LE DÉSARMEMENT DE LA FORCE PAR LA FORGE
que lord John Russell eût attaché le grelot qui lui restera an cou pour sa honte, son châtiment et son expiation?
Parla réunion en 1864 du Congrès des souverains, tous les faits qui se sont accomplis en 1866 eussent été conjurés.
Si les armées permanentes n'eussent pas été radicalement supprimées, elles eussent été au moins considérablement réduites.
Servage militaire, recrutement obligatoire, traite des blancs, interdiction légale du mariage à Tàge où Thomme y est sollicité le plus vivement par Tardeur de ses passions, eussent peut-être disparu pour faire place uniquement à fenrôlement volontaire.
Toutes les professions sont encombrées, comme la magistrature, comme le barreau, comme la médecine, comme ragriculture, comme Tinduslrie ; pourquoi Tarmée et la marine n'eussent-elles pas été, pourquoi ne seraient-elles pas des professions libres, ouvertes à cette multitude de jeunes gens qui, n'ayant pas de vocation déterminée, et ne sachant quelle carrière suivre, se corrompent dans le désœuvrement ?
Sans aucun doute, toutes les idées de nature à servir de base au désarmement de l'Europe se fussent produites : le Congrès n'aurait eu que l'embarras du choix.
Ce qui fait l'impuissance du journalisme, c'est qu'il n'est que la parole, et que, dans Tordre politique, la parole sai^ r^cte est aussi stérile que, dans l'ordre physique, la femelle sans le mâle.
L'acte a manqué à la parole du 4 novembre 1863, le bras a manqué à la tête, l'exécutant a manqué au penseur, le ministre a manqué au monarque.
Est-ce à dire cependant que l'œuvre du désarmement européen ne puisse plus être reprise? Telle n'est pas notre pensée ; telle n'est pas notre conclusion.
Deux voies conduisant à ce bul demeurent encore ouvertes.
La voie des peuples :
La France adressant à tous les peuples un manifeste où elle leur dirait :
tt Peuples, j'ai conBance en vous, je désarme; exigez de Ti VOS gouvernements qu'ils suivent Texemple que je leur « donne au nom de Thumanité, au nom de là moralité, au 1» nom de la liberté. »
La voie des gouvernements :
La France adressant à tous les gouvernements un manifeste oh elle leur ferait connaître sa pensée, toute sa pensée, sur les questions en suspens, et où elle leur dirait :
a Gouvernements, puisque vous êtes restés sourds au loyal « et pacifique appel qu'à l'automne de 1863 je vous ai « adressé, que le canon vous ouvre les oreilles, et qu'au D printemps de 1868 il prononce! La France, qui s'est » rendu compte du danger, ne veut pas demeurer plus r> longtemps exposée au risque de périr sous « un passé qui » s' écroule V . Elle prend vos peuples pour juges de sa con- « duite et de la vôtre. »
Même la préférence étant donnée à cette dernière voie, la moins bonne et la moins sûre, ce n'était pas neuf années de service qu'il fallait imposer à tous les Français âgés de vingt ans ; c'était une année d'héroïsme qu'il fallait demander à tous les Français déjà aguerris et à tous les volontaires exaltés par le triomphe de cette grande idée réparatrice :
Le désarmement de la force par la force.