‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 72 sur 192 · LE VOTE DE LA LOL · texte numérisé non relu

LE VOTE DE LA LOL

Rédaction de la marine militaire et formation d*ane flotte comisuQe destinée à la répression des délits maritimes.

Telle est la pensée qui doit dicter à la République française toutes ses notes, toutes Bes communications^ tous ses discours.

» Pas de guerre avec la France ! S'il faut opter entre les y> Français et les Russes , marchons avec la France contre la « Rtissie! » Ainsi s'expriment les étudiants de Munich dans une adresse au roi de Bavière. Us sont Técho de toute FAllemagne; ils sont Técho de tous les peuples. Que ce cri pacifique dissipe donc Terreur qui a coûté à la Ffcnnce trois milliards depuis 1830! Le désarmement de la Paix est le salut de TOrdre. Si Ton veut que tous DOS grands travaux publics commencés ne soient pas suspendus, c'est à l'économie seule qu'il faut demander des ressources. Une économie considérable ne peut s'obtenir que par la réduction de l'armée. Les armées les plus nombreuses ne sont pas les plus fortes : ayons une armée qui soit faible par le nombre, mais forte par le choix. Cela est possible ; il ne s'agit que de bien choisir les officiers généraux chargés de mettre en application le principe de Végèce, confirmé en ces termes par le maréchal de Saxe : « // » vaut mieux avoir un petit nombre de troupes bien entretenues et s bien disciplinées que (Ten avoir beaucoup et qui ne le soient pas; » ce ne sont pas les grandes armées qui gagnent les batailles, ce sont » les bonnes, »

15 mars, — On peut nous traiter a à' esprit chimérique » ; ce n'est pas une épithète dédaigneuse qui changera en nous une conviction profonde; c'est l'épittièl^qui a accueilli en Angleterre tous les réformateurs dont les réformes ont prévalu, à commencer par IVilber force, à finir par Cobden.

Notre idée fixe , c'est le désarmement de la paix , c'est le désarmement de l'Europe, en commençant par le désarmement de la France.

11 y a quinze ans que nous insistons sur l'adoption de cette idée, et le seul regret que nous éprouvions aujourd'hui, c'est de n'avoir pas insisté avec assez de ténacité.

Ce que nous avions dit la veille, il fallait le répéter le lendemain, puis le redire, puis encore le répéter. La vérité s'accommode mal des intermittences; c'est une enclume sur laquelle il ne faut pas craindre de poser le fer rouge et de faire retentir le marteau. Les scrupules que la discrétion éveille sont aux convictions ce qu'est la paille dans l'essieu» le ver dans le fruit.

Si cette opinion, à force d^étre reproduite, eût prévalu » la France, aujourd'hui, aurait à son actif social trois milliards qui ont été dévorés en rations de pain et de fourrages, en poudre brûlée dans de vains exercices, péniblement imposés à des travailleurs arrachés par le sort à leurs charrues, à leurs ateliers, à leurs chantiers, pour y être renvoyés quatre ans après, sachant faire sonner les capucines d'un fusil, mais ne sachant plus qu'imparfai- « tement manier Toutil de leur métier. Barbarie! barbarie!

L'entretien d'une armée qui coûte à la France 365 millions par an est un crime de l'ignorance et de la peur contre le travail, le crédit, l'impôt, le contribuable, la société.

Lisez la réponse faite par Lamartine aux délégués du club du Marais; ce qu'il dit pour justifier Parmée est le meilleur argument qu'on puisse invoquer pour en motiver la réduction.

Cette fois encore, c'est du côté du peuple qu'est le bon sens. U demande que les troupes soient éloignées de Paris, il a raison ; mais il ne demande pas assez en demandant leur éloignement ; ce qu'il faut qu'il demande à pleine voix, c'est qu'on réduise l'armée, et que le recrutement, cette loterie des hommes, soit aboli.

L'enrôlement volontaire, en ce temps où toutes les carrières sont encombrées, fournira plus de soldats, de sous-officiers et d'officiers qu'il n'en faudra pour entretenir, dans de justes proportions, notre armée d'Afrique et conserver la tradition militaire.

De la sorte, on aura une armée peu nombreuse, mais fortement constituée, largement soldée. Le service militaire sera une carrière; il ne sera plus un impôt prélevé presque exclusivement sur le pauvre, hors d'état d'acheter (c'est le mot) un remplaçant.

Le jour où nous écrivions ces dernières lignes, c'était le lendemain du jour où Lamartine, membre du gouvernement provisoire et ministre des affaires étrangères, écrivait : « Comme minisire des affaires étrangères^ je puis le dire, » nous n'avons rien à craindre pour la paix de V Europe, y» C'était le jour même où la population de Berlin présentait au roi de Prusse une pétition qui lui demandait impérieusement tt la réduction de V armée. »

Si en février et mars 1848, ainsi que nous le demandions chaque jour sous une forme nouvelle , le recrutement obligatoire, le servage militaire, le tirage au sort, la loterie des

hommes, le remplacement, la traite des blancs eussent été abolis par un décret du gouvernement provisoire n'admettant que renrôlement volontaire, la République du 24 février vivrait encore , car elle eût été impossible à déraciner, impossible à renverser

D'abord, le décret des 45 centimes eut été inutile, puis la crainte de voir rétablir par un autre gouvernement la conée militaire eût étroitement relié toutes les campagnes, toutes les familles à la conservation de la République deve- BQe inébranlable.

Est-ce vrai?

A cette époque, le plus clairvoyant des républicains, qnel était-il?

LE SERVAGE UILITAIRE.

Qu'on rappelle recrutement, conscription ou autrement, les vrais noms du service militaire, dés qu*il est obligatoire, sont : impôt corporel, corvée, servage.

Toute révolution, où qu'elle triompbe, soit en France, soit en Espagne, soit ailleurs, dont le premier acte n*est pas d'abolir le servage militaire, est une révolution dont on peut prédire avec certitude l'avortement.

Reconnaissons-le! les républicains de 1868 en Espagne ont été plus clairvoyants à cet égard que les républicains de 1848 en France. Si MM. Orense, Castelar et leurs amis eussent eu le pouvoir, eux, ils n'eussent pas hésité à remplacer, à titre transitoire, le recrutement obligatoire par renrôlement volontaire, car où le servage corporel subsiste à létat de loi positive et permanente, la liberté n'a aucune

garantie et n'existe qu'à Tétat de tolérance plus ou moins précaire. Est-ce que le recrutement obligatoire existe en Angleterre? Est-ce qu'il existe aux États-Unis?

Le régime français est un régime bâtard, parce qu'il n*est ni la liberté comme en Angleterre, ni l'égalité comme en Prusse. Il viole à la fois l'égalité civile et la liberté professionnelle.

Pourquoi la guerre, après nous avoir eu pendant trente ans, de 1836 à 1866, pour son ennemi le plus systématique, le plus opiniâtre, le plus implacable, nous a-t-elle depuis 1866 enrôlé sous son drapeau?

Aurions-nous cessé d'être son ennemi mortel?

— Non.

La paix aurait-elle le droit de nous qualifier de déserteur honteux?

— Non.

Jamais la guerre ne nous a paru un anachronisme plus flagrant et une barbarie plus grande.

Si en septembre 1866, à l'époque de la célèbre circulaire de M. le marquis'de La Valette, qui érigeait les grandes agglomérations en théorie napoléonienne, le gouvernement français eût conformé sa conduite à sa théorie; si, après avoir cordialement et sincèrement tendu une main à l'unification italienne et l'autre main à Tunification germanique, fort de ces deux unifications — ses œuvres — devenues ses garanties et ses points d'appui, il eût résolument donné l'exemple à l'Europe, qui se fût empressée de le suivre, de la substitution de l'enrôlement volontaire au recrutement obligatoire, nul n'eût applaudi plus ardemment et plus sincèrement que nous à ce grand acte de l'initiative impériale» à cette solennelle consécration de la triple alliance des trois nations, représentant cent millions d'habitants, car c'eût été la paix fondée, la paix stable, la paix inattaquable, la

paix inviolable. En effet, quelle puissance, en eût-elle le dé* sir, eât eu la force de s*aUaquer à la France avec ses trentehuitmillions de Français, àTltalie avec ses vingt-cinq millions d'Italiens, à la Prusse avec ses trente-sept millions d'Allemands? Alors le rasement des forteresses qai devraient nous défendre et qui nous menacent, qui sont sur nous, contre nous, découlait de lui-même et de cette triple alliance. La politique du comte de Bismark et de 1866 s^effaçait sous la politique de Richard Cobden et de 1860, laquelle reprenait son cours interrompu pendant quelques semaines seulement. Est-ce que le Zolliverein n'est pas le frère aine du libre échange ?

Mais lorsque , au lieu de mettre d*accord sa conduite avec sa théorie, nous avons vu le gouvernement français les mettre en contradiction formelle, contradiction attestée par le doublement de son armée, portée de 700,000 hommes à 1,500,000 hommes, et que, ensuite, nous avons connu les traités ténébreusement imposés par la Prusse victorieuse à la Bavière et au Wurtemberg, traités offensifs, qui étaient une ingratitude injurieuse, car ils étaient Toubli impardonnable de la neutralité non attentive que nous avions gardée , neutralité qui était allée jusqu'à favoriser la conclusion du traité entre Tltalie et la Prusse, complicité, c'est le mot, sans laquelle la Prusse, puissance de dix-neuf millions d'hahitants, ne se fut jamais hasardée à s'aligner contre l'Autriche, puissance de trente-huit millions d'habitants; alors nos yeux se sont ouverts sans pouvoir se refermer; alors nous avons lu clairement dans l'avenir que, d'un côté ou de l'autre, la défiance ne tarderait pas à allumer la guerre entre la Prusse, suzeraine de l'Allemagne, et la France, justement blessée, sérieusement menacée; alors nous nous sommes dit que, puisque la guerre entre T Allemagne militairement unifiée, et la France relativement amoindrie, étant inévitable et fatale, il ne fallait pas se

bercer dans Timprévoyance et attendre insoucieusenrent et imprudemment que les circonstances missent le désavantage de notre côté. S'il est une liberté précieuse qu'un gouvernement ne saurait aliéner sans crime, c'est sa liberté d'action. Déjà cette liberté, la France la possède à un degré beaucoup moindre qu'avant le 5 juillet 1866. Oh est la garantie, où est la certitude que de ce restant de liberté elle en conservera assez pour faire face à la fois aux complications intérieures et aux conflagrations extérieures qui naîtront tout à coup les unes des autres, et qui sont assez proches pour qu'on les aperçoive déjà distinctement?

Il n*y avait que deux manières de conjurer la guerre : c'était, soit de la faire reculer en marchant intrépidement au-devant d'elle, soit de pousser la confiance dans la paix jusqu^à la hardiesse du désarmement le plus expressif; la France n'ayant pris ni l'un ni l'autre de ces deux partis, et, au contraire, ayant laissé percer le secret de ses hésitations, on peut maintenant considérer la guerre comme certaine, comme inévitable.

S'il est possible de l'éviter, qu'on nous dise donc comment et à quel prix! Pousserait-on l'illusion et l'imprévoyance jusqu'à croire que la Prusse, trahissant les espérances et les convoitises qu'elle a fait naitre, s'arrêtera avant d'avoir atteint la plénitude de son développement territorial et maritime?

S'il est impossible de l'éviter, qu'on nous démontre qu'il est plus avantageux pour nous de laisser à la Prusse le choix du moment que de le lui enlever !

Défenseur passionné de la paix, presque son apôtre, il nous en a coûté plus que nous ne saurions le dire de prendre notre parti de la guerre; mais il y a un parti qu'il nous coûterait encore bien plus de prendre, ce serait celui d'une bataille perdue qui ferait tomber la France aussi bas que TAutriche après la déroute de Sadowa.

Dans toatela presse française il n'y a que nous qui tenions ce langage; mais en 1863 il n*y a eu que nous aussi qui, noas opposant à la campagne diplomatique si inconsidérément entreprise en faveur de la Pologne insurgée contre la Russie par l'Angleterre, TAutriche et la France, en ayon» annoncé la fin piteuse; mais en 1866 il n'y a eu également que nous qui ayons enfermé le gouvernement français dans cette alternative, ou d'empécber, ce qui était facile, la guerre d'éclater entre l'Autriche et la Prusse, celle-ci ayant l'Italie pour auxiliaire , ou de s'arranger pour être a trois CONTRE UN D y ce qui était la guerre sans aucun risque de défaite. Nous ne nous abusons pas ; nous savons que notre voix ne sera pas plus entendue en 1868 qu'elle ne l'a été en 1863 et en 1866, mais, une fois de plus, nous aurons la satisfaction de n'avoir pas reculé devant la ferme expression d'une conviction clairvoyante, alors même que cette expression nous exposait au risque de paraître nous contredire, et de heurter l'opinion de nos lecteurs, troublés dans leur sérénité.

Insister plus longtemps et vainement, ce serait tomber dans le rabâchage; nous n'y tomberons pas. Nous attendrons patiemment, pour reprendre la parole sur ce triste sujet, que les événements nous l'aient rendue, en y ajoutant l'autorité de prévisions vérifiées.

Si nous nous trompons , si une guerre imminente n'est pas à craindre , alors pourquoi donc maintenir le servage militaire, cet impôt corporel contre lequel protestent la dignité humaine et la liberté? Pourquoi chaque année un appel de cent mille Français, lorsque quatre-vingt mille suffisaient sous le roi Louis^Philippe et quarante mille sous le roi Louis XVIII?

La dynastie qui fera en France pour le servage militaire ce que l'empereur Alexandre a fait en Russie pour le servage féodal , acquerra une popularité qui ne se bornera pas à la

240 LA LOI DES NEUF AlVfNÉES DE SERVICE,

France; elle s'étendra à toute TEurope. Cette popularité sera plus forte que la plus forte armée.

A quelle mesure plus grande serait-il possible à aucun souverain d'attacher son nom?

l'égalité devant la mort.\

Que! est le reproche fondé que mérite le recrutement obligatoire combiné avec le remplacement facultatif? C'est d'être un impôt inégal , pesant lourdement sur le pauvre et le travailleur, et pesant à peine sur le riche et l'oisif.

En se plaçant à la fois au point de vue démocratique de l'opposition et au point de vue militaire du gouvernement, l'un n'excluant pas l'autre, ce que prescrit la logique, ce sont les appels annuels les plus considérables, des appels annuels comprenant TOUS les valides de la classe appelée, avec le temps de service efifectif le plus restreint, a Abréger la durée du service, c'est en rendre le poids moins lourd à porter. » Ces paroles de M. le maréchal Niel sont vraies. Donc, logiquement, l'opposition démocratique devrait plutôt proposer d'augmenter le chiffre des appels annuels que de proposer de le réduire.

Le recrutement obligatoire, le servage militaire, étant maintenu, le vrai, le juste, le simple s'exprime ainsi :

Tous les valides de la classe appelés sans exception chaque année sous les drapeaux;

Plus de congés de semestre ;

Des examens annuels qui, attestant le degré d'instruction, des soldats, fassent, de préférence et de droit, passer les

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