LA LETTRE D'UN CHERCHEUR. S
Un pouvoir fort, national, n'a rien à craindre, él, an contraire, atout à gagner à la liberté de discussion. An temps où nous vifons, où, quelles que soient la forme et la nature du gouvernement, c'est, en réalité, Topinion qui règne et gouverne, l'Etat a avantage à se laisser produire toutes les manifestations de l'esprit public. La liberté de la presse, c'est le frein des abus de pouvoir, des ambitions déréglées, des intrigues contraires au bien public; c'est le mouvement des idées imprimé à tout l'organisme social et politique; c'est, en un mot, pour la liberté moderne, ce que la vie ardente , passionnée , mais féconde , du Forum était pour la liberté antique.
Ayant écrit les lignes qu*on vient de lire et d'applaudir, quelle devait être la conclusion de réminent chercheur, notre émule?
Cette conclusion devait être celle-ci :
Plus d*exceptîon I
Plus de faveur!
Plus de privilège I
Plus d'arbitraire!
Plus d'inconséquence!
Egalité de tous les journaux devant la loi !
Si le régime de Tautorisation préalable est maintenu, tous le subiront.
Si les avertissements ne sont pas supprimés, tous resteront exposés à ce risque.
Si le timbre est conservé, tous le payeront.
Si la poste est obligatoire pour les uns, elle le sera pareillement pour les autres, sans dictinction entre journaux littéraires et journaux politiques.
Au journal qui donne par lui-même des'garanties suraooudantes il ne sera plus demandé des garanties superflues, tandis que, par la plus inexplicable des inconséquences, le journal qui n*ofl*re aucune garantie d'aucune sorte est dispensé d'en fournir.
Que ce soit enfin le régime de l'égalité devant la loi, si ce pas le régime de la liberté sous la loi !
< Cette xonclusion n'est pas encore celle de M. le duc.de Persigny ; mais comme il n'est pas homme à s'arrêter dans la recherche de la vérité et qu'il est de bonne foi, un peu plus tôt, un peu plus tard, ce sera certainement la transition à laquelle il finira par prêter l'autorité de son nom.
1,'lUPDNITÊ DE LA PRESSE.
20 janvier 1868.
Dans son livre intitulé : le Parti libéral, son prograiqie ET SON AVENIR, chapitre xvii. De la Presse^ un savant professeur du Collège de France, M. Edouard Laboulaye, s'exprime ainsi :
La législation de la presse est trouvée : elle est la même chei tous les peuples libres. Point de censure, sous quelque forme que ce soit; point de brevets d'imprimeur, qui ne sont qu'une censure déguisée; point de cautionnement, point de timbre, un droit de poste des plus légers; en un mot, ces terribles journaux qu'on ne peut écraser par la force, il faut les rendre utiles et innocents en les multipliant par la liberté. ^
— Ce sera, dira-t-on, une licence abominable. Ailez-vous aussi -BOUS prêcher l'impunité absolue?
— Non, quoiqu'il y ait une part de vérité dans cette doctrine de l'impunité. Elle a^e mérite de reconnaître et de proclamer qu'en politique, comme en religion, il n'y a point de délit d'opinion.
'L'hérésie politique, comme l'hérésie religieuse, peut être une er- ,reur, elle ne peut être un crime. C'est ce que nos lois sur la .presse, et surtout les condamnations prononcées ont trop souvent méconnu. On a érigé en attaques contre la morale, la société, le gouvernement , ce qui n'était que la libre recherche d'un esprit indépendant. Agir ainsi, c'est reconstituer l'inquisition sous une -autre forme et au profit d'un intérêt moins respectable. On ne