‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 71 sur 192 · LE VOTE DE LA LOI · texte numérisé non relu

LE VOTE DE LA LOI

La lot des neuf années de service dans Tarmée active et des cinq années de service dans la garde nationale mobile, laquelle ne supprime pas Tancienne garde nationale , a été votée à la majorité de deui cents voix contre soixante.

Neuf ans de service dans l'armée en temps de guerre, réduits à CINQ ANS en temps de paix, au lieu de sept ans;

Cinq ans de service dans la garde nationale mobile.

Additionnez !

Si le contingent annuel de 100,000 appelés est maintenu, neuf cent mille hommes militarisés en temps de paix, et quatorze cent mille hommes sous les armes en temps de guerre, oui ou non, est-ce la paix armée?

Oui ou non, n*est-ce pas l'agriculture, n'est-ce pas Tindustrie, Tune et l'autre privées des bras qui leur sont nécessaires?

Sons l'empire d'une telle loi, que la France s'expose donc à lutter sur le champ de bataille du libre échange contre l'Angleterre, qui ne connaît pas, heureuse Angleterre! le recrutement obligatoire!

Comme a loi de guerre » , ainsi que l'a qualifiée M. Emile Olivier, elle était inutile, et lorsque de pareilles lois, qui rouvrent et font saigner de douloureuses plaies fermées par le temps, sont inutiles, elles sont funestes.

Comme « loi d'ingérence d , ainsi que nous l'avons intitulée, elle augmentera encore tous les périls inhérents à des cadres qui étaient déjà excessifs , et qui vont le devenir davantage, puisqu'ils s^ont calculés sur un effectif de 800,000 hommes, au lieu de 700,000 hommes, ce qui était déjà une augmentation de 140,000 hommes sur le chiffre de l'effectif tel qu'il a suffi pendant vingt-deux ans à

la défense nationale de la France sous la Monarchie de 1830 et sous la République de 1848.

Ne nous lassons pas de le répéter sous toutes les formes : rien de plus dangereux que d'avoir des oUBciers en si grand nombre qu'il soit impossible de leur allouer une solde qui leur permette d'avoir l'existence sociale que comporte et qu'exige leur grade^

Avec une armée active de 800,000 hommes au lieu de 560,000 hommes, — augmentation 240,000 hommes, — et une garde nationale mobile de 400,000 hommes, — ensemble 1,200,000 hommes, — il se peut que de la part de l'Europe la France n'ait rien à craindre , mais de la part de la logique des choses, elle doit s'attendre à tout.

Ou la logique n'est qu'une imposture, ou ces chiffres sont la condamnation souveraine de la politique étrangère de la France sous le second Empire. Ce n'est pas la guerre avec la conquête, et ce n'est pas la paix avec la prospérité. Qu'estce donc? f

N'en déplaise à M. le maréchal Niel, ministre de la guerre, la sécurité que nous inspirent ses préparatifs est de la même nature absolument que la sécurité que nous donnerait la construction d'une fabrique d'allumettes chimiques à côté d'une immense poudrière.

L'an dernier nous n'étions pas prêts; c^est pourquoi nous avons fait vider la question de Luxembourg par une conférence , la conférence de Londres ; l'an prochain nous serons prêts; or, dès que nous le serons complètement, la guerre ne sera pas loin.

C'est notre conviction; pour qu'elle fût fausse, il faudrait que lé cœur humain cessât d'être le cœur humain, et que la nature des choses abdiquât son empire.

Français qui êtes nés en 1 848, et qui n'êtes pas dans Tan des cas d'exemption prévus par les numéros 3, 4, 5, 6 et 7

LE VOTE DE LA LOI. S3i

deTarticle 3 de la loi da 21 mars 1832, vous allez donc être TOUS soumis au maniement des armes , soit à titre de soldat, soit à titre de garde national mobile!

Français qui êtes nés en même temps que renaissait en France la République , ce qui vous arrive ne vous arriverait pas si , le lendemain du 24 février , notre voix eût été écoutée par les membres du gouvernement provisoire , auxquels BOUS disions :

^février 1848. — L'Europe nous regarde étonnée, émue, inquiète, aujourd'hui effrayée,, demain menaçante.

La pondre à canon est un vieux procédé qu'il faut reléguer parmi les vieilles traditions.

Ke songeons qu'à nous faire admirer, et nous aurons bientôt triomphé sans avoir combattu.

28 février, — Faisons de la politique à ciel ouvert, au grand jour de la publicité.

Toute politique souterraine est une politique marquée au coin de la faiblesse ou de la duplicité.

Ni duplicité,

Ni faiblesse.

Pourquoi et de qui nous cacherions-nous pour dire aux souverains que la France aspire à voir tous les peuples heureux et libres?

Ce n'est pas toni bas qu'il faut le dire! Ce n'est pas à l'oreille des rois qu'il faut le faire entendre, c'est à l'oreille des peuples.

C'est en comprenant ainsi la politique extérieure que la paix sera assurée et glorifiée.

4 mars. — Nous dépensons follement des sommes considérables à entretenir des armées exorbitantes et des vaisseaux de guerre inaliles, pourquoi? — Pour protéger tous notre indépendance, qui n'est menacée par aucun. Dépense insensée, qui appauvrit les peuples sans enrichir les États.

Au lieu de fondre des canons et des boulets, de fabriquer des fusils, d'arracher à la charrue les bras les plus vigoureux, d'étioler les populations par le recrutement et par la guerre, ne ferions-nous pas mieux d'achever de toutes parts nos routes, nos canaux et nos chemins destinés à transporter gratuitement le tra-

vailleur valide du point où Touvrage manque à Tendroit où rou* vrage abonde?

Au lieu de construire de superbes vaisseaux de ligne, qui coulent dMmmenses sommes, et qui sbnt hors de service avant que Téventualité en vue de laquelle ils ont élé construits se soit réalisée, ne ferions-nous pas mieux tous d^améliorer nos ports et nos côtes afin de rendre moins périlleuse la navigation marchande?

Pourquoi le congrès européen qui, un jour ou Fautre, sera ap— pelé inévitablement à délibérer sur les graves questions que soulève l'amélioration des classes ouvrières, ne déciderait-il pas que le moment est venu pour toutes les nations de n'avoir plus de force militaire que celle nécessaire au maintien de Tordre et déterminée par le chiffre de la population de chaque État? Pourquoi ne compléterait-il pas son œuvre en déclaiant que chaque nation n'entretiendra plus désormais de bâtiments de guerre que proportionnellement au chiffre des bâtiments de sa marine marchande; que tous ces bâtiments de guerre formeront en commun une assurance mutuelle de secours contre les pirates et les forbans et autres risques maritimes?

Peuples et gouvernements, ne dites pas que ce sont là des illusions ressuscitées du tombeau dans le délire d'une révolution dont le cratère fume encore ! Avant que les chemins de fer, la navigation à vapeur, le télégraphe électrique fussent inventés ; à une époque où les questions de territoire étaient principales ; où les questions d'industrie et de commerce n'étaient pas même secondaires; où, dans les balances du monde, un roi pesait plus que son peuple; où les provinces et les royaumes s'apportaient en dot; où l'esprit de conquête et les guerres de succession remplissaient toutes les pages de l'histoire; où l'épée était souveraine; où le crédit n'avait pas encore fondé son empire; avant ce temps la paix européenne a pu, avec une apparence de raison, être traitée de chimère, non pas que l'idée de Henri IV ne fût juste, mais parce qu'elle était prématurée.

D'autres temps sont venus.

9 mars, — Déjà en Prusse, à Cologne, ce cri a été poussé : a Plus d* armée permanente! »

Ce cri , il ne faut pas le laisser tomber, il faut le porter aux quatre coins de l'Europe.

Réduction successive et générale de toutes les armées de terre;

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