UN ENTRETIEN HISTORIQUE
montré préoccupé des ti^oyens d'arrirer à T Application de ces idées aurait mieux cooipris les exigeoces de notre époque, qu*en s* appliquant, par sa tendance et par ses actes, à contester à la nation les conquêtes qu^elle a faites sur Tancien régime.
— Qa*entendez-vous par là ?
— Sire, pardonnez-le-moi; mais j*en tends que les intérêts monarchiques ont trop exclusivement absorbé Tespril de vos ministres. Ils ne comprennent pas qu*avant tout il faut être Thomme de son temps. Oui , sire , à tort ou à raison , les idées vieillissent et se modifient. Pour être Thomme de son pays, il faut être Thomme de son temps.
— J*en conviens ; mais croyez-bien cependant , Girardtn , que ponr cette époque comme pour toutes les époques , la fermeté chez un roi est une vertu.
— Autrefois , sire , peut -être ; maintenant cela s'appelle une tendance à Tarbitraire. Il y a deux nécessités aujourd'hui : comprendre les légales insurrections des Chambres et perdre F illusion sur les fidèles sujets en France; autrement il pourrait en résulter de fâcheux malentendus entre le roi et le peuple. »
Pendant les dernières paroles de cet entretien , les regards rêveurs du roi étaient allés involontairement s'arrêter sur la pointe de Tile des Roches , où s'élève un petit kiosque. C'était le lieu favori de Napoléon ; il y venait souvent agiter et débattre les questions de sa politique secrète. Non loin de là est une grande pierre plate, le banc de l'Empereur.
Dans cet endroit , dit-on , il avait déployé les cartes géographiques du Nord , sur lesquelles , par une fatale inspiration , il avait tracé le plan de lai grande et à jamais mémorable campagne de Russie. Ce fut aussi à Rambouillet que, le 25 juin 1815, après la néfaste bataille de Waterloo, Napoléon, qui se rendait à Rochefort , s'arrêta une nuit.
Ces souvenirs , aussi bien que les objets qui frappaient la vue du roi, semblèrent avoir jeté un sombre crêpe sur son esprit.
On vint l'enlever à cette rêveuse disposition en lui annonçant que tout était prêt pour le retour.
Au lieu de repartir seul, selon sa coutume, on remarqua, et ce fut même un sujet d'étonnement, que Sa Majesté se faisait accompagner celte fois par Monseigneur le D%uphin.
Ils étaient sur les degré» du perron.
Tout à coup on aperçut un courrier lancé , surgissant des profondeurs de la grande avenue à franc étrier. '
Charles X s'arrêta court.
En un instant le courrier était aux pieds du roi.
Tous les regards s'interrogèrent douloureusement.
Le courrier balbutia quelques paroles. Il apportait des nouvelles de Paris : 26 juillet 18^, cinq heures de Taprès-midi.
Eugène Chapus.
La restitution à la France de ses frontières naturelles au moyen d'une loyale et cordiale alliance contractée entre le gouvernement français et le gouvernement russe : — telle fut en effet la pensée constante du général comte Alexandre de Girardin, pensée que le journal la Presse n'a pas abandonnée un seul jour, de 1836 à 1856, et sans qu'il se laissât jamais arrêter par la calomnie s'opiniâtrant à prétendre qu'il était subventionné de la Russie, tandis que la vérité aujourd'hur reconnue est qu'il ne reçut jamais d'elle une parole d'adhésion. Cette politique, qui fut celle de Chateaubriand, poursuivie par le comte de Laferronays, nous ne l'avons pas discontinuée dans la Liberté^ et nous persistons à penser que si nous avions aux affaires étrangères un autre ministre que M. le marquis de Moustier, et à Saint-Pétersbourg un ambassadeur dans la parole loyale et ferme duquel la Russie put avoir con&ance, il y aurait encore une grande et belle partie à jouer et à gagner sûreMent.
Oui, notre diplomatie aurait encore, pour éviter la guerre, deux très-belles cartes à jouer; mais, il faut le dire, nous n'avons de diplomatie que celle qui figure à notre budget des dépenses. Ailleurs, nous n'avons ni diplomatie ni diplomates.
La diplomatie n'est rien si elle n'est pas une idée natio-
L£S FAUTES SUCCESSIVES. I4i
nale qae ne détourne de son but aucun événement , aucun incident, aucune conspiration , aucune guerre, aucune révolotion; que ne lasse aucun effort; que ne rebute aucun dédain; que ne prend aucune amorce trompeuse, aucune captation perfide : or, ce qui fait la force de la Russie, ce qui a fait la force de Tltalie et du comte de Cavour, de la Prusse et du comte de Bismark, c*est précisément ce qui fait la faiblesse de la France. Ni idée ni homme!