LA POLITIQUE D'IXGÉREXCE UNIVERSELLE
Tespèce ; car lorsque les conseils de révision ne seront plus retenus par la limite de 1 m. 56 c., le cercle annuel, déjà trop étroit, dans lequel les 422,000 filles nubiles avaient à choisir leurs maris, sera plus étroit encore. Ainsi, dans cette loi, qui est l'immolation de Thumanité à la société, on n'échappe à un abus que pour tomber dans un autre abus,, à un écueil que pour se briser contre un autre écueil. Cest la loi se condamnant elle-même. Impossible d'en faire une qui soit bonne ! Entre la meilleure et la plus mauvaise on pourrait en donner le choix pour un fusil. Aussi comprendon que depuis un an le gouvernement ait changé au moins trois fois de système. Le notre, à nous, est contenu tout entier dans cette seule ligne :
Guerre à outrance à la paix armée!
U. Emile Ollivîer a défini ainsi la loi en discussion :
Une loi de guerre.
Nous la définissons, nous :
Une loi d'ingérence.
Oui, une loi d'ingérence; *car que voulez-vous que fasse le gouvernement français d'une armée active de 80,000 hommes et d'une réserve de 450,000 hommes, s'il ne s'ingère pas tantôt dans les afiaires moldo-valaques, tantôt dans les affaires de la Pologne, tantôt dans les afiaires des États romains, tantôt dans les afiaires de la Turquie, etc., etc.?
Un grand Etat n'a pas une immense armée pour n'en rien faire.
Que penserait-on d'un peintre qui aurait des pinceaux pour ne pas s'en servir? d'un statuaire qui aurait un ébauchoir et un ciseau pour n'en rien faire? d'un écrivain qui aurait une plume pour ne jamais écrire? d'un laboureur qui aurait une charrue pour la laisser rouiller et ne pas labourer? etc.
Malgré toutes les affirmations consignées au Moniteur,
nous persistons à penser et à soutenir que la loi des neuf
années de service multipliées par sept contingents annuels de chacun 100,000 hommes, ce sera de la part de la France Fingérence universelle.
SI VIS PÂGEM, PARA BELLUU.
Tout régime mixte entre le licenciement de Tarmée en France, comme aux Etat-Unis, et Fappel annuel sous les drapeaux de tous les Français déjà aguerris, est un régime inefficace et précaire.
L'armement universel de l'Europe à Tétat permanent impliquant le recrutement obligatoire, est incompatible à la longue avec le progrès de Tinstruction populaire et la tendance générale qui pousse tous les pays à l'adoption du sufirage universel.
Les gouvernements qui, selon Faxiome latin : Si vispacem, para hélium, ^e préparent à la guerre afin d'assurer la paix, se préparent à la banqueroute et creusent aveuglément sous leurs pieds la révolution sociale, qui, ayant pour préface la crise commerciale, les engloutira.
Le jour ne tardera pas à se lever où les peuples, ayant peu dîné et beaucoup réfléchi, se diront tous qu'il est par trop béte de s'exterminer les uns les autres pour des questions n'ayant au fond aucune importance, ainsi que les faits l'attestent.
De toutes les questions pour lesquelles le sang a coulé depuis quinze ans, quelle est efiectivement celle qui valait le sang qu'elle a coûté?
La Turquie est-elle moins chancelante en 1867 qu'en 1854?
SI VIS PAGElf PARA BELLUH. 195
L'Italie, affranchie dn joug autrichien, n'a-ft-elle pas en ce moment tout à redouter du courroux français ? Où donc est la différence entre les Autrichiens qui maintenaient le pape et les Français qui occupent Rome ?
L'Allemagne, aux mains du roi de Prusse, est-elle plus libre qu'elle ne Tétait aux mains des petits rois , grandsducs, ducs et princes dont la réunion formait la Confédération germanique?
Encore une fois, si l'Europe, divisée ainsi qu'elle Test, De peut se tenir debout qu*^en étant étayée par cinq millions de fusils plus ou moins perfectionnés, mieux vaut procéder sans aucun retard à un autre partage de l'Europe que de creuser chaque année plus profondément Torniére de la paix armée, l'ornière des impôts écrasants, des budgets exorbitants, et des déficits toujours croissants.
S'il n'y a pas d'autre moyen pour arriver au désarmement européen que le moyen barbare de s'armer tous, armonsnous tous et finissons-en I Peuples civilisés, ne donnons pas plus longtemps le spectacle de peuples insensés! Que les gouvernements sachent exactement ce qu'ils veulent et qu'ils nous le disent franchement ! Si ce qu'ils veulent est équitable, pourquoi le cacheraient-ils, et si ce qu'ils veulent n'est pas juste, sur quoi se fondent-ils pour nous contraindre de le vouloir, au prix de neuf années de notre jeunesse, les plus belles de notre existence, à la moitié de notre vie utile -n , au prix de notre santé, au prix de la rupture de tous les liens de famille et des premières affections, les plus pures, enfin au prix de notre vie?
Actuellement, la durée, en France, du service militaire est de sept ans.
Le gouvernement insiste pour qu'elle soit étendue de sept ans à neuf ans.
Un amendement signé d'un grand nombre de députés piropose que cette durée soit réduite de neuf ans à huit ans, ce
qui ne ferait plus qu'une année d'augmentation au lieu de deux années.
Que cet amendement soit pris en considération ou qu'il soit repoussé , le vote nous laissera absolument indifférent. Nous ne prendrons aucune part soit à la victoire de l'opposition devenue majorité, soit à la défaite de l'opposition demeurée minorité. Sa victoire ne nous réjouira pas, sa défaite ne nous attristera point. Elle nous réjouirait plutôt.
Pourquoi ?
Nous allons le dire.
C'est que plus le poids de la prestation militaire sera lourd, et plus l'effort des peuples éclairés pour s'en débarrasser sera vigoureux et aura de probabilités de succès. En y réflécbissant mûrement, et en y regardant de près, c'est là le bon côté des armements excessifs auxquels se livre en ce moment toute l'Europe, atteinte d'hystérie militaire.
Ces armements sont trop considérables pour être durables, n^en déplaise à ceux qui pensent et proclament qu'il vaut mieux que la France, au lieu de se mettre à la tète des peuples, se mette à la suite des gouvernements.
Chacun son avis.
Cet avis n'est pas le nôtre.
L^MENDEMENT DU 21 OCTOBRE 1848.
En 1848, un représentant du peuple, M. Deville, ayant proposé d'introduire dans l'article 107 delà Constitution une disposition portant que chaque citoyen français devait le service militaire en personnej et que le remplacement était INTERDIT, l'Assemblée constituante, issue du suffrage uni-
LA DÉGROISSAMGE DE LA POPULATIO.V. 107
versel, rejeta cet amendement au scrutin de division, le 21 octobre 1848, à la majorité de 663 voix contre 140.
Ce vote est la seale réponse que nous ferons à ceux qui prétendent qu*il n*est pas vrai que le sentiment causé par le recrutement obligatoire aux familles trop pauvres pour qu'elles puissent racheter leurs fils du servage militaire soit le sentiment de la terrear et de la désolation.