‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 29 sur 192 · QUE DEMANDONS-NOUS · texte numérisé non relu

QUE DEMANDONS-NOUS

des alliances , jusqu'à préparer la guerre, il ii*é(ait pas à supposer qu*on se laissât arrêter par un vain texte et qu*on tînt au traité de Paris plus qu*au traité de Chaumont. Sans doute, nous ne pouvions afBcher nous-mêmes Tintention de nous soustraire au traité de Paris ; mais en ne nous prononçant pas trop vite, en laissant entre^ voir notre appui et en mettant un peu de tenps à l'accorder, la Russie et la Prusse étaient si ardentes que probablement elles auraient dit elles-mêmes les mots que nous n'osions pas dire, et nous auraient offert ce que nous n'osions pas demander. Dans quelle mesure notre condition se serait-elle améliorée, on ne saurait Taffirmer, mais elle Faurait été dans une mesure quelconque, et, assurément, proportionnée à la gravité du conflit. Ajoutons qu^unis à la Prusse et à la Russie , le conflit, quel qu'il fût, n'était guère à craindre pour nous. Il est même probable que T Angleterre et F Autriche n'auraient pas osé braver la guerre , qu'elles auraient cédé , que nous aurions été par conséquent les arbitres de celte situation, et les arbitres usses bien récompensés. Par conséquent le traité de Paris n'était pas une impossibilité, mais une difficulté qu'on pouvait surmonter avec un peu d'adresse, et on conviendra qu'en présence d'adversaires qui avaient usé et abusé de la force à notre é(jard , l'adresse était bien permise. Cette manière de se conduire suppose qu'on aurait été décidé à condescendre aux vœux de la Russie et de la Prusse; mais cette condescendance était-elle donc si fâcheuse pour nous ? La Russie , obtenant toute la Pologne, dont elle avait déjà la plus -grande part, se serait avancée de la Vistule , où elle était depuis longtemps établie, jusqu'à la Wartha. La Prusse, obtenant la Saxe, eût confiné de plus pi es avec l'Autriche. Etait-ce véritablement à nous Franr çais à nous en inquiéter? Était-ce à nous à prendre soin de cette union intime des trois puissances continentales , qui avait servi à nous vaincre, qui , aprfes nous avoir vaincus, avait servi à nous imposer le traité du 30 mai , et qui depuis a tenu pendant quarante ans notre politique sous le joug d'une coalition permanente? ( Thiers , Histoire du Consulat et de l'Empire, )

Notre politique est ce qu'il y a de plus simple; elle se réduit à cette alternative :

Oa la politique économique de Turgot et de Richard Cobden impliquant le désarmement, dont la France doit être assez crâne pour donner l'exemple à toute l'Europe;

Ou la politique territoriale de Richelieu et du comte de

Bismark exigeant que la France ne se laisse pas effacer par le gouvernement prussien du rang des grandes puissances européennes, en tête desquelles était la France et au nombre desquelles, avant 1866, n'était pas la Prusse, laquelle n*avait alors que 18 millions d'habitants.

Si nous avons laissé iusoucieusement échapper Toccasion propice de fonder la première de ces deux politiques, qui était la grande; s'il ne nous reste plus qu'à revenir à la seconde, nous demandons que l'on ne perde pas un tenips précieux ; nous demandons que l'on ne prolonge pas indéfiniment a la dépression universelle, la stagnation générale, le cauchemar de l'incertitude d , dont le gouverneur de la Banque de France, ïf . Rouland, a porté le triste aveu à l$i tribune du Sénat dans la séance du 29 juillet I86i3; nous demandons que l'œuvre de 1829 soit reprise; qu'une négociation soit ouverte avec la Prusse sur cette base : la Prusse pourra s'incorporer territorialement la Saxe, comme elle s'est incorporé territorialement le Hanovre, sous la réserve expresse qu'elle contribuera et concourra efficacement à la formation d'un Etat franco-germanique comprenant la Belgique, la Hollande rhénane, la Prusse rhénane, la Hesse rhénane et la Bavière rhénane, lequel État pourra être placé sous la souveraineté du roi de Saxe, qui pourrait changer ce titre contre celui de roi des Pays-Rhénans ou tout autre titre. La France n'aurait d'ailleurs aucune objection à ce qu'au, lieu d'un seul État d'environ 10 millions d'habitants(l), il y eût deux États à peu près de populations

Htbifantt.

(1) Belgique 4,940,570

Bavière rhénane 490,202

Hesae rhénane 234,491

iLimbonrg 221,510 \ 4,544,885

Luxembourg* 202,397

Maeitricht, Nimègue: . . 50,000

t^rnsse rhénane. . « 3,346,195

Total 9,485,455

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