PAIX ARMÉE ET LIBERTÉ COMPRIMÉE
égales» et qae le roi des Belges conservât sa couronne et son royanme. Alors il y aurait :
Le royaume de Belgique gardant ses . . . 4,940,570 b. Le royaume des Pays-Rhénans, réunissant 4,534,885 h.
Et en cas d'opposition de la Prusse à ce dénouement paciBqae, lions demandons que la France n'hésite pas plus longtemps à porter la ligne de ses frontières actuelles jusqu'à la ligne de ses frontières naturelles, et à rentrer ainsi dans la pleine possession de toutes les forteresses enclavées; nous demandons enfin ce que nous avons appelé :
La part du fleuve.
PAIX ÂRlfiE ET LIBERTi COMPRIMÉE.
19 août 18S8.
Ce que défend la Gazette de France contre nous, ce n*est ni la paix ni la liberté, c'est la guerre expectante et l'arbitraire perpétué; en d'autres termes, c'est la paix armée et la liberté comprimée.
C'est ce qu'il ne nous sera pas difficile de démontrer.
EstHre que, sérieusement et de bonne foi, il est raisonnable d'espérer que le gouvernement impérial, lorsqu'il vient d'imposer à la France la double charge d*une armée effective de 900,000 hommes et d'une armée éventuelle de 500,000 hotnmes, désarmera pour le plaisir de donner raison à la Gazette de France contre la Liberté? Si le gouvernement impérial . devait désarmer, est'^e qu'il aurait exercé sar sa majorité la lourde pression sans laquelle il n'eût pas obtenu le vote de la dernière loi militaire et le vote du contingent de 100,000 hotnmes pour l'an prochain? Si
lis LA GUERRE FATALE.
le gouvernement impérial devait désarmer, est-ce qu'il ferait travailler jour et nuit, en France et à Tétranger, pour avoir le plus tôt possible le plus grand nombre possible de fusils et de cartouches qui défient et surpassent les cartouches et les fusils de Tarmée prussienne?
Il faudrait cependant voir les choses telles qu*elles sont.
C'est prêcher dans le désert que d'exhorter le gouvernement français à désarmer.
A ceux qui persistent à lui donner ce conseil, il se borne invariablement à répondre: a Que la Prusse donne Texeoiple^ et je le suivrai. »
A ceux qui, lui donnant le même conseil, se retournent du côté du gouvernement prussien, celui-ci répond non moins invariablement : a Que la France réduise son armée, et je réduirai la mienne, d
Si la Gazette de France sait un moyen de sortir de ce cercle vicieux, elle n'a qu'à nous le faire connaître, et elle peut compter dans ce Qas qu'elle n'aura pas d'auxiliaire plus décidé que nous.
Mais pas de phrases creuses! pas de vieux clichés!
Il est évident , il est manifeste que le désarmement européen n'est plus possible que par un Congrès européen, et qu'un Congrès européen ne s'assemblera qu'après une guerre non moins décisive, soit à l'égard de la Prusse, soit à l'égard de la France, que l'a été là guerre de 1866 à l'égard de l'Autriche et de ses confédérés. L'expérience que nous avons sous les yeux enseigne et atteste que la paix qui n'a pas eu un congrès pour couronnement n'est qu'une trêve. Si en septembre ou octobre 1866 un Congrès se fût réuni pour statuer sur les événements accomplis en juillet et août, Autriche, France, Italie, Prusse et Russie eussent pu désarmer et eussent désarmé. Le contraire, ne nous lassons pas de le répéter, n'a eu lieu que parce qu'il n'y a pas eu de congrès
PAIX ARMÉE ET LIBERTÉ COMPRIMÉE. ItS
qoi ait reconna les sitaatioDS nouvelles et réglé les intérêts nooveaux. •
Des compilations ne sont pas des raisons! s*écrie la Gazeiie de France; d*accord, mais celles-là n'excluent pas celles-ci. Nous allons le lui prouver en passant en revue cfaacune«de ses objections.
Objection :
La rive du Rbîn n*ajoaterait rien à la force de la France; cette conquête aurait deux résultats également regrettables : le premier» de nous obliger à maintenir une immense armée sur pied pendant /OD deoiî-siëcle ; le deuxième, de nous détourner du combat de la liberté intérieure, qui est la seule conquête nécessaire, celle à laquelle nous devons nous consacrer tout entiers.
Réponse :
AfBrmer que la rive du Rbin n'ajouterait rien à la force de la France, c*est se mettre quelque peu témérairement en contradiction avec toutes les autorités que la Gazette de France nous reproche d'avoir accumulées contre elle. Ces aotorilés se défendent d'elles-mêmes, et, soit dit sans blesser le juste orgueil de MM. Janîcot et Escande, il est une opinion qui nous parait avoir sur ce point au moins autant de poids que la leur, c'est celle de Vauban et de Napoléon I*'. Quel serait le premier résultat d'une victoire qui rendrait à la France ses limites naturelles, ses limites de 1801? Ne serait-ce pas de la remettre en pleine possession de toutes les forteresses dont les canons sont braqués contre elle? Or, si au lieu de la menacer, ces forteresses la protégeaient, estce qu'elle ne serait pas plus forte? Est-ce que cet accroissement de force et de sécurité ne lui permettrait pas de réduire le chiffre de son armée? Est-ce que l'Italie n'est pas plus forte depuis que le célèbre quadrilatère de Vérone, de Manloue, de Peschiera et de Legnago lui appartient et n'appartient
plus à rAutriche? Est-ce que, si elle le voulait, Tltalie ne pourrait pas réduire radicalement son armée, à moins que. le gouvernement italien n*ait contracté avec le gouvernement prussien des engagements qui le lui interdisent? Or, ce qui était vrai pour l'Italie et le quadrilatère autrichien n'est pas moins vrai pour la France et le double qusylrilatère prussien. Donc, au lieu de nous obliger à maintenir sur pied pendant un demi-siècle une immense armée, ce serait le plus sûr, et peut-être même serait-ce le seul moyen de la réduire ; car, il faut s'y attendre , la rivalité qui existe entre la France et la Prusse ne fera que croître et s'envenimer. Quant à la liberté intérieure que fait apparaître la Gazette de France en disant que la guerre nous en détournerait, ici encore c'est le contraire qui serait la vérité. Une guerre contre l'Allemagne se levant tout entière contre nous , surtout si la prudence nous commandait de dénouer le lien qui attache Tltalie à la Prusse, ne serait possible qu'avec l'élan populaire dégagé de ce qui serait de nature à le ralentir. Le jour où la guerre éclatera entre la France et la Prusse, on peut compter que le premier acte du gouvernement impérial sera de donner aux Français toutes les libertés au moins qu'ont les Belges, et à ceux-ci le suffrage universel qu'ils n*ont pas et que les Français ont.
Autre objection :
L'acquisition de la rive du Rhin n'offrait pas autrefois les obstacles quelle offrirait aujourd'hui. Le droit international qui régissait TËurope admettait comme légitimes les conquêtes territoriales.
Réponse :
Depuis quand donc le droit international ne les admet-il plus? Est-ce qu'il a protesté en 1866 contre la conquête
PAIX ARMÉE ET LIBERTE GOIfPRIIfÉE. lU
territoriale des dacfaés de TElbe et du royaume de Hanovre par la Prusse?
Autre objection :
Le second Empire 8*est interdit la conquête des provinces allemandes d'en deçà du Rhin en proclamant un nouveau droit public en Europe, le prétendu droit des nationalités.
Réponse :
Est-ce que ce nouveau droit public a empêché la France de s^anneier le comté de Nice et la Savoie? Est-ce que ce nouveau droit public a engagé et retenu la Prusse et même TAutriche? D'ailleurs, il est si peu vrai de prétondre que le second Empire s^est interdit la conquête des provinces allemandes d'en deçà du Rhin, que le contraire résulte de la lettre du il juin 1866, signée Napoléon, adressée à H. Drouyn de Lhuys et lue par M. Rouher à la séance du Corps législatif; cardans cette lettre l'Empereur s'est expressément réservé d'étendre les frontières de la France a si la carie de l'Europe venait à être modifiée au projit exclusif d'une grande puissance et si Véquilibre européen était rompu r>. Oui ou non, est-ce que l'équilibre européen n'est pas rompu? Oui ou non , est-ce que la carte de l'Europe n'a pas été modi6ée au profit d'une grande puissance, cette puissance se nommant la Prusse? Oui ou non, est-ce que la lettre impériale du 11 mai 1866 n'engage pas le gouvernement français dans le sens qui nous parait conduire au désarmement européen par la ligne la plus droite et la plus courte? Si en juillet 1866 la France n'a pas envoyé sur le Rhin cent mille hommes, pendant que les Prussiens s'éloignaient de Berlin et marchaient sur Ollmûtz, Prague, Pardubitz, Zwittau, Czernahora, Tœplitz, Briinn,Nickolsbourg, c'est que la France, qui n'avait pas compté sur une guerre si lestement menée et si rapidement terminée, a été prise an dé-
pourvu. Tout autre et très - différente eût été la conduite dé la France si TAutricbe n*eât si facilement et si vite lâché pied, si la bataille de Sadowa eût été seulement une victoire et n'eût pas été une déroute. Voilà la vérité; il est bon qu*on le dise, il est bon qu^on le sache, afln que, la lumière se Taisant, on ne s'égare plus dans l'obscurité.
Tout en disant que la ligne du Rhin a cessé d*étre une frontière militaire, et que les provinces allemandes appartenant à la Prusse et à la Bavière ne consentiront jamais à devenir françaises , la Gazette de France ne renonce cependant pas À l'acquisition du Rhin; mais, selon MM. Estancelin et Janicot, « cette acquisition ne doit pas être « brusquée; pour qu'elle soit fructueuse, pour qu'elle ne » cause aucun embarras, elle doit être préparée par des » alliances, »
Lesquelles? Si la Gazette de France persiste à ne pas nous les faire connaître, nous conclurons de son silence qu'elle n*a employé ici le mot « alliances » que pour masquer une retraite.
LES PROVINCES RHiNÂNES.
19 août 1868.
Jamais les provinces rhénanes sujettes de la Prusse et de
la Bavière ne s'habitueront à redevenir françaises. C'est la
Gazette de France qui le sait et qui TafGrme.
A cette affirmation, ce ne sera pas notre témoignage contraire que nous opposerons, ce sera celui d'un de ses anciens amis politiques, M. Charles Muller, à qui nous empruntons la page qui suit :
LES PROVINCES RHélVANES. 117
Sur quoi se fondent les écrivains qui s^efforcent de nous repré* senter ces populations de la rivé gauche comme préférant la domination allemande à la doinination française?
Elles auraient donc bien changé de sentiments depuis cinquante ans! Faut-il rappeler Taveu qu'an congres de Vienne le prince de Hardenberg faisait de la difGculté qu*aurait la Prusse protestante à s'assimiler les peuples catholiques d'Aix-la-Chapelle et de Cologne? Faut-il rappeler qu'après nos désastres, les provinces rhénanes demandèrent et obtinrent que, malgré leur séparation de la France, elles continueraient à é(re régies par le Code français? Faut-il rappeler ce qu'en 1823 le duc de Rovigo disait de l'émotion patriotique causée dans ces provinces par la nouvelle de nos succès en Espagne, ce qu'il disait de la joie avec laquelle elles avaient vu la France reprendre son rang militaire, ce qu'il disait de leurs désirs de délivrance?
Est-ce que la Savoie et le comté de Nice aspiraient, en 1860, à se détacher de Tltalie pour se rattacher à la France? Est-ce que si le gouvernement italien, refusant de s'en séparer, les avait défendus les armes à la main, le comté de Nice, patrie de Garibaldi, et la Savoie, ne se fussent pas patriotiqnement battus contre la France? Est-ce que les trois départements de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes- Maritimes ont résisté à leur annexion? Est-ce qu'ils sont une Venise attachée aux flancs de la France?
Nous ne disons pas, nous sommes loin de dire, que les populations des provinces rhénanes aspirent en 1868 à redevenir françaises. Non, nous ne le disons pas parce que nous ne le pensons point; mais ce que nous pensons et ce que nous disons, c'est que l'esprit de ces populations ne tarderait pas à changer dans Tune de ces deux alternatives :
Premièrement, si la Prusse, se replaçant en 1868 sur le terrain de la note de M. Hardenberg du 20 décembre 1814, adoptait l'idée d'un royaume des Pays-Rhénans donné an roi de Saxe en échange du royaume sur lequel il ne règne plus depuis 1866 qu'en vassal humilié de la Prusse suzeraine;
Deuxièmement, si la France remportait sur la Prusse une
éclatante victoire qui lui donnerait les Pays-Rhénans au m(>ine titre que la victoire de Sadoiva a donné à la Prusse le Hanovre, les duchés de TElbe et les villes libres. Est-ce que c'est de son consentement, par exemple, que Francfort» siège de la Diète germanique, est devenue simple ville prussienne? Pourquoi donc la France aurait-elle des scrupules que la Prusse n*a pas eus, et contre Tabsence desquels l'Europe n'a pas protesté ?
Encore une fois, ayons une politique : ou la politique économique ou la politique territoriale, ou la France puissante par la richesse ou la France puissante par la force, ou la France féconde ou la France virile! Ne descendons pas au rang de la Belgique moins la liberté.
LE VIDE sous LÇS MOTS.
21 août 1868.
Le nom de a politique d'aventure » que donne à notre politique la Gazette de France, c'est celui que mérite la sienne, se proposant pour tâche la résurrection de la Pologne.
Cette résurrection, comment serait-elle possible? . Quels seraient les alliés de la France pour contraindre la Russie à lâcher sa proie?
Serait-ce l'Autriche, serait-ce la Prusse, l'une et l'autre puissances copartageantes?
A défaut de l'Autriche et de la Prusse qui ne manqueraient pas de faire cause commune avec la Russie, quels seraient les auxiliaires que la France trouverait en Europe pour entreprendre une lutte à outrance contre rAutriche, la
LB VIDE SOUS LES MOTS. ItO
Prusse et la Russie, ces trois puissances réunissant entre elles cent cinquante millions d*hahitants?
Parler encore en 18(i8 de la résurrection de la Pologne, c*est avoir la mémoire courte, car c*est oublier les notes échangées en 1863 entre H. Drouyn de Lhuys et le prince GortschakofT; c*est oublier Tattitude de la Prusse à cette époque ; c'est oubliier la conduite de TAutriche et celle de TAngleterre; c'est surtout oublier à combien de malheureux Polonais nos funestes encouragements ont coûté, aux uns la vie, aux autres la fortune et la liberté.
Le 1*' janvier 1863, la Pologne était en pleine possession de son autonomie administrative, elle était administrée exclusivement par des Polonais. De cette autonomie administrative de la Pologne, qu*est-il resté? et lorsque. Tan dernier, les Polonais sujets prussiens ont tenté de protester contre le travail d'unîBcation de la Prusse, quel accueil a fait à leur protestation le comte de Bismark?
La politique d'aventure, non, ce n*est pas celle qui entreprendrait soit de raser toutes les forteresses enclavées qui menacent la France, soit de rendre à la France ses limites naturelles; la politique d'aventure, cVst celle qui entreprendrait de ressusciter la Pologne, morte à jamais.
Même donner à cette politique de la Gazette de France le nom de a politique d*aventure « , c'est encore lui faire trop d'honneur, car ce n'est pas de la politique de téméraires, c'est de la politique d'aliénés ayant perdu la mémoire en même temps que la raison.
Puisque la Gazette de France a cru devoir revenir sur ce qu'elle nomme encore « la question polonaise » , je l'engage à lire dans le Peuple polonais, organe de la démocratie polonaise, imprimé bimensuellement à Genève, l'article
publié dans le numéro en date du 15 août 1868. Elle y trouvera la déclaration suivante, qui est nette et claire :
L'auteur de la brochure intilulée : la France, la Pologxe et le PRINCE Napoléon Bonaparte, pense que tous les Polonais doivent venir à cette conclusion unanime :
Hors la France point de salut!
Comment? -^ Coligny voulait et ne pouvait pas ;
Louis XIV et Colbert voulaient et ne pouvaient pas;
Louis XV et Choiseul voulaient et ne pouvaient pas;
Napoléon I*' el Talleyrand onl voulu, ont essayé et n^ont pas pu ;
Guizot et la République de 1848 n'ont pas même pu essayer;
L'Empereur Napoléon III s'est trouvé pitoyablement abandonné de tous ses alliés au premier mot sur le rétablissement de la Pologne ; et vous continuez de dire aux Polonais :
Reposez-vous sur la France !
Mais il nous semble que notre déduction sera plus fondée :
N*èspérez le secours de personne et encore inoins celui de la France : malgré tout son désir, elle ne peut rien faire pour vous 1
Ce qui est souligné dans celte citation Ta été par Tauteur ou les auteurs de cette signification de congé justement donné à la France.
Nous comprenons l'embarras de la Gazette de France et nous y conipatissons ; elle se sera aperçue qu'elle s'était témérairement avancée, quand elle avait accroché au clou de Tune de ses colonnes ce tableau de fantaisie avec la fausse étiquette de tableau d'histoire :
Pour savoir ce que nous entendons par a une politique à la fois
franchement, ouvertement nationale et européenne » , pour savoir
quelle est celte politique, pour en connaître la définition, pour la
voir en action, il n'y a qu'à lire l'histoire de la royauté française.
C'est la politique qu'ont pratiquée nos rois pour fonder la France. Ce fut celle de Philippe Auguste, de saint Louis, de Louis XI, de François I*% de Henri II. C'est celle qu'Henri IV allait faire prévaloir, quand la mort le surprit. C'est celle qu'adoptèrent et pratiquèrent Richelieu, Mazarin. C'est celle qui triompha A la paix de Westpbalie. C'est celle qui fit la grandeur du règne de Louis XIV,
LE VIDE SOUS LES )fOTS. iti
eelie qui, soos Louis XVI, aida les colonies anglaises d^Amériqne à conquérir leur indépendance. Ce fut même celle de la République, qui, dans ses relations extérieures, eut la sagesse de suivre les traditions nationales de la royauté. Ce fut enfin celle de la Restauration, et elle était à la veille de recevoir son couronnement, en 1830, lorsque le roi Charles X reprit la route de Texil. Car il est à remarquer que deux fois, au moment où cette politique allait triompher, elle a été arrêtée dans son triomphe : la première par le poignard de Ravaillac, la seconde par la révolution de Juillet. C*est cette politique qui, associant Tinlérét européen et Tintérét général à Tintérct français, a constamment travaillé à établir, à consolider Téquilibre européen. Henri IV la définissait d'un mot lorsqu'il disait que son but était de fonder les États-Unis d'Europe. Cest elle qui s'est faite constamment la protectrice des petits États contre les grands, qui a travaillé sans relâche à empêcher les grandes agglomérations de se former et à saper celles qui existaient. C'est elle qui nous avait valu Tamitié séculaire et Talliance fidèle de la Suisse. C'est eUe qui n'a pas cessé un seul jour de protéger la Pologne, dont elle comprenait que le maintien était une nécessité à la fois politique, religieuse et sociale en Europe.
Ignorant que nous étions! nous supposions que la politique de Henri IV consistait dans le partage de l'Europe en seize Etats à peu près égaux , ce qui n*avait assurément rien de commun avec « la politique de la France, constamment v protectrice des petits États contre leç grands, travaillant » sans relâche à empêcher les grandes agglomérations de se 9 former et à saper celles qui existaient. » Ignorant que nous étions! nous supposions que le premier partage de la Pologne datait de 1772, ce qui serait en contradiction flagrante avec celte affirmation : a La Royauté française n*a pas cessé un seul Jour de protéger la Pologne. » Ignorant que nous étions! nous supposions que ce n'était pas le rétablissement de la Pologne que le roi Charles X et son ministre, le comte de Laferronajs, négociaient en 1829 avec la Russie, mais qu*il s'agissait de rendre à la France ses frontières naturelles. Ignorant que nous étions!
i22 LA GUERRE FATALE.
Que la Gazette de France nous pcrmelle de préciser la question et de serrer le débat : Nous ne lui avons pas demandé de nous rappeler et de nous détailler les fautes et les inconséquences commises par l'Empire deuxième; ces fautes et ces inconséquences, nous les connaissons aussi bien que le Journal de V appel au peuple; ce que nous lui avons demandé, c'est de vouloir bien nous faire connaître ce qu'elle entend pa,r « une politique à la fois franchement , ouver- » tentent nationale et européenne. »
Si la Gazette de France ne sait pas ce qu'elle a voulu dire par ces mots, qu'elle ait la bonne foi de le déclarer, et nous n'aurons pas la cruauté de triompher plus longtemps de son embarras )
La Gazette de France confond deux politiques qui se contredisent :
La politique des grands États, égaux entre eux, qui est la politique de Henri IV;
La politique des petits États, que le Journal de V appel au peuple érige en a politique traditionnelle de la France. »
Il n'y a que les esprits superficiels qui soient dupes des banalités solennelles qu'ils s'habituent à répéter sentencieusement sans jamais les vérifier.
La politique d'un pays, même celle d'un continent, varie selon les temps et selon les progrès des choses.
Est-ce que tout n'a pas changé autour de la monarchie française depuis trois siècles, sans remonter plus haut?
Est-ce que l'Europe est en 1868 ce qu'elle était en 1568, en 1668, en 1768?
Est-ce que la politique de la France, est-ce que la politique de TEurope peuvent demeurer invariablement ce qu'elles étaient avant que la Russie eût pris les immenses
proportions qu^elle a acquises et que les Etats-Unis fussent devenas ce qu'ils sont?
Ce que veut dire i politique rationnelle , nous le savons; ce que veut dire politique traditionnelle, nous ne le savons pas.
Il y a des choses faites qu*on ne défait pas. Il ne s*agit point de défaire ce qui est fait; il s'agit de conserver à la France le rang qu'elle occupait en Europe, et qu'elle ne saurait perdre sans mettre en péril son intégrité territoriale et son indépendance politique.
Que ce soit par une cause ou que ce soit par une antre, la France est dans un de ces instants décisifs pour une nation où elle ne peut échapper au déclin qui la menace que par un grand acte de virilité nationale couronné de succès.
La Gazette de France ayant affirmé que la politique dont elle porte le drapeau n'avait pas cessé un seul jour de protéger la Pologne, nous demandons à ce journal comment il concilie cette politique si constante avec le silence opiniâtre gardé par le roi Louis XV à la lettre suivante :
Au roi de France,
Vanofie, le 16 octobre 1712.
Monsieur mon frère et cousin,
La conservation du royaume de Pologne dans tous ses droits et son intégrité étant un objet auquel Votre Majesté se trouve intéressée par les engagements de la couronne autant que par ses propres convenances, je me sens obligé de lui faire part de la manière la plus solennelle du péril et de la situation de cet État. . Il vous est connu. Sire, par quelle gradation d'événements et de malheurs les circonstances présentes ont été préparées et amenées au point où elles sont aujourd'hui. Les provinces les plus vasjes el les plus riches de la Pologne, envahies par les troupes de trois de ses voisins, ont déjà passé sous leur domination ou
m LA GUERRE FATALE.
touchent au moment de subir celte destinée. — Nulle injure, nul oubli des engagements de la république et des lois de bon voisinage ne peuvent servir à justifier cette usurpation : elle est le résultat de la force majeure dirigée par Tesprit d'ambition et la soif des conquêtes.
Vous cesseriez, Sire, d'être grand et généreux si vous pouviez voir d'un œil indifférent le malheur d'un État qui vous a de tout temps aimé, respecté, qui compte parmi ses rois un de vos prédécesseurs et qui s'est cru jusqu'à présent en sûreté contre les invasions étrangères, à Tabri de la garantie stipulée dans un traité solennel par le roi votre aïeul, de glorieuse mémoire.
Je demande donc, en ma qualité de chef de la nation polotiaîse, et je réclame solennellement votre protection en sa faveur. Trop faible, tant par le nombre et la puissance de ses ennemis que par les vices de sa constitution et le$ troubles qui l'ont déchirée, trop faible, dis-je, pour, se secourir elle-même, elle va périr si l'Europe l'abandonne. — Le rang distingué que Votre Majesté tient parmi les souverains ne me permet pas de douter que Votre Majesté ne s'empressera d'anéantir ce système d'injustice, et que les autres souverains n'en recevront d'elle l'exemple et le signal.
Plein de confiance dans là grandeur d'ârine et la générosité de Votre Majesté, je suis, avec l'estime la plus parfaite, votre frère et cousin.
Stamslas-Auquste, roi.
Le rédacteur de la Gazette de France fera-t-il comme le roi de France Louis XV? Gardera-t-il imperturbablement le silence?
Quatre longues colonnes de la Gazette de France pour y délayer cette espérance :
La Pologne ressuscitera un jour comme nation. L'heure estelle venue? Nous ne le croyons pas. Est-elle proche? Nous ne l'espérons point. Elle viendra cependant, et cette conviction où nous sommes nous console de l'attente.
Ces lignes de la Gazette de France, datées du 23 août 1868, me rappellent cette téméraire affirmation du Siècle en mars 1863 :
La Pologne sera sans qu'on brûle une amorce.
Halhenrease Pologne ! malbeureox Polonais! où tous ont conduits les illusions dans lesquelles, en 1863, vous entretenaient tous les journaux français, hormis un seul?
EUps vous ont conduits à la ruine, à la désolation, à la déportation, à la mort... pis que cela, elles vous ont conduits à l'avilissement des caractères, car les plus violents parmi les insurgés survivants n^ont pas lous été les derniers à passer du langage le plus altier an langage le plus humble.
Il ne sufOt pas de déclarer emphatiquement que la Pologne sera rétablie; il faudrait démontrer, tout au moins expliquer comment elle le sera, comment^ elle pourra Tétre.
Cest ce que ne fait pas la Gazelle de France^ et par une excellente raison, c*est que Timpossible ne se démontre ni ne s^explique.
Lorsqu'on lit les articles des journaux qui persistent à annoncer la résurrection de la Pologne, il semblerait toujours que la Pologne n*a été la proie que d'une seule puissance, la Russie.
Ces journaux discutent comme s'ils ignoraient que cette proie y trois États se la sont partagée à trois reprises : la première fois en 1773, la seconde fois en 1791, la troisième fois en 1793.
Or ces trois puissances copartageantes, FAutricbe, la Prusse et la Russie, représentent cent cinquante millions d'habitants, tandis que la France n'a que trente-huit millions d'habitants.
Imaginez donc une combinaison vraisemblable par laquelle la France, avec ses trente-huit millions d'habitants seulement, puisse arracher la Pologne des serres de VAutricbe, de la Prusse et de la Russie, fortes d'une population quatre fois plus considérable !
Et encore faudrait-il que la France se hâtât et ne perdit pas un instant, car si elle attend quelques années, les Polo» nais, sujets autrichiens, sujets prussiens, sujets russes, seront
ce que sont devenus les Alsaciens et les Lorrains sujets français.
En juillet 1863, au moment où Tinsurrection polonaise était dans toute son incandescence, que faisaient les Polonais sujets autrichiens? Ils votaient au Reichsrath Tamendement à l'adresse proposée par M. Herbst ainsi conçu : tt Maintien invariable de l'intégrité de l'empire autrichien. » Cet amendement était appuyé en ces termes par M. de Mogliencki, député polonais, sujet autrichien : «Nous yi appartenons à l'empire d'Autriche depuis quatre-vingt-dix » ans; c'est à M^rie-Thérèse et à l'empereur Joseph que » nous devons d'avoir joui d'abord des droits primitifs de » l'homme . Si dans l'intervalle les idées de réaction et de cen- » tralisation ont pris momentanément le dessus, c'est que » nous n'étions pas, comme aujourd'hui, sous un gouvery> nement constitutionnel. »
La Gazette de France semble croire que TAutriche ferait facilement le sacrifice de la Galicie. La Gazette de France a-t-elle donc oublié tous les actes de la diplomatie autrichienne, qui attestent le contraire, et notamment la fameuse note du 4 janvier 1847, signée Metternich? C'est dans cette note que se trouve consignée cette déclaration, qui ne laisse subsister aucun doute sur l'étroite solidarité existant entre l'Autriche, la Prusse et la Russie :
Les trois puissances ont consulté la première loi de chaque Ëtnt, le droit de propre conservation et de protection envers leurs sujets; ensuite elles ont agi convaincues de leur droit et de leur devoir. C^est en cela, et dans aucune autre chose, que réside toute la question de Krakovie.
Signé : Metternich.
Si la France ne peut ni ne doit compter sur l'Autriche, complice du triple partage de la Pologne, pour rendre à la Pologne sa nationalité, la France peut-ellp compter, pour
Taider dans cette œuvre de rèsurreclion , sur la participation derAngleterre?
Il faudrait avoir la roëmoire bien courte pour garder encore à cet égard la plus petite illusion.
Le 7 juillet 1831 le comte Sébastiani, ministre des aflaires étrangères, écrivait au prince de Talleyrand, ambassadeur de France à Londres :
Le roi, touché des raaux qu*a déjà causés la guerre de Pologne, s'est adressé avec confiance à Tempereur de Russie. . . Le désir do Sa Majesté, mon prince, est que vous fassiez à ce sujet des ouver* liwes immédiates et pressantes au gouvernement anglais ; nous en atteodons le résultat avec une vive iupatiencb.
II faudrait avoir oublié la réponse, datée du ForcignOffice le 22 juillet 1831, faite à cette communication par lord Palmerston, en ces termes, qui n'admettaient pas une plus longue insistance :
Sa Majesté se voit dans la nécessité de REHissa la proposition que le prince de Talleyrand a eu Tinstruction de lui communiquer.
Il faudrait avoir oublié cette déclaration de lord Palmerstonle 3 juillet 1832 :
L^Autriche et la Prusse sont d*açcord avec la Russie dans son interprétation du traité de Vienne.
il faudrait avoir oublié cette autre déclaration de lord John Russell à la Chambre des communes dans la séance du 26 mars 1862 :
Jamais aucun homme d'Etat anglais ayant rempli les fonctions de ftremier ministre n*a eu dans Tidée de prêter une assistance HATÉRiELLE AUX POLONAIS... Jamais aucun ministre n*a pensé que le devoir de ce pays fût de sHnterposer autrement que par VexpreS" iùm de ses opinions,,. Le peuple polonais ne doit pas compter que TAkcleterre tirera l'épée en sa FAVEUR, et qu*elle fera autre chose que d'adresser au gouvernement russe des représentations qui soient dignes de TAngleterre.
11 fajadrait avoir oublié la déclaration identique faite le
4avril de la même année parlordPalmerslon, lequel ajoutait:
Les Polonais agiraient mieux dans le sens de leurs propres intérêts en s*efforçant de faire de la conciliation et de profiter des sentiments bienveillants et humains que je dois supposer à Tempereur Alexandre. Dans tous les cas, ce n'est pas là une question où la Grande-Bretagne puisse intervenir sagement et utilement.
Il faudrait avoir oublié cette autre déclaration de lord John Russell, le 28 septembre 1863, au banquet de Blairgowrie :
J*ai déclaré à ma place, au Parlement, et je conserve toujours cette opinion, que ni les obligations de ^Angleterre, ni son honneur, ni ses intérêts, n'exigent que nous fassions la guerre pour la Pologne-,
Ces citations pourraient être multipliées à Tinfiiii; quoique très-sommaires et très-incomplètes, elles suffisent pour attester que si la France voulait tenter de nouveau le rétablissement du royaume de Pologne, cette fois encore elle serait seule contre TAutriche, la Prusse et la Russie, comme elle Ta été en 1831 et en 1863.
Et ce serait une guerre à outrance de trente-huit millions d*babitants contre cent cinquante millions d'habitants, car la devise des Polonais est : Tout ou rien. Le manifeste polonais du 3 juillet 1863 ne laisse à cet égard aucun doute; il s'exprime ainsi :
La Pologne défend ses croyances religieuses et ses foyers domestiques; elle revendique sa liberté et son indépendance, et elle ne cessera de combattie que lorsqu'elle aura reconquis sur PoppresseurSES FRONTIÈRES DE 1772. Le gouvernement naiionai a déclaré que la Pologne répudie toute TRANSACTION comm^ un SlICIDË, comme une TRAHISON...
Signé : Louis Wolowski, présidant la réunion; Joseph Obdega, secrétaire du comité; Achille Bexoldi ; Xavier Beanicki ; Ladislas Czarto- RYSKi, etc.
Avant que parût ce manifeste, le comte André Zamoyski
avait remis, le 14 septembre 18G2, au grand-duc Constantin une adresse dans laquelle se trouvait ce passage:
Polonais^ nous ije pourrons appuyer le gouyernement que quand ce gouvernement sera polonais et quand TOUTES les provinces qui composent notre patrie seront réunies ensemble et jouiront d^une constitution et d*institutions libres.
Et M. Ladislas Mickiewicz avait dit dans sa proclamation:
Le marquis Wielopolski représente cette idée, que la Pologne doit s'administrer elle-même sans cesser de faire partie INTEGRANTE DE l'empire DE RussiE. Cette HÉRESIË contre le principe de la nationalité polonaise a naturellement éloigné de lui les Polonais.
Si le sort des Polonais sujets de FAutriche, de la Prusse et de la Russie blesse en eux le sentiment national, sont-ils cependant moins à plaindre qu*en 1773, avant le partage de leur pays?
La Gazette de France peut, s'il lui plait, prétendre que nous abusons des citations qui la contrarient , mais cela ne nous empêchera pas de placer sous ses yeux cet extrait des œuvres de Tancien roi de Pologne Stanislas Leczinski :
C*est à peine si nous distinguons les paysans des bétes de travail avec lesquelles ils labourent nos champs. Bien souvent nous ménageons moins les forces des paysans que celles des animaux, et plus souvent encore nous en faisons Fobjet d*un trafic honteux... La Pologne est le seul pays ou le peuple soit comme déchu des droits de thumanité. Nous envisageons les paysans comme des êtres d^une autre espèce que nous, et nous leur contestons presque le droit de respirer le même air que nous (I).
Ce qui ferait supposer que le peuple polonais était moins malheureux après qu'avant le partage de la Pologne, c*est ce passage des Mémoires de Michel Oginshi, publiés en 1827:
L'agriculture et les manufactures y gagnaient; mais c^étaît aux
(1) Stanislas Leczinskl OBuora, 4 vol. (Paris), t; III, p. 4 et 5.
dépens des vexalions et des humiliations des nobles, c*est-à-dire
de LA SEULE CLASSE QUI FORHAIT JADIS LA NATION POLONAISE...
Que sera-ce dans vingt ans, lorsque le décret du 19 fé- Trier-2 mars ISGA^ concernant Torganisation des classes rurales, signé Alexandre, aura porté tous ses fruits?
Ce décret stipule ce qui suit:
Les terres acquises aux paysans leur reviennent affranchies de toutes charges envers les tiers. Elles sont libérées également de toutes les prestations et restrictions auxquelles la coutume les avait asservies vis^à-vis du seigneur, telles que le laudemiam ou maiumorle; le denier du seigneur ; les diverses interdictions frappant rindustrie manufacturière des paysans; la coutume qui obligeait le paysan d'acheter Veaunde-vie pour son usage à la brasserie du seigneur. Sous tous ces rapports, il s*établira une parité parfaite entre la propriété du paysan et toutes les autres propriétés légales.
Lorsque la Gazelle de France prétend qu'elle défend la nationalité des Polonais, elle s'abuse et abuse ses lecteurs ; ce qu'elle défend, c'est la féodalité.
Les grandes phrases de son article portant ce titre menteur : LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLOGNE, n'ont aucun sens, aucune signification: c'est le vide sous les mots.
La discussion à laquelle la Gazette de France a provoqué la Liberté se clôt d'elle-même, en se .tarissant comme ^Q farit la source qui n'a plus d'eau.
La Gazette de France répète que l'empereur Napoléon !•' aurait pu rétablir la Pologne, et qu'il ne l'a pas voulu ; nous ne le nions pas ; elle ajoute que ce rétablissement, Fempereur Napoléon III aurait pu, en 1854, le tenter en débar^^ quant à cette époque vingt mille .soldats français en Po* logne ; peut être I
Mais ce n'est point du passé qu'il s'agit, c'est de l'avenir.
LE VIDE SOUS LES MOTS. t ^^i
Or, à iDoins d*élre aveugle, il est impossible de ne pas Tofr qae toutes les combinaisons qui ont pu exister pour rétablir la Pologne sont absolument épuisées. Donc, il n*y a plus à tenir qu'un seul langage qui soit humain et politique : c'est celui qui consiste à dire aux Polonais sujets autrichiens : Soyez Autrichiens! aux Polonais sujets prussiens : Soyez Prussiens! aux Polonais sujets russes : Soyez Russes, ainsi que les Alsaciens et les Lorrains sont Français !
Tout autre langage est insensé ; tout autre langage serait coupable.
Lorsque le Journal de rappel au peupU^^àevensni le journal de Vappel à V insurrection, réussirait à soulever les Bohèmes, les Slovènes, les Slovaques, les Hongrois, les Rutbènes, les Moraves, soulevant de nouveau les Polonais et faisant cause commune avec eux, à quoi aboutirait la Gazette de France ? Elle aboutirait à faire couler des flots de sang; elle aboutirait à faire reculer la civilisation et la liberté ; elle aboutirait à Tanéantissement de TAutriche, si affaiblie déjà. Est-ce là ce que veut la Gazette de France ? Le sort de la Moldavie et de la Valachie, réduites à l'humiliation d'aller chercher dans un régiment prussien un souslieatenant pour les gouverner, est*il donc si digne d'envie que les Polonais doivent le souhaiter et qu'il soit raisonnable de le souhaiter pour eux?
À défaut de la grande politique économique, à défaut de la politique de Turgot et de Cobden, qui est la nôtre, la vraie politique, la seule qui soit à la fois traditionnelle et ralionnelle, c'est la politique de Henri IV, saluée à Sainte- Hélène par Napoléon I", érigée en programme par le prince Louis- Vapoléon Bonaparte, dans son livre intitulé: l^es Idées napoléoniennes^ et en principe par l'empereur Napoléon III dans la célèbre circulaire du 16 septembre 1866; c'est la politique des grandes agglomérations, c'est celle que nous soutenons quand nous demandons que la
France, puisqu'elle sMmpose la lourde charge d*une année effective de neuf cent mille appelés et d'une armée éventuelle de cinq cent mille mobiles, se seive de cette armée, non pour redevenir la grande agglomération démesurée qu'elle était' en 1813, mais la grande agglomération légitime qu'elle fut en 1801.
Recouvrer ses limites naturelles, refaire son unité géographique : telle est fa seule politique traditionnelle que la France ait jamais eue ; prendre les moyens pour la fin, c'est tomber dans une méprise aussi grossière que de prendre l'ombre pour la proie.
Ce qui suit est teituellement eitrait de la Gazette de France :
Placé sur un mauvais terrain, sur un terrain sans consistance, où il ne' pouvait se mouvoir à Taise et sur lequel il lui était impossible d'édifier rien de solide, M. de Girardin devait finir comme il finit, en reconnaissant que la thèse qu'il avait adoptée n'était pas soutenabie; en avouant que s'il persistait malgré cela, c'était parce qu'il préférait une politique d'aventure et d'expédients à une politique de principes.
M. de Girardin confesse que si la Pologne a été abandonnée par la France, c'est par ia France napoléonienne.
M. de Girardin prétend que la politique des grandes agglomérations fut celle de Henri IV, et que Napoléon, à Sainte-Hélène, n*a fait que la reprendre. La politique qui est sourde aux souffrances de ia Pologne, qui se prononce pour les grandes agglomérations, n'a jamais «été, ne pouvait pas être celle du chef de la maison de Bourbon, parce qu'elle n'est pas française.
Est-il possible de pousser plus loin le mépris de l'histoire et le manque de bonne foi dans la discussion ?
De ce qu'il est vrai que l'empereur Napoléon I'/, qui avait aillé dans la carte de l'Europe des royaumes nouveaux.
aurait pu rétablir en 1809 et 1812 le royaume de Pologne, ao lieu de faire la réponse qu'il dicta le 20 octobre 1809 au dac de Cadore, et celle qu'il adressa le 14 juillet 1812 à la députation de la Diète de Varsovie, s* ensuit-il que si la Pologne a été abandonnée par la France, elle Ta été par la France napoléonienne ? Est-ce qi/e la Pologne , avant d'avoir été partagée, n'avait pas commencé par être abandonnée par la France bourbonienne? A sa lettre si touchante et si pfessante adressée de Varsovie au roi de France LoaisXV, le 16 octobre 1772, quelle réponse le roi de Pologne Stanislas-Auguste reçut-il ?
Aocune.
Le roi de France Louis XV ne lui &t pas môme la réponse évasive et banale que lui fit, le 17 novembre 1772, le roi d'Angleterre George 111.
Cette réponse est curieuse à rappeler :
Saint-James, le 17 novembre 1772.
Monsieur mon frère.
Votre Majesté rend justice, dans sa lettre du 27 octobre, à mes sentiments au sujet de ses malheurs et de ceux de TÉtat. Il y a bien longtemps que f ai vu avec la douleur la plus extrême les maux qui entourent Votre Mnjesté et qui ont abîmé la Pologne. h crains que ces malheurs ne soient arrivés au point de ne pouw être redressés que par le Tout^Puissant, et je ne vois pas d'aatre intervention qui puisse y remédier. J*exercerais volontiers la mienne si je voyais le moment qu'elle pourrait Olre utile.
La justice doit être le guide invariable des souverains. Je voudrais bien supposer qu'elle ne les abandonne jamais. Mais si Dialheureusement des intérêts temporels l'emportent quelquefois sur elle, il faut espérer qu'elle reprendra toujours sa place dans <ies conjonctures plus favorables.
La constance et la magnanimité de Votre Majesté ne peuvent que lui concilier l'estime et l'admiration universelles.
Je suis, avec les sentiments de l'amitié la plus sincère, monsieur Btton frère,
De Votre Majesté le bon frère,
George, roi.
Une réponse pareille aurait-elle donc coulé beaucoup à écrire au roi Louis XV ?
Peut-être n'eùt-elle pas suffi pour empêcher le premier partage qui eut lieu par acte des TjlS septembre I^IS, mais enfii^ elle subsisterait comme protestation et comme document historique. ^
La France napoléonienne date de 1804;; attribuer à la France napoléonienne un abandon qui remonte à 1772, c'est-à-dire à la France bourbonienne, ah! &esi par trop fort!
Passons !
En quoi consistait ce que Thistoire a enregistré sous ce nom : a le grand dessein du roi Henri IV » ?
Le grand dessein de Henri IV consistait dans la réunion de toute la chrétienté en un seul corps qui eût pris le nom soit de République, soit de Monarchie Très-Chrétienne, et dans le partage de l'Europe en a quinze dominations ou Etats n qui eussent été, autant que possible, v. d'une force et d'une étendue égales, » *
Ce partage de TEurope en quinze États territorialement égaux, est-ce que ce n'est pas la politique des grandes agglomérations adoptée par Napoléon I" à Sainte-Hélène et érigée cinquante ans après en principe par Napoléon III dans la circulaire du 16 septembre 1866, signée La Valette, ministre des affaires étrangères par intérim ?
Où donc est la diflFérence?
S'il n'y en a aucune, nous sommes donc fondé à soutenir que la politique des grandes agglomérations est une idée bourbonienne et n'est pas une idée napoléonienne.
Ce partage de l'Europe en quinze Etats territorialement égaux, est-ce que ce n'est pas l'infirmation de cette prétendue politique traditionnelle des petits États protégés par la France?
La vérité, celle-ci non travestie, c'est que la seule vraie