U\ ENTRETIEN HISTORIQUE
politique traditionnelle qu*ait jamais eue la France depuis Hogaes Capet a toujours été celle que nous soutenons, non par préférence, mais à défaut de la grande politique économique dont Turgot et Cobden sont les deux plus illustres personnifications. Cette politique traditionnelle et rationnelle, c*est celle de TUnité géographique de la France.
m ENTRBTIEV HISTORIQUE.
SS aoét 1868.
M. Eugène Chapus' a publié en 1838 un livre intitulé : Souvenirs de l'ancienne cour. — Les Chasses de Charles X. C'est à ce livre que nous empruntons Tentretien suivant, qui se rattache à la lettre de Tempereur Nicolas au roi Charles X (1), datée de novembre 1829 :
(1) • L'tmftnwt Nkoku /*■* au rot CharU$ X,
• NoYembn 899.
» Mon Frire,
* Ce n'eit pu li lettre dTaii eonverain à nn timveraiii qne je vont écrie. C'eil la lettre d'an grend penpie i nn grtnd peuple.
* Vou» navet plus de frontikret; vous n'êtes plut une puiuanee de premet (n-dre. ' •
> Prenez les bords du Bhin, les Alpes et les Pyrénées, la France sera eonstiluée.
* Qaant i moi, le population mue t'élève à 80 roiliiont d'habitaoli, savoir : SO millions de serfs et 30 millions d'hommes libres.
> Il est impossible qne je puisse savoir Tétat de la Russie dans nn quart de <i^Ie, si j'en jnge par les dirBcoltés que j'éprouve anjonrd*hni. Il ftut que fiille à Constantinople afin d'avoir les Iroii éléments de richesse , c'est-à-dire rigriculture, Tindnstrie et le commerce, privé qne je snii de ces deni dernières conditions.
' Faites le traité offensif et défensif, et je le signerai à Hnitant Ptnuadei-
A son lever de table, le roi, toujours de plus en plus taciturne, aborda le premier veneur, qui paraissait lui-même fort absorbé dans ses idées. Ils passèrent sur le balcon, dont la longue ligne anfractueuse dessine le périmètre du château.
Tous deux restèrent silencieux.
tt Girardin , dit enfin le roi , ces ordonnances vous préoccupent donc bien ?
— Beaucoup, sire.
— Mais qu*y avait-il à faire, à votre avis?
— Travailler avant toute chose, sire, à la restauration de la France. Vous aveSE une tâche à remplir qui rentre dans le voeu de la nation et dans celui d*un de vos plus glorieux ancêtres : faire recouvrer à la France ses limites , qui sont le Rhin et la mer, les Alpes et les Pyrénées.
— G*est aussi mon vœu le plus ardent, croyez-le bien. Gette grande et utile direction à donner à la politique de mon gouverne-
vous qoe vos amit seront mes amis et vos ennemis mes ennemis. Telle est la condition de ce traité. ■
(Lettre ayant pour garantie de son authenticité le témoignage du général
comte Aleiiandre de Girardin.)
. Paris, 22 août 1868.
Monsieur et éminent confrère ,
...Vous dites vrai lorsque ¥ons écrivez qoe l'original de cette lettre, dont toos ne pouvez avoir qu'une copie, doit exister aux Archives; car, adressée en novembre 1829 par l'empereur Nicolas !*' au roi Charles X , elle a servi de point do départ à on projet de traité d'alliaace offensive et défensive entre la Rnnie et la France, préparé en juin 1830 par le prince Joies de Polignac.
Ce projet de traité doit également exister aux Archives, avec le rapport qui en était le commentaire et la justification. 11 avait reçu l'approbation du roi Charles X ; et il allait recevoir la signature de l'empereur Nicolas 1"' lorsque éclata la révolution de 1830.
Chacun sait aujourd'hui que le cabinet de Londres n'a pas été étranger à cette révolution , qui vint si fort à propos pour épargner à l'Angleterre l'ennui de voir la France reprendre Pmtes ses frontières naturelles avec rappu\ do la I^ussi^ , qu'on laissait , à ce moment-là, libre de conquérir Constantinople : telles étaient, en effet, les bases définitives du projet de traité dont je vous signale l'existence.
Je sois sûr do ce que j'avance , et voici ce qui me donne cette certitude. C'est on souvenir de plus de trente-huit ans, que rien n'a pu effacer de ma pensée :
Le 28 juillet 1830, la duchesse d'Angouléme était reçue à Dijon, on régnait dès le matin, par suite des nouvelles arrivées de Paris, une fermentation extrême. II y avait réception à la préfecture, on, naturellement, l'émotion était grande. J'offris à la fille infortunée de l'infortunée Marie •Anjoinelte, richement reliée, une méchante poésie imprimée sur la Conquête d'Alger. C'est peut-être le dernier présent qu'elle ait reçu avant de partir pour l'exil.
Les ven étaient plus que médiocres ; c'était de la poésie de rhétoriden. Toutefois le aen-
UN EVTRETIEX HISTORIQUE. -137
ment , je ne Fabandonnerai jamais, car je sens que la Restauration a sa force comparative à conquérir et son influence à reprendre. J'y songe sans cesse; mais, Girardin, comment y parvenir?
— Deox systèmes se présentent : soit une alliance avec TAngleterre , soit une alliance continentale. Pour que le premier fût possible, il faudrait que la puissance anglaise consentit à ce que tous ses comptoirs nous fussent communs, que nos relations fussent les mêmes , nos traités de commerce semblables. Est-il raisonnable de Tespérer ?
— Ainsi mon gouvernement aurait tort de s'appuyer de ce côté?
— Ce serait condamner la Praïkce à jouer un rôle secondaire dans Téquilibre du monde; ce serait la maintenir dans la nécessité de garder son armée sur le pied le plus élevé , et par conséquent d^ accroître ses dépenses.
timrat qui Ici avait iaspirëf ëtait patriotique , et U dncheoe d'AngooIéme me 6t Thonnear de BBC dire , en ^«fenoe en baron de Vismea , préfet de la GAte-d'Or , aprii avoir jet4 les jenx snr mon ode , cet parolet , qoe je n'ai jamaia oobli^ea : • Herci de votre hommage. Cest bien do ehanter lea conqnétei de notre armëe ; mais j'eapère que vooa anrei bientôt de nonireanx triomphes à c^iArer. La prise d'Alger n'est rien auprès de ce qoe le roi pro* jetfe. Il rendra himtôt à la Fraaeê Ut fnmtiirgt qu'êlU a ptrduti. •
Certes . pour qoe la dochesse d'Angooléme . qai était absente de là coor depuis trois ■emnines. sût tenn ce langage le 28 juillet 1830 , il fallait qu'elle eAt la certitude que le projet de traita précédemment préparé par les soins du prince Jules de Polignae allait recevoir son exécution presque immédiate , il fallait qu'elle sAt que la France et la Russie s'é- « talent définitivement mises d'accord , il fallait qu'elle crût leur alliance certaine , il fallait enfin qne le bat de cette alliance fàt bien celui que voua avei indiqué , et que j'ai connu par le fait d'nne circonstance particulière:
Vona voyes qne les choses étaient même plus avancées que vous ne le supposiei sans doofe. Sans la révolution de 1 830 , la France posséderait depuis longtemps déjà toute la rive gauche da Rhin. Mais il n'est jamais trop tard pour faire ce qui est juste et néeessaire. Ce qn'nn Bourbon eât accompli, un Bonaparte peut l'accomplir. L'un le voulait, l'autre le doit ; car Charles X eût donné et Napoléon II! ne fera que rendre.
Je m'arrête , car je vous écris cette lettre non pour discuter, mais pour compléter vos renseignements et faire conn^tre an public des faits anciens qu'il est utile qu'il sache.
Paigtîe précipitamment de Dijon dans la nuit du 28 au 29 juillet 1830 pour Rambouillet, d'où elle devait retourner en exil , la duchesse d'Angoullme est morte k l'étranger : elle ne peut plus attester l'existence du projet de Charles X de rendre à la France toutes ses frontières naturelles.
Mais je suis sftr que l'on retrouverait au Archives, avec la lettre de l'empereur Nicolas 1*' an roi Charles X , l'origine du traité d'alliance qne le prince Jules de Polignae avait préparé, et qne ces deoi souverains allaient signer an moment on la révolution de 1830 est venae changer le cours des événements.
Mea sentiments les plus distingués.
AirtDÉi DE Gisiai.
. — Et Taulre système, demanda le roi qui écoutait fort altentivement, en quoi, selon vous, consiste-t-ii ?
— Il consisterait dans la réunion des intérêts des puissances continentales à ceux de la France. Il est aisé de voir que jusqu*ici c'est le continent tout entier qui était armé par FAngleterre contre la France ; que c*est le continent qu'il nous a fallu Yassurer, et nous ne pouvons le rassurer que par des intérêts communs. Jamais il ne contestera la force de la France , quand celle-ci aura des intérêts de même nature : c'est donc là que doit être tout le but de la politique de votre royaume. N'attendez pas que l'Angleterre concoure au développement de nos richesses , car ce développement entraînerait la diminution des siennes. Il lui faut, comme condition d'existence, que les autres peuples demeurent toujours en état d'hostilité. Le secret de cette politique changeante , qui porte tour 4 tour et dans des circonstances identiques ses armes , son alliance on sa neutralité sur tous les points du globe , est là tout entier. Inspirer des défiances réciproques aux nations , faire éclater des guerres qui, en paralysant leur industrie et dévorant leurs trésors, ouvrent des débouchés à ses fabriques et à ses produits : voilà la force dont l'Angleterre sait user, voilà celte science qui établit sa domination ! Quand le roi le voudra , il plantera ses drapeaux sur l'hôtel de ville de Bruxelles et sur la citadelle d'Anvers. En même temps, n'est-*il pas vrai que l'Autriche s'étendrait sur l'Italie, et que la Russie s'établirait sur le Bosphore? Et le grand mal, sire, lorsque pour compensation l'Angleterre serait bannie' de la Médi- ' terranée ? C'est le système de Catherine II. Ce système se résume en peu de mots : des intérêts semblables marchant au même but par des influences directes sur l'accroissement des richesses nationales.
— Quelle foi, Girardin, avez-vous dans le concours que prêterait la Russie à une pareille combinaison?
— Mais , sire , depuis bientôt un siècle cette alliance nous est offerte par le Nord , et nous ne savons point en profiler. Dernièrement encore votre ambassadeur n'a-t-il pas été accueilli à la cour de Saïnt-Pétersbourg par ces mois : « Eh bien , quand venez-vous » donc à nous (1)? » Je me persuade que le ministère qui se serait
(!)■ Le prince de VolkoDtki, astiilant au sacre de Chadei X, et ayant pour mission d'amener la France i cette alliance , dit un jour : • Je vois que la France est fort bien disposée pour l'Angleterre, son ancienne ennemie ; je doute que cela soit conforme ï ses intérêts. • '