Marne , TAube ou la Seine.
L'espace depuis Bâle jusqu'au coude du Rhône à Saint-Dizier est convenablement couvert par le Jura; mais ce dernier peut être tourné par Bâle, en passant par le point-peu élevé qui forme sa jonction avec les Vosges.
. Depuis la démolition des murs d'Huningue , ce point est le plus faible de la frontière orientale de la France; une fois ce passage forcé, le Rhin, le Jura, les places de l'Alsace et de la Franche- Comté , les Vosges et la Saône , perdent toute valeur comme ligne défensive.
De Genève , qui forme la base d'opérations pour une invasioo dans l'est de la France méridionale , on arrive jusqu'à Lyon , le long du Rhône, sans rencontrer d'autre obstacle que le fort de l'Écluse, dont les ouvrages ont bien été augmentés depuis peu, mais qui cependant n'arrêteraient point un ennemi entreprenant.
La Savoie tient la clef des vallées alpines qui descendent vers Lyon et le Jura; de plus, en construisant la forteresse de Lesseillon et en augmentant lés ouvrages des forts d'Exilés et de Fenestrelles on y a créé une excellente base pour pénétrer dans la riche vallée du Rhône , et pour menacer Lyon , la seconde ville du royaume , distante de la frontière de quelques journées de marche seulement.
Celte ville opulente , qui renferme d'immenses richesses et des ressources de tout genre, est vis-à-vis de la Suisse et de l'Italie ce que Paris est vis-à-vis d'un ennemi venu du Xord.
Sa possession décide de l'issue probable d'une lutte dans le sud-
est de la Fraoce; sa perte entralDe celle' de toutes les places fortes de risëre et de la Durance.
Voici ce qu'il a écrit relativement à rAllemagne:
Les grands boulevards naturels de TAUemagne sont la Suisse, la Tyrol , la Bohême et le bassin de la Moselle , entouré par les Ardennes, les Vosges, le Hundsruck et le Rhin...
Tous ces vastes terrains entourent et protègent son entrée, la moDtDBQse Franconie , la véritable citadelle de rAllemagne , dont la nature a formé les principaux ouvrages.
Elle n'est ouverte d'aucun côté , si ce n'est depuis Mittenberg , sur le Mein , jusqu'à Donauwrith , sur le Danube; et même là on peut considérer l'Odenwald , le Nehar et la Rauhe-Alp comme des OQvrages avancés naturels.
La frontière occidentale de l'Allemagne est défendue en grande partie par le Rhin , qui forme à la fois la principale ligne défensive et la base d'opérations contre la France.
Le Bas-Rhin , depuis Ma]fence jusqu'à son entrée dan44e8 Pays- Bas (Hollande) , n'est guère avantageux pour un pas^e de la rive gauche à la rive droite , ne fût-ce que par la nature du terrain ; en outre , le fleuve y est défendu par Coblentz, EhrenbreU'' tUin, Cologne, Deutz et Wesel. '
Sur le Rhin central , les frontières d'Allemagne ont notamment gagné en force par la possession de Luocembourg , de Sarrebmis, de Landau et de Germersheim,
La place de Germersheim, presque toute achevée (1846), sur la rive gauche , avec une formidable tête de pont sur la rive droite, forme , avec la forteresse voisine de Landau , une position presque inexpugnable, dans laquelle une armée de plus de cent mille hommes peut se rassembler, et où des corps moins nombreux peuvent résister à un ennemi très-supérieur jusqu'à ce qu'ils nient reçu assez de renforts pour lui faire tête en rase campagne.
La rive da Rhin une frontière imaginaire !